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Votes : 1627 Cote : 45 %
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CELLE QU'ON ATTENDAIT

Regard "menthe à l'eau", cheveux qui lui mangent le visage, mention énergique, douceur feinte dans l'harmonie des traits… plus on regarde Mélanie Laurent et moins l'on est capable de la décrire. D'où sans doute ce parfum de mystère qui l'entoure et que l'on cite à tout bout de champs à son propos. Pourtant, sans la connaître, on devine qu'elle a horreur des étiquettes et des petites cases dans lesquelles on classe les actrices. A défaut d'être la mystérieuse de service, elle est donc juste elle-même, jeune femme de 25 ans à la présence évidente, qui promène de film en film un mélange de fragilité et de bravade. De quoi faire craquer les plus endurcis. On ne sait pas pourquoi, mais Mélanie Laurent pourrait réciter l'annuaire téléphonique, il y aurait encore des amateurs pour assister au spectacle. A cause de son indéniable beauté ? Pas seulement. Son pouvoir d'attraction dépasse de loin les seuls arguments physiques. Ses yeux sont sublimes, mais ce que l'on retient, c'est son regard, profond, comme venant de très loin, qui semble vous mettre à nu en un battement de cils. Désarmant. Le reste est à l'avenant : on se souvient plus de sa voix légèrement rauque que de la perfection de ses traits, moins elle est mise en valeur et plus elle nous séduit par sa seule manière d'être. Ses gestes, son intonation, une manière bien à elle de rajuster une mèche de cheveux suffisent à nous la rendre à la fois proche et aimable.
Heureusement, ses choix de personnages nous permettent de ne pas renier cette inclination spontanée. On connaît la légende : repérée par Gérard Depardieu sur le tournage d'Astérix et Obélix contre César où elle accompagne une amie, elle enchaîne entre 1999 et 2006 de petits rôles de plus en plus remarqués. Un Pont entre deux rives co-réalisé par Frédéric Auburtin et Gérard depardieu, Ceci est mon corps de Rodolphe Marconi, Snowboarder d'Olias Barco… mais surtout Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc et De battre mon cœur s'est arrêté de Jacques Audiard où elle s'impose en très peu de scènes. C'est toutefois Je vais bien ne t'en fais pas, réalisé en 2006 par Philippe Lioret d'après le roman éponyme d'Olivier Adam, qui lui apporte véritablement succès et reconnaissance. Elle y est Lili, jeune fille écorchée vive par la disparition soudaine et inexpliquée de son frère jumeau. Son pauvre corps décharné par le chagrin nous met les larmes aux yeux, son refus de baisser les bras nous remue, sa rédemption fragile nous bouleverse. Sa seule présence transforme une adaptation sans génie en vraie bonne surprise cinématographique : on ne voit qu'elle. Effet jackpot garanti, avec à la clef un César de la révélation féminine et une rencontre amoureuse avec l'acteur Julien Boisselier.
Depuis, on l'a aperçue dans Indigènes de Rachid Bouchareb et Dikkenek d'Olivier Van Hoofstadt, tournés avant le film de Philippe Lioret, et retrouvée avec plaisir dans La chambre des morts d'Alfred Lot et Paris de Cédric Klapisch. Deux premiers rôles qui lui ont permis de se glisser tour à tour dans la peau d'une jeune stagiaire de la police criminelle confrontée à l'enlèvement de fillettes et d'une étudiante faisant perdre la tête à son très sérieux professeur (Fabrice Luchini). Dans les deux cas, elle est lumineuse et troublante sans pourtant jamais jouer de son physique. Non maquillée et camouflée dans des vêtements peu féminins, elle s'abandonne entièrement derrière son personnage, resplendissant de naturel et de spontanéité. Klapisch n'hésite d'ailleurs pas à jouer sur sa facette la plus "carnassière" pour lui faire endosser un rôle ambigu et parfois cruel. Elle est la jeunesse incarnée, pleine d'énergie et de fougue, mais également de dangers : ceux qui s'y frottent prennent le risque de s'y brûler.
C'est ainsi qu'on la préfère, ni bimbo décérébrée, ni nymphette fragile et rassurante, mais femme dans la pleine possession de ses moyens, assumant ses fêlures comme ses désirs… tout simplement moderne. Il n'est alors pas étonnant que les jeunes spectatrices qui voient ses films se reconnaissent dans ses personnages et s'identifient à eux. De la sorte, elle échappe à la ronde des jeunes actrices interchangeables de sa génération et fait un peu office de comédienne incontournable. Normal, puisqu'elle est celle que le cinéma français semblait attendre. Le risque ? Que trop sollicitée, elle perde de sa fraîcheur et de sa grâce. Ou pire, qu'on se lasse d'elle, comme d'autres jeunes femmes devenues trop populaires d'un coup, et qui étaient soudainement de tous les tournages. Mais on fait confiance à son instinct, qui jusqu'à aujourd'hui ne l'a jamais trahie, pour ne pas plus se laisser enfermer que récupérer. D'ailleurs, la jeune femme voit déjà plus loin que son succès tout neuf : annoncée à l'affiche de plusieurs films, dont Cendrillon de Marc Esposito, elle parle de passer elle-même derrière la caméra, en attendant la sortie de son premier album de chansons...
MpM

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