Pedro Almodovar est notre nouveau Président. Celui de Cannes évidemment. 70e du nom, ce multi-primé sur la Croisette, insufflera sa folie movida et son drama mélo dans un Festival en fête. Ce sera aussi peut-être pour lui l'occasion d'annoncer son prochain film...



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



© Jean-Luc Benazet   







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TRANSFORMISTE





Il y a 11 ans, Ecran Noir à peine né, je rencontrai Vincent Cassel à Montréal. A l'époque, je ne m'étais pas senti inspiré pour écrire un portrait sur l'acteur. J'avais juste trouvé le titre. Le texte qui suivait n'avait pas plu à la future star. J'y faisais référence à un rôle de son papa, fabuleux french gigolo (à la manière d'un Pépé le putois) dans Ces merveilleux fous volant.
Depuis la filmo s'est épaissie, mais surtout Cassel est devenue une tête d'affiche. Quand Dobermann sortait sur les écrans, il était un jeune chien fougueux d'un cinéma français qui essayait de créer une génération jeune et branchée. Même s’il est aussi critique à l’égard de ces héritiers de la Nouvelle Vague, qui parfois oublient la forme au nom d’une vérité factice. Il préfère privilégier les cinéastes « qui osent, qui renouvellent, qui foncent. »
Désormais, ce loup sauvage, adepte des rôles noirs et bruts, bouge d'un univers à l'autre avec une certaine classe et un réel plaisir. Il est un des rares acteurs à passer de Kounen à Cronenberg, de Gans à Soderbergh, de Kasso à Audiard, de Kapur à Noé. Il y a une nébuleuse d'auteurs-réalisateurs, une sorte de tribu, d'un certain cinéma français ou européen. Sa carrière ressemble un peu aux débuts d'un Bébel, en voyou apprivoisable.
Les rôles sont âpres. Exigeants même. Il frôle parfois sa propre caricature (Jeanne d'Arc, Les Rivières pourpres, Le Pacte des loups). Mais il atteint un véritable état de grâce dans des oeuvres plus ambitieuses. Son audace lui permet d’affronter un projet ambitieux comme Mesrine ou au contraire de se planté sans mal avec Sa Majesté Minor. br> On peut oublier ses quelques petits détours dans la comédie de moeurs à forte dose de virilité et d'exhibitionnisme. Son image d'hétéro mâle s'est aussi construite avec ces petits tracas et ces mondes d'emploi. Le romantisme s'exprime davantage dans L'appartement, où il courre après la femme idéale, en l’occurrence la femme de sa vie. Gilles Mimouni esquisse ses premiers traits de héros volontariste, piégé par sa propre quête. A la fin des années 90, il est déjà un acteur remarqué (violent dans La Haine, sage dans L'élève, travesti dans Come mi vuoi).

Du chien au loup
Juste après, c'est Kounen qui le révèle dans Dobermann. Cassel a le jeu idoine. Rebelle, chef de bande, explosant de rage et l'adrénalyne au max. De quoi installer une image durable dans un film qui choque tout le monde même les critiques affolées de Libé.
Bizarrement son décollage devra patienter. Les magazines sont persuadés de tenir un futur Depardieu (ou Dewaere, selon), font leur Une avec. Des photographes s'amusent avec lui dans toutes les situations pour différents canards de mode ou de ciné.
Kasso, l’ex-pote, lui donne une troisième occasion de faire le larron. Dans Les Rivières Pourpres, face à Réno, il est turbulent, physique, se bat comme une star US dans un film d'action. Il est flic. Le film cartonne. Son statut se confirme avec le rôle du méchant dans Le Pacte des loups. Pourtant, si les deux films sont d'énormes hits qui le rendent très populaires, on ne peut pas dire qu’il nous bluffe en tant qu'acteur. Il s'imite même. Ca agace. Des tics d'acteur, si jeune, c'est frustrant. Il faudra donc attendre sa rencontre avec Jacques Audiard. Le fils du dialoguiste génial avait donné deux des plus beaux rôles à Kasso. Il offre à Cassel un personnage splendide. Où son jeu n'atteint jamais la surdose, l'auto-citation, la signature. le film reste l'Empire où le loup s'épanouit.
Car la différence entre Cassel et beaucoup d'autres de sa "génération", c'est le charisme. C'est certain. Qu'on ne le trouve pas beau (selon les critères esthétiques en vogue) ou qu'on n'apprécie pas son tempérament, sa personnalité, cela reste une affaire de goût, de perception. Il renvoie parfois l’image de quelqu’un sûr de lui, trop confiant, arrogant. Mais il est indéniable que son talent de comédien est souvent sous-exploité. Qu’il mériterait de marcher dans les pas de son père. Avec sa chorégraphie voltigeuse dans Ocean’s 12 où son amour du Brésil et sa passion pour la Capoeira (danse fluide et solide à la fois, comme lui), il démontre bien ses capacités à être physiquement malléable. Il l’affirme : un rôle ça passe par son corps, « de la viande ». Comme Gabin, Amalric ou Ventura, il considère que le comédien est avant tout un bloc de chair de la tête aux pieds. Il réfute l’idée d’un jeu intellectuel ou cérébral. Même si tout prouve qu’il n’est pas qu’instinctif…

Cantiques de la racaille
Audiard a réparé l'erreur. Le rôle de Paul dans Sur mes lèvres est magnifique et taillé au couteau pour Cassel. Il a le regard d'un chien battu, les bleus d'un mec désespéré, lâché par la société, la marginalité des gangsters prolo, la démarche, la voix... Il n'a jamais été aussi loin dans la profondeur des sentiments, dans la subtilité et la nuance. Il est même à l'opposé de tout ce qu'il a joué jusqu'à présent. Son romantisme n'est plus lumineux et sensuel comme chez Mimouni, mais bien pessimiste, lugubre, froid.
Racaille ou dur à cuir, dragueur ou salaud, il ne s'embarasse d'acune moralité, fait confiance aux styles singuliers des cinéastes qu'il apprécie, permet au cinéma de genre d'exister auprès du plus grand nombre. Ainsi il produit, joue et promeut Sheitan, film gore pour ados. En se créant un cercle d'amis et une sorte de loyauté, il apparaît comme un chef de file visible de cette Nouvelle Nouvelle Vague dont on parlait temps au milieu des années 90. Aujourd'hui tout cela s'embourgeoise, se popularise. Mais Cassel ne perd pas de son éclat. Même si Blueberry mord la poussière, si Agents Secrets ne tient pas ses promesses, ses prestations enragées, en pleine noirceur dans l’amoral Irréversible ou légères, en complète fantaisie, chez Soderbergh, le placent définitivement à part sur l'échiquier. Aujourd'hui, il assume avec frime un panache qui manquait dans notre paysage cinématographique. L'époux de Monica, la star catégorie A, flirte désormais avec les productions internationales. Quitte à y perdre son latin. En même temps, Blueberry, de sang presque indien, voyait loin...

vincy


 
 
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