Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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Quand on grandit à Trappes, il est difficile de savoir comment on peut sortir de ce carcan de béton (les HLM), de bitumes (la RN), de rails (le triage SNCF) et de prolétaires (ville PC). Encore plus difficile : se faire un nom.
Trappes est une ville d'entrepôts où les cités sont connues sous de doux surnoms tels que Chicago. Le vol et les voitures qui brûlent font partie du quotidien. Un jour, Jamel fait partie de la rubrique Faits Divers. Une bêtise qui lui coûte l'usage du bras droit.
Malgré sa petite taille, sa vie en banlieue et son handicap, Jamel va devenir une star nationale en moins de 5 ans. Le contexte est propice. La France s'emmerde. Les grands comiques ont disparu. Les Nuls voguent individuellement, Palmade manque d'inspiration, Robin et Lemercier s'essaient respectivement à la mise en scène et à la réalisation, Bedos et Devos vieillissent, Les Inconnus sombrent dans la nullité... Bref un boulevard s'ouvre pour les Solo, Garcia, Elkmaleh, Boon et même pour les moins drôles (que nous ne citerons pas)... Pour Jamel, c'est une autoroute.

De l'improvisiation, il fait un art. De ses néologismes, il fait un langage, s'invente son élocution. Rapide, invraisemblable, absurde, confuse. Jamel transforme ses défauts en atouts. Sur scène, il s'impose vite. L'hystérie collective gagne vite la génération 15-25 ans. Son mélange de sensibilité familiale avec sa franchise de "djeunz" lucide mais pas rebelle séduit les foules. Il incarne parfaitement ceux qui vont le voir et devient un objet de curiosité pour les intellos parisiens.
La télé fait d'abord appel à lui. Canal +, chaîne autrefois insolente et autoproclamée impertinente, lui donne sa chance. Une minute chaque jour dans la crépusculaire émission phare qui révéla Les Nuls (encore eux) et d'autres, où Jamel délire sur tout ce qui se passe : un film, une célébrité, un fait du jour.

Il s'emprisonne vite dans cette caricature de bonhomme agité et brouillon. C'est le cinéma qui le sauvera de ce risque de lassitude qui a touché la plupart des comiques depuis 10 ans. Bien sûr ses tics de scène sont exigés par le producteur, s'adaptent au scénario, et sont applaudis par le public. Mais Jamel étonne par ses choix. Zonzon se passe en prison. C'est un coup d'essai qui a de l'allure. Il enchaîne avec Le Ciel, les oiseaux ... ta mère!, une comédie estivale qui sort en hiver. Le film attire plus d'un million de spectateurs, de façon inattendue. Le phénomène Jamel est en marche.
En alternant tournée, télé et ciné, il a ce don d 'ubiquité qui le met en couverture de toutes sortes de magazines, du cinéma à la culture en passant par les programmes TV. Sa popularité est soudaine et se propage sur tout le territoire. Pour les uns c'est uen mode qui agace et qui passera.
Pour d'autres c'est une preuve de l'intégration à la française. Jamel frime en voiture de sports et dans les hôtels de luxe. Mais en pleine époque post-Mondial, avec Zidane comme icône bleu-blanc-rouge, les médias réclament des beurs et on donne beaucoup d'argent aux beurs. La côte de Jamel explose et ses cachets avec. Sur son nom, l'audience grimpe. Et par n'importe laquelle : celle qui consomme du pop-corn, des Nike, du Coca. Enfin c'est le cliché, car Jamel touche un public plus large qu'on ne le croit.
Il n'échappe hélas pas aux affres de la célébrité : grosse voiture, citron gonflé, ennuis avec la police, hospitalisation surmédiatisée...

Jeunet l'engage pour un second-rôle dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Le fan d'Alien "meets" le réalisateur du quatrième opus de la saga. Jeunet lui offre un personnage totalement francisé, amoureux de son métier, typiquement parigot, candide généreux. Dans une scène, le cinéaste lui tend une perche ; Jamel la saisit au bond et commence son numéro "jamelisant" où la tirade s'emballe. Jeunet lui rabat le caquet. Pour la première fois, Jamel fait de la composition (sentimentale), en prose.
Loin de la mauvaise sitcom H, où il sauve souvent le scénario du naufrage, la star "fun" des cités écrit un film avec Bacri, ne l'achève pas, remplit les salles de ses performances. Les survend en DVD. Carton dans les bacs. Il azimute les plateaux télé, de Chazal à Drucker, bien obligés d'arrêter la pommade franchouillarde pour se laisse envahir par le plus barbare des français...
Chabat, Chef des Nuls (fallait bien que ça se croise), n'hésite pas à l'enrôler pour la suite d'Astérix qu'il réalise, le film français le plus attendu de 2002. Après le triomphe d'Amélie, Jamel devrait nous faire hurler de rire en architecte maladroit aux côtés de Cléôpatre.
Numérobis pouvait être incontestablement le second-rôle qui inspirera le plus d'écrits, qui l'exposera sur toutes les couvertures.
Mais Chabat en décida autrement. Avec un cachet de 760 000 euros, Jamel nous fait son numéro en premier plan, faisant de l'ombre aux monstres sacrés. Déjà.
Ca ne l'empêchera pas de tourner pour "peanuts" son prochain film, avec Bouajila, Naceri et Zem. Il était temps que ce pays arrête de se voiler la face avec sa jeunesse métisse...

vincy


 
 
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