Matt Damon est une star complète. l'un des rares à pouvoir rivaliser avec Di Caprio, Pitt ou encore Washington, sans avoir à être un super-héros. Un film avec Damon c'est presque un film de Damon. Un truc à l'ancienne. le Mans 66 est de cette trempe. Doté d'un solide second-degré, il reste malgré tout très soucieux de ses choix. L'an prochain on le verra dans un Ridley Scott, The Last Duel, qu'il a coécrit avec Ben Affleck et un thriller de Tom McCarthy, coécrit par le français Thomas Bidegain.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19



   







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THE COMPLEX GUY





   Ben Stiller est devenu en quelques années le prince de la comédie américaine. Mais pas seulement. Car sous la couche de rire qu'il engendre à travers ses prestations, se cache un rélaisateur qui, lui, cherche à exhiber nos névroses, psychoses et les sentiments noirs de la génération X. Il est tombé dans la marmite du show business quand il était petit. Ses acteurs de parents (le papa a joué récemment dans la série "Seinfeld") lui font répéter leurs textes et il découvre ses premières désillusions : William Shatner, par exemple, n'est pas le Capitaine Kirk. Too bad pour ce fan de Star Trek. Très tôt, avec une caméra super 8, il tourne des films en deux parties (le meurtre, la revanche) et s'amuse avec les images. Il tentera même d'étudier tout cela à UCLA, où il s'ennuiera ferme. Il abordera son métier via les planches et Broadway, et notamment dans la reprise de The House of Blue Leaves, qui remportera au final 4 Tonys (les Molières du coin).
En Amérique, sa carrière commence avec un show TV qui porte son nom. Un délire qui ravit les critiques, mais ne trouve pas son public. La Fox coupe son micro à la moitié de la première saison, tandis qu'il récolte, avec son équipe, un Emmy Award en tant qu'auteur de ces délicieux sketchs satyriques. Il avait quelques années aupravant exercé son talent en écrivant et réalisant un court métrage parodiant le scorcesien Color of Money, qu'il avait intitulé The Hustler of Money (en référence au film The Hustler, L'arnaqueur, la prequel de The Color of Money). Ce court lui avait ouvert les portes du mythique Saturday Night Live. Parmi les copains de l'époque, la petite brunette Janeane Garofalo, qu'on verra dans nombreux de ses films ...
Pendant ce temps, lui sort avec une actrice qui monte, Jeanne Tripplehorn, vue dans Basic Instinct et Waterworld.

Hollywood découvrira Stiller en réalisateur. Artiste multi-talent, plutôt indépendant, et pas forcément dans les critères "beauté physique" de Tinseltown, Stiller dirige Winona Ryder et Ethan Hawke dans Reality Bites en 94. Film générationnel, il est une sorte d'oraison funèbre pour les années 80, de film culte pour les années 90, de versant noir à Ferris Bueller, et de consécration pour le grunge et les âmes errantes de 20 ans et +. Auparavant, ni ses réalisations, ni ses interprétations (en second rôle) n'avaient marqué. New Yorkais, c'est à Los Angeles qu'il trouvera son succès. Auteur et réalisateur, c'est en comédien qu'il deviendra célèbre. Petit et pas très beau, il fera craquer les plus belles actrices (avec il est vrai une musculature qu'il a développé au fil des ans).
Toutes ces contradictions en font un être éminemment complexe et un des comédiens les plus intéressants du moment. Fidèle et loyal, il reprendra dans ses films, même ceux qu'il ne réalise pas, des gens avec qui il a aimé travaillé. Cet esprit de famille est la seule cohérence de sa carrière. Tandis que le moteur de son esprit créateur se situe plus dans les frustrations qu'il ressent.
Une fois Reality Bites en boîte, où il incarne cyniquement un yuppie carriériste, il rebondit en 96 avec deux films marquants l'année, en bémol. The Cable Guy, désormais considéré comme sous estimé, est une comédie noire, où Jim Carrey, au rire grimaçant et menaçant, affronte le blanc bec de Broderick (qu'on croierait volontiers cousin de Stiller). Le film fit trois fois les recettes de Reality Bites. Mais deux fois moins qu'un Jim Carrey classique. Hollywood est déçu. La farce ne prend pas. Pourtant les critiques sont enthousiastes et salue le job de Ben Stiller. L'acteur a aussi le vent en poupe, puisque le même été, il est à l'affiche de Flirting with disaster, hit indie. Ben Stiller voit son image changée. Avec le Neil la Bute deux ans plus tard, il continuera à ancrer son visage dans le paysage du cinéma indépendant, urbain, générationnel, sexuello-cérébral, c'est à dire où le sexe monopolise les pensées et dialogues.

Il accumule les expériences désatreuses au Box Office, mais flatteuses côté critique : Permanent midnight par exemple est un de ses meilleurs rôles. Mais en 98, les Frères Farelly remplacent leur Jim Carrey par Ben Stiller. Ses deux-là sont deux côtés d'une même pièce de monnaie consacrée à l'humour. Les deux surjouent, mais l'un frôle le cartoon tandis que l'autre se rapproche plus de Buster Keaton.
C'est avec un sexe coincé dans une braguette (méchamment torturé le bout de chair quand même), une branlette mémorable (où le sperme tient lieu de gel pour les cheveux) et d'un combat sans merci avec un chien de pouffe (comprendre pouffiasse OU qui passe son temps sur un pouffe) qui finira serpillère, que Ben Stiller devient une star mondiale. Et ça changera tout. Mary à tout prix est un méga hit comique où Cameron Diaz et Ben Stiller voient les zéros se multiplier sur leurs cachets. Pas Matt Dillon, la vie est injuste.
Stiller, lui, pour son plus grand bonheur comme son plus grand malheur, se retrouve enfermé dans le stéréotype du mec boutonneux, coincé, complexé, amoureux bêta, bref adepte de la masturbation alors que la fille de ses rêves n'attend que lui.
En 2000, il épousera la comédienne de Th Wedding Singer, Christina Taylor. Mais il draguera aussi Jenna Elfman, blonde croquante de la série Dahrma and Greg, dans Keeping the Faith (où il est un rabbin qui tombe amoureux d'une "goy" que convoite aussi son meilleur ami, un prêtre catholique!). Et enfin il essaiera de demander en mariage une autre blonde, Teri Polo, à son père, joué par Robert de Niro; un fâcheux qui amènera le futur gendre à se faire détester de toute la famille en un week end. Le premier week end de sortie, le film rafle la mise. En route pour un carton au Box Office - et pour une suite - Meet the Parents installe Ben Stiller dans la cour des grands comiques du moment. Là encore il fait rire avec un animal (un con de chat), sa maladresse (disons qu'il a appris à embrasser, pas forcément à jouer au water polo), et même son esprit cynico-réaliste (ici une belle critique des compagnies aériennes). Eddie Murphy, Jim Carrey et Steve Martin réunis!

Avec Zoolander, où il s'accorde pour une fois le premier rôle en plus de son job de cinéaste, il s'en prend au milieu de la mode et des mannequins. Mais ça ne fonctionne toujours pas. Il est plus convaincant lorsque de bons réalisateurs font appel à ses services. En fils Tenenbaum, il joue les dépressifs parano et fragiles. Il y excelle, avec ses copains Wilson. Bien mieux que dans ses comédies potaches ou concept (Dodgeball, Starsky & Hutch) qui font le bonheur des studios mais l'éloignent clairement de son talent. Cherchant continuellement sa voie, il multiplie les expériences, quel que soit le public, confidentiel ou de masse, cinéphile ou "couch potatoes". En mélangeant la profondeur des sentiments qu'il éprouve pour toutes ces femmes qui lui donnent la réplique et le déclencheur des rires qu'il amorce naturellement au moindre gag, Ben Stiller s'est construit un personnage unique et populaire qui ne peut le rendre que fascinant. Un Woody Allen contemporain, qui sait parfois s'amuser sans se poser de questions.

vincy


 
 
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