Malgré pas mal de déceptions au box office depuis 8 ans, Will Smith continue de conforter son statut de mega-star avec le carton de Bad Boys for Life, après celui d'Aladdin l'an dernier. En attendant un éventuel Bad Boys 4, l'acteur prépare King Richard, sur le père des soeurs Williams, et The Council, autre histoire vraie sur une mafia afro-américaine de Harlem dans les années 1970.



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ALFRED HITCHCOCK, L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP





Habituellement, les centenaires sont réservés aux peintres, écrivains, musiciens... Preuve que le cinéma prend de la bouteille, les centennaires concernent maintenant les plus grands artistes de cet art en images.
Il est né il y a 100 ans. Un peu après la création du cinéma justement. Un siècle de cinéma. En 53 films, il a donné une leçon toujours d'actualité, maîtrisant le système, le suspens et finalement son art, comme peu dans son domaine.
Alfred Hitchcock a réalisé des films considérés aujourd'hui comme avant-gardistes ou géniaux, mais surtout très populaires. Hitch est une marque aussi connue que Spielberg.
Pour commencer, nous nous penchons sur sa période américaine... Le site se complétera au fur et à mesure des semaines. Nous vous invitons à découvrir ses motivations, ses thèmes, ses prises de risques... Hitchcock ne laissait rien au hasard et aimait tout contrôler. Comme ses histoires qu'il racontait avec délectation, à la télé comme au cinéma. Un des cinéastes qui a le mieux filmé ces rencontres entre hommes et femmes. Un réalisateur avant tout "plastique", visuel, filmant l'indécible et la magie amoureuse. En effet, un artiste.



PERIODE ANGLAISE

Hitchcock est fils d’un épicier (William Hitchcock) et de sa femme Emma. Education catholique stricte (College St Ignatius, dirigé par des jésuites). Et un peu spéciale : son père l’envoie au commissariat avec une lettre; il est aussitôt enfermé dans une cellule; son père voulait qu’il sache ce qui arrive aux malfrats. Depuis Hitch sera terrorisé par la police.
Premier job en 1915 pour la Henely telegraph and Cable Company. Il commence à aller au cinéma vers 16 ans, tout en lisant la presse américaine. Famous Players-Lasky ouvre un studio en 1920 à Londres. La société l’engage comme « designer de titres ». En 1922, le réalisateur d’Always Tell Your Life tombe malade. Il le remplace. La même année, on lui donne la chance de réaliser son premier film, Number 13. Le studio ferme, le film reste inachevé.
Michael Bacon l’enrôle comme assistant réalisateur chez Gainsborough Pictures. Il y travaille comme scénariste, designer de titres, directeur artistique. Il réalise enfin un film, une co-prod anglo-germanique, The Pleasure Garden. Nous sommes en 1925.
C’est là que début plus de 50 ans de carrière, et réalisera plus de 53 longs métrages.
Entretemps, dans la rubrique people, il s’est marié avec Alma Reville; il a rencontré la jeune femme chez Lasky. Elle donnera son prénom au compliment suprême du Maître : "Alma a aimé" signifiait le feu vert à un projet. Un jugement d'ailleurs impitoyable.
Ils ont eu une fille, Patricia, qui d’ailleurs apparaît dans certains de ses films : Stage Fight, Strangers on a train, Psycho.

Un cinéma anglais inspiré...
C’est en Angleterre, avec Les 39 Marches notamment, qu’il va découvrir le rythme de ces films, et la plupart de ses thèmes. C’est une période véritablement créatrice (avec des films majeurs comme L’Homme qui en savait trop, Une femme disparaît...) qui est un pendant essentiel à sa période américaine. Son cinéma anglais s’avère plus spontané, moins lourd, plus brut. cela plaît aux puristes. Mais la plupart de ses chefs d’oeuvres sont bien américains, plus originaux, singuliers même comparativement au cinéma du moment, plus riches, plus audacieux.
A la fin des années 30, Hitchcock veut aller aux USA. Il a besoin d’un pays plus grand, plus riche, plus apte à satisfaire ses fantasmes, à concrétiser ses idées. Le Royaume Uni ne lui pardonnera pas cette « désertion », juste avant la seconde guerre mondiale.
Pourtant, Hitchcock prouve qu’il a vraiment envie d’un autre cinéma, en réalisant des films plus grands, plus riches, plus fantastiques.
30 ans d’exil, et de chefs d’oeuvres. Comme pour mieux en ajouter à sa schyzophrénie...
A partir de 43 (en pleine guerre, sa mère meurt, il filme L’ombre d’un doute, summum d’ambiguïté), Hitchcock s’intéressera à des personnages de plus en plus ambivalents, doubles entre l’innocence recherchée et le mal qui est en nous.
En 20 ans, il a posé toutes les bases de son cinéma.

UN VRAI NARRATEUR

Son vrai talent était son respect de l’histoire. Une fois le scénario écrit, tout le film était dans sa tête. Et il faisait tout pour se mettre au service de cette narration inventée, parfois impossible à raconter paradoxalement. Car pour « Hitch », tout le pouvoir de l’image est dans la suggestion, dans le non dit, dans le « deviné ». C’est lui qui invente cette pudeur de l’image qui cache en fait tout ce que l’histoire révèle. Comme il est le seul à filmer des femmes blondes et glaciales d’apparence, et en réalité torrides et passionnées.
Rarement il s’est laissé envahir par la technique. Seul comptait l’objectif du film, sa fin, sa morale, et les itinéraires (parfois tordus) de ses personnages.
La grandeur du cinéma hitchcockien, c’est évidemment le suspens. Mais aussi la montée du désir, l’ambiguïté, les zones d’ombres sur les personnages innocents, le feu sous la glace, le cauchemar qui piège les plus naïfs, et jamais le manichéanisme. Tout est dans le sous entendu subtil, le non dit, le fantasme exacerbé, le désir inavoué...
C’est un cinéaste qui aime l’audace, qui ose l’invention, qui cherche à écrire un langage cinématographique. Son cinéma est abstrait et utilise tout autant l’abstraction. Il frôlait l’expérimental parfois. Avec une touche british : entre chaque scène, il s’enferme dans sa loge et lit le London Times.
Hitchcock est en permanence à la recherche de réponse visuelle à un scénario trop écrit (le cinéma est plutôt littéraire ou théâtral à cette époque). Il apprécie la recherche du rythme, le travail de l’espace, et flirte avec intelligence avec le cinéma. Il aime cet art, et en retire toutes ses richesses : musique, montage, images... C’est aussi un cinéaste de bon goût. Il n’y a pas de pauvres dans le cinéma Hitchcockien, tout est toujours élégant. Les pires perversions, les criminels dans l’âme se cachent dans la Haute société, dans les univers les plus polis, les plus hypocrites.

Un perfectionniste avant tout...
C’est un maître de l’abstraction : que ce soit avec les images (l’avion au dessus du champ de mais dans North by Northwest) ou dans le style, la technique (le mélange des scènes en décors naturels et en studios dans L’Homme qui en savait trop). Fou et seul. Fou d’avoir imaginer le cinéma qu’il a créé, tout en étant populaire et donc soutenu par le système financièrement.
Seul, parce qu’il était le seul à comprendre son cinéma : il ne pouvait pas l’expliquer. Il devait donc gagner la confiance des producteurs et des acteurs. Ce n’est pas tant de la cruauté ou de la manipulation qui ont détérioré ses rapports avec les autres, mais plutôt une maladresse dans sa façon de communiquer.
Il dessine tous les plans avant chaque film. Certains plans sont impossibles dans la réalité, mais l’image qu’il donne produit exactement l’effet voulu: désir, peur, angoisse, ... On se souvient d’une flaque de sang (Psycho), d’un briquet (L’inconnu du Nord Express), de cymballes (L’Homme qui en savait trop), ou d’un verre de lait (Les enchaînés). Ou même d'un baiser infaisable dans une cabine de train (la fin de North by Northwest).
En résumé, il construit un cinéma épuré, qui ote le superflu du cadre.


L'HOMME QUI VOULAIT ETRE AIME

Provocateur, suggéreur, frustré...
Il voulait gagner de l’argent, maîtrisait parfaitement le système, jusqu’à le manipuler.
Il sera même l’un des actionnaires d’Universal, ce qui lui donnera une vaste liberté de création.
Il n ’a jamais été méprisant à l’égard du populaire. Il aimait faire des films grand public, faire réagir le spectateur. A fleur de peau (Notorious) ou avec des cris d’horreur (Psycho). Pour cela, il se mettait en scène.
Ses films sont aujourd’hui des références. Et rares sont les oeuvres aussi prolifiques qui ont su résister au temps, tout en demeurant populaires et intéressantes.
Hitchcock est un symbole, une marque. A la fois européen et américain, admiré par les critiques et adulé par un large public, il est certainement le plus universel des cinéastes du siècle.
Il a été snobbé par les Oscars. Injustement, il n’ ajamais remprté le Prix de la mise en scène. Ca relativise fortement le statut de la statuette, qui a osé ignoré l’un des plus grands maître du siècle, et le cinéaste le plus populaire du 7ème Art. Plutôt que de se sentir snobbé, Hitchcock préférera mépriser la récompense.
Hitchcock déteste qu’on lui dise non. Il aime obtenir ce qu’il veut. S’il ne l’acquiert pas, il deviendra insultant, blessant, dénigrant. C’est ce qui le rend si monstrueux.

Les acteurs, du bétail???
Hitchcock méprisait-il vraiment les acteurs (il les a traité de « bétail »). En fait, chez Hitchcock l’acteur ne doit rien faire, garder une attitude calme, rester naturel. « Il doit être utilisé et souvent intégré par le metteur en scène et la caméra. » (Truffaut)
« S’il aimait ce que tu faisais, il ne disait rien. Sinon, il semblait près de vomir. » (Thelma Ritter, comédienne sur Fenêtre sur Cour).
Lui se défendait : « Je n’ai jamais dit que les acteurs étaient du bétail. Ce que je disais c’est qu’il fallait les traiter comme tel. »
Et lorsqu’un acteur discutait de son personnage (il détestait ça) : « Quand un acteur vient vers moi et veut parler de son personnage, je lui réponds que ce n’est pas dans le script. Et s’il me demande quelle est sa motivation, je lui dit, son salaire. » Hitchcock est un cinéaste de divertissement, comme Spielberg. Dans les années 50, il est devenu cher, il réalise des hits mélangeant glamour et suspens, avec des stars, une technique hollywoodienne. Un réalisateur grand public, confortablement installé dans le système. Trop classique presque. Il faudra attendre Psychose, et surtout les hommages respectifs des cinéastes de la Nouvelle Vague qui lui rendent ses lettres de noblesse. La critique commence enfin à le considérer comme un maître du cinéma, et pas seulement comme un maître d’un genre.
D’ailleurs son oeuvre s’attache plus aux troubles et aux sentiments, aux consciences et aux âmes qu’aux actes en eux-mêmes.
Il a influencé de nombreux cinéastes (De Palma, Van Sant, Chabrol, Donen et bien sûr Jonathan Demme avec Le Silence des Agneaux). Lui même s’inspirant de réalisateurs comme Clouzot.
C’est aussi grâce à Peter Bogdanovitch qu’Hitchcock devient sacré, avec une rétrospective au MOMA de New York. Et enfin il y aura le livre de Truffaut. Un monument du genre.

UN C(H)ARACTER

Il est une star. Il se vend comme une star. A partir de les années 60, son nom est plus gros que celui des acteurs, il fait lui même la promo de ses films, sa silhouette est reconnaissable entre tous : avec ses apparitions clins d’oeil dans ses propres films, avec son émission de TV aussi, qui le rend très populaire.
Aux Etats Unis comme en Europe, il n’y a que Spielberg qui soit plus connu. Parmi les cinéastes morts, il est depuis des décennies le plus célèbre d’entre tous (tous les sondages de Entertainment Weekly à Ecran Noir). Même les jeunes générations actuelles connaissent le maître du suspens. Son émission télé y est pour beaucoup. Il a commencé sa série" Alfred Hitchcock présente"... en 1955 (en réalisant quelques épisodes). Le 2 octobre sur CBS, avec les notes de la "Marche funèbre" de Gounod. Ses textes étaient rédigés par James H.Allardice, mélange d’humour noir, de fausse complicté et d’ironie déplacée. Sur 360 épisodes (10 ans), il en tournera 20. Cela rendra sa silhouette, son visage et sa voix célèbres.
Il s’impose ainsi comme un label qualité de toute oeuvre policière et de suspens. Tout le monde se souvient de Barbara Bel Geddes (la grand mère de Dallas) tuant son mari avec un gigot qu’elle fait mangé à l’inspecteur chargé de l’enquête. Il est le maître du mystère, du crime, et étend son champ d’action.Marche funèbre de Gounod S’il est passé au petit écran, c’est pour le fric (100 000 $ par émission) et pour son impérialisme : il met son nom sur des magazines, des bouquins policiers, des livres pour la jeunesse. Tout le monde connaît son nom (sa marque), même les non cinéphiles.
Il est même entré dans la légende postale en étant l’illustration d’un timbre US en mars 98. Il est excellent dans son analyse marketing des films. Jusqu’au titre, qui doit suggérer, attirer, intriguer, provoquer le public.
Pas peu fier , il avoue : « Même mes échecs ont fait de l’argent et sont devenus des classiques un an après. »

Besoin d'une psychanalyse???
Un boulimique : « la nourriture c’est le substitut de la sexualité » dira-t-il. (De fait, il mange énormément.) Il le montrera dans ses films. On y mange peu, mais on désire beaucoup. Il ose même une scène de baiser entre Bergman et Grant (Les Enchaînés) où on y parle du dîner, avec du poulet. Il y a bien une scène de cousocus dans L’Homme qui en savait trop, mais justement il s’agit du film où le couple est marié. Freudien? Un peu, forcément pour cet amoureux de la psychanalyse. La psychanalyse se retrouve souvent dans ses films, tout comme son fantasme : la strangulation. Le viol est une autre de ses fascnations, mais il n'ira jamais jusqu'au bout avec sa caméra.
Caméra qu'il maîtrise aussi bien que les ciseaux. Il n'y a pas que le suspens qu'il contrôle. Tous ses films se fondent sur la réussite du tempo, et la popularité de ses oeuvres provient de son talent à captiver le spectateur...
Le rythme : « Les gens pensent, par exemple, que rythme égale action rapide, montage frénétique, personnages courant dans tous les sens et tout ce qui s’ensuit, alors que ce n’est pas cela du tout. Un film a un bon rythme quand il réussit à mobiliser en permanence l’esprit du spectateur. Vous n’avez pas besoin d’un montage rapide, ou d’un jeu rapide, vous avez besoin d’une histoire pleine de ressources et de rebondissements, de passer d’un événement à un autre, afin que l’esprit du spectateur reste constamment éveillé.»
Il a donc fallu le crépuscule de sa vie pour que le cinéma reconnaisse enfin l'un de ses créateurs les plus géniaux et les plus doués, un homme capable de comprendre l'impact de l'image, l'essence du cinéma (avec le son, le montage, l'écriture...).
En 79, après avoir reçu l’Hommage de l’American Film Institute, Hitchcock ferme ses bureaux et met à la porte ses employés. Il prenait sa retraite, après 53 films et 67 ans de carrière. Il écrivait The Short Night, son prochain long métrage, script publié plus tard sous la forme d’un livre posthume.
Tous les détails ne sont qu'anecdotes. Seule son oeuvre est importante.

Vincy


 
 
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