Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



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LE PLAISIR DE L'ANGOISSE

Rarement une actrice a aussi peu exprimé son aspect "glamour"; Agnès Jaoui a d'ailleurs relativement peu joué au cinéma en près de 20 ans de carrière. Et s'il elle ne s'était pas écrite ses propres rôles, au théâtre comme au cinéma, Jaoui n'en serait certainement pas à faire les couvertures de magazines (cinéma, culture...) comme elle en rêvait étant adolescente. C'est tout son paradoxe. Le public a d'elle une image d'intello, douée dans son travail d'auteur, une femme intérieure, compliquée. Or, Agnès Jaoui a toujours voulu être comédienne, pour plaire (aux hommes, notamment). En souhaitant faire ce métier, elle voulait devenir belle. La célébrité rend-elle si différente, attirante? Toujours est-il qu'Agnès Jaoui, au delà de ce besoin de séduire, d'être aimée, est très différente de son compagnon, Jean-Pierre Bacri, sur ce point. Elle avoue que cette contradiction entre la femme et l'actrice, entre l'importance du temps et la superficialité de l'apparence est un peu absurde. Jeune, elle voulait vieillir, investissant sur ce temps qui passe, qui laisse sa trace. La jeunesse est absente de son cinéma. Pourtant, en tant que femme, séductrice, elle a évidemment peur de vieillir. Agnès Jaoui a longtemps souffert de la rivalité entre les actrices. Et d'une manière générale, elle souffre d'être exclue (de certains mondes), elle subit ce sentiment de différences et ne supporte pas les étiquettes. Hors des ghettos, la curieuse Jaoui est anti-sectaire, transgresse les apparences et surmonte les cloisonnements invisibles que fabriquent nos sociétés. Si cette juive tunisienne a l'esprit de famille, elle n'a pas l'esprit de chapelle. C'est ainsi qu'elle refuse de rentrer dans la troupe de Chéreau. Si elle y a beaucoup appris (aux côtés de Pérez, Bruni-Tedeschi...), ce fut une expérience douloureuse. Elle garde avant tout un bon souvenir de Pierre Roman, le metteur en scène des Amandiers à l'époque, aujourd'hui décédé. C'est parce qu'elle ne se reconnaît pas dans ce clan, son "intolérance", son "snobisme" , et la "tyrannie" de son pygmalion, qu'elle s'en va vers d'autres rencontres. Le cinéma (Le Faucon, Hôtel de France) ne lui a pas offert la perspective désirée. Jean-Michel Ribes lui offre alors un rôle dans une pièce d'Harold Pinter, L'Anniversaire. C'est sur ces planches qu'elle rencontre ("LA rencontre de sa vie")son futur alter-ego, Bacri. On est à la fin des années 80. C'est l'intelligence et l'intransigence de Bacri qui la séduisent. C'est aussi lui qui la conduira sur les chemins de l'écriture. Le jour où ils griffonnent sur leur cahier leur première histoire - romanesque, elle aime raconter les histoires - elle prend son destin en main, et abandonne son statut de chômeuse (elle a même pensé arrêter sans savoir ce qu'elle aurait pu faire d'autre). On est au début des années 90 et Jaoui n'a aucune notoriété. Timide, et faussement assurée, cette jeune femme, généreuse et gentille, se dévalorise continuellement. Elle a pourtant besoin de donner : des sentiments. Et de se donner des films dans lesquels elle joue : une business woman de la télé ultra-busy et névrosée (Cuisine et dépendances), une soeur trop franche et trop fière (Un air de famille), une thésarde dépressive et associale (On connaît la chanson) ou encore une barmaid un peu dealeuse (Le Goût des autres). Ces 4 rôles lui apporteront Molière (2), César (4) et reconnaissance (2 hits). A chaque fois, elle y est amoureuse et shootée au lexomil. Rarement épanouie ou comblée, Jaoui est une déséquilibrée notoire. Cultivée, toute son écriture est inspirée de la psychanalyse. Son père lui a même enseigné un précepte, qu'elle répète à longueur d'interviews : "Quand je disais qu'un tableau était nul, il me disait "Fais-le"." Elle a ainsi la persévérance des travailleurs. Elle a fait du chant dès son plus jeune âge, en espérant avoir une voix mature vers la quarantaine. Elle gagne en confiance, avec le succès, et se protège moins. Et si la réussite lui amène un sentiment de culpabilité, elle reçoit aussi l'argent qu'il faut pour être artistiquement indépendante et financièrement libre. C'est ainsi qu'elle se lance dans l'aventure de la réalisation : avec la bande annonce d'On Connaît la Chanson, puis avec la réalisation du Goût des autres. Elle qui déteste faire des choix, doit tout décider. Elle devient "la patronne" comme dit Lanvin, et s'entoure de sa famille (Chabat avec qui elle a joué dans Le Cousin, Bacri, Yardinoff...). Dans le couple, elle est la dramaturge, celle qui se concentre sur la mécanique du scénario. En se lançant dans la réalisation, elle ne fait que décupler tout ce qu'elle est censée détester : l'angoisse, la solitude, les choix... Vigilente, Jaoui reçoit les compliments depuis le début de l'année 2000. C'est l'année Jaoui : premier premier rôle dans Une femme d'extérieur et désormais cinéaste, elle essaie de prendre du recul par rapport à cette surexposition soudaine. Plus zen qu'avant, elle pense avoir perdu la frime et l'arrogance qu'ont tous les comédiens à leurs débuts. Humble, pudique, légèrement orgueilleuse , elle a perdu sa peur des rivales, et se sent moins inférieure par rapport aux autres femmes. Elle s'est affirmée artistiquement, et surtout elle est parvenue à avancer humainement. Même si elle promène une certaine désillusion, elle a tendance à croire que l'être humain peut changer, à l'instar du personnage de Deschamps dans son film. Jaoui dépend donc de Jaoui en terme de rôles, de films et donc de carrière. Si Bacri s'offre beaucoup plus de liberté individuelle, Jaoui, outre Corneau et Blanc, n'a pas eu l'occasion de jouer souvent ailleurs. Même si les scripts affluent... On est tous le snob de quelqu'un... peut-être qu'elle s'est forgée son propre clan sans le vouloir. Que les cinéastes n'imaginent pas ce qu'elle peut être devant leur caméra. On comprend qu'en se sentant exclue, elle avoue un faible pour les minorités, et devient vindcative contre les injustices. Cette amoureuse du cinéma (elle aime Scorsese, Allen...) vit dans la fiction pour s'échapper du réel et mieux accepter le monde tel qu'il est. Pas forcément très beau. De son côté, elle n'a aucune idée de l'image qu'on a d'elle, au bout de dix ans de succès; pas facile à cerner, cette inclassable déteste la norme - les normes -, les conventions, tout en défendant les idées auxquelles elle croit. Elle boit (du thé), elle fume (des Marlboro Light), et de son sourire (mélancolique) enfin révélé, elle nous fait comprendre qu'elle ne doit pas être ce qu'on croit qu'elle est. Et elle se charge d'écrire son prochain rôle pour enrichir sa galerie de femmes urbaines et contemporaines, en manque affectif, et cherchant le grand amour des contes de fées de son enfance.

Vincy


 
 
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