Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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LE BEAU GOSSE





Peut-on résumer Raphaël Personnaz à son physique ? Ce visage qui rappelle Alain Delon, jeune et beau ? Ces yeux bleus, son charme, son allure de dandy ou de gendre parfait ? Ce serait forcément réducteur. Le jeune homme a de l’ambition, et du talent.

S’il a commencé sur le petit écran et sur les planches, même pas majeur, Personnaz a fait ses débuts cinématographiques chez Bertrand Bonello dans Le Pornographe. C’était au début des années 2000. Il y a pire baptême de cinéma. Il incarne le parfait adolescent, un peu bourgeois, attirant, bref un jeune premier idéal. Mais le cinéma français n’aime pas les jeunes premiers trop parfaits, trop sages, trop sexys. Avec sa silhouette et son visage, il aurait séduit tous les producteurs aux Etats-Unis. En France, on préfère les gueules, les corps imparfaits, le jeu naturaliste. Finis les Delon. On l’a bien vu : nombre de beaux gosses dans les années 80 et 90 ont disparu ou n’ont pas eu la carrière promise.

Le prince charmant

Pourtant Raphaël Personnaz continue son ascension. Quinze ans de carrière pour gravir les échelons du second rôle de fin de générique au premier rôle de grosses productions. Rémy Waterhouse, Sam Karmann, Brigitte Rouan, Gérard Jugnot en font un pompier, un voisin, un marié. Transparent. Il faut attendre 2010 pour Raphaël se fasse un nom. Après un passage en médecin chez Anne Le Ny (en jeune amant de Karin Viard dans Les invités de mon père), le voilà propulsé prince charmant chez Bertrand Tavernier dans La Princesse de Montpensier. Duc d’Anjou idéal, Personnaz manie l’épée et la séduction à merveille et reçoit ses première smarques de reconnaissance. Il monte les marches à Cannes. «C’est ce film qui a tout changé. D’un coup, les propositions se sont accumulées.» Mais difficile de ne pas apparaître comme un simple playboy générationnel.

Ce qui frappe chez l’acteur c’est sa volonté de varier les genres. Après un film d’époque, on le retrouve dans du cinéma d’action (Forces spéciales, look Top Gun), dans un drame sentimental (Trois mondes) et dans une comédie romantique (La chance de ma vie). C’est d’ailleurs dans ce registre qu’il se fait le plus remarqué, à l’instar de son rôle de jeune papa dans La stratégie de la poussette.

Après une incursion de trois scènes dans Anna Karénine de Joe Wright, où il croise, en comte russe, Keira Knightley, il tourne incarne Marius dans le diptyque Fanny/Marius de Daniel Auteuil. Les choix sont audacieux sur le papier, moins convaincants à l’écran. Ainsi en Benjamin Malaussène, rôle convoité par tous, héros de la saga de Daniel Pennac, il brille en grand frère maladroit et débordé mais le film, Au bonheur des ogres, est raté. Il prouve au moins qu’il est doué pour la comédie.

Le gendre idéal

C’est de nouveau avec Tavernier qu’il franchira une étape importante de sa carrière. Raphaël Personnaz va jouer les plumes d’un ministre que rien n’arrête, surtout pas les 24 heures d’une horloge. Fonctionnaire talentueux, discret, un peu dépassé, il est celui auquel on s’identifie dans la comédie politique Quai d’Orsay. Et ça fonctionne. Le succès est au rendez-vous. Les propositions affluent. Il enchaîne ainsi les univers de François Ozon (en époux hétéro normé largué dans Une nouvelle amie), Frédéric Tellier (en inspecteur obstiné poursuivant un serial killer dans L’affaire SK1) et Régis Wargnier (en ethnologue prisonnier d’un tortionnaire khmer dans Le temps des aveux). Sans changer d’allure, il a pris du corps et même du poids. Son jeu s’amplifie. Il parvient à assimiler des nuances dramatiques qu’on ne lui connaissait pas. Et surtout, les personnages deviennent de plus en plus intéressants.
Raphaël Personnaz aime les hommes déterminés.

Prix Patrick Dewaere, nominé au César, Swann d‘or à Cabourg, prix Lumières, il a été rapidement propulsé parmi les meilleurs espoirs du cinéma français. Mais, la petite trentaine, le voici qui confirme déjà son ambition d’être parmi les futurs grands. Pourtant, il n’a pas encore le statut de star. Il n’est pas encore bankable. Il est même assez méconnu. Qui sait que ce bobo parisien, fumeur, discret, trop discret sans doute, n’est pas aussi lisse que sa gueule d’ange ? Tout est trop dessiné sur ce visage, trop parfait. Elégant, distingué, courtois, poli (dans les deux sens du terme) : Raphaël Personnaz, qu’on imagine facilement dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, pourrait être fade mais sa personnalité sauve les apparences. Il devrait faire fantasmer, il préfère faire rire. Bosseur et sage, fidèle et modeste. Ce n’est pas comme ça qu’il va crever l’écran ? Cela fait 20 ans qu’il joue. Il apprend. Avec Lolita Chammah, frustrés de ne pas avoir de propositions à une époque, il a même fondé une société de production. L’acteur est du genre souple. Il s’adapte à tout. « Être acteur, c’est se promener » explique-t-il refusant le cloisonnement. Il aime les textes (les grands classiques), Dewaere, De Niro et Pacino, Michael Cimino et Martin Scorsese, mais avant tout il apprécie la liberté et regrette le manque de folie de l’époque. Il revendique une sorte décomplexion, rêve d’un cinéma français explosant les étiquettes : «Je n’aime pas les chapelles, les tribus. Je suis au début de ma carrière et je ne veux pas me cantonner à une étiquette dont je mettrais des années à me débarrasser.»

A part ça, cet originaire du Pays Basque, talentueux avant tout, légèrement agoraphobe, trompettiste et pianiste par intermittence, angoissé malgré tout, ténébreux qui adore l’humour absurde, continue son bonhomme de chemins, entre rôles torturés et personnages où il peut se couvrir de ridicule. Il y a quelque chose de jouissif à voir un comédien assumer à ce point son côté caméléon. Et insaisissable.

vincy


 
 
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