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PORTRAIT
Frot zen
Elle n'est pas la plus connue des actrices du cinéma français, et pour cause, à force de passer du temps sur les planches, le 7ème Art l'a souvent mise à l'écart. En fait tout change gràâce au couple Bacri-Jaoui. Ce n'est pas faute d'avoir joué avant. Peu connue, elle a cependant survécue dans le métier, en jouant pour la télé, le cinéma et avant tout le théâtre. De quoi traverser le temps, discrètement, et se faire plaisir. Si au théâtre, elle peut se permettre de prendre tous les risques, au cinéma, c'est avec des personnages presque caricaturaux qu'elle s'est fait connaître. Le paradoxe se trouve dans le tempréament même de la femme. Une réserve qu'on pourrait croire hautaine, une incommunicabilité pathologique en interviews (c'est cette difficulté à parler d'lle qui l'a conduite à faire de la scène), elle veut bien parler de tout, même d'elle. Mais Catherine Frot ne sait pas qui elle est.
Spectateurs, nous la voyons (imaginons?) pimpante, alerte, vivace, sensible, éperdue, gracieuse, un peu triste, toujours joyeuse. A l'image de ses personnages. Comme cette belle-soeur attachante, naïve, lucide, cette Yolande d'Un air de famille. Ce rôle porte-bonheur lui vaudra un doublé unique du Molière (Théâtre) et du César du meilleur second-rôle. Mérités.
Et maintenant, elle nous la joue dilettante. Encore une fois, le spectateur ne peut que l'aimer. Tout le monde y voit quelqu'un de son entourage. On peut lui inventer tous les passés. Les femmes qui veulent exister. Comme elle. Sans forcément s'exposer. Comme elle. Et peut être même en s'offrant une quelconque folie. Mais après 20 ans de métier, et un certain air de famille, la comédienne n'est toujours pas facile à cerner. Elle s'adapte à tous les univers, et se moule dans le personnage. A condition qu'elle y ait des scènes fortes. Objet sculpté ou instrument accordé?
Quelqu'un qui a refusé d'entrer à la Comédie Française en préférant la vie collective du Chapeau rouge, compagnie très créative, est forcément fascinant. Intermittente du spectacle ayant toujours eu un emploi. Il y a quelque chose de démodé, ou mieux d'atemporel, chez Catherine Frot. Une gouaille disparue, une simplicté rare, une interrogation existentielle (et donc superficielle) oubliée. Elle se sent vide, comme une héroïne d'un livre de De Beauvoir. Pourtant elle nous renvoie l'image d'une femme française de tous les jours. L'image d'une femme de la Libération, ou celle d'une midinette des années 60, ou même une bouffeuse de vie à la Almodovar. |
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