Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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Leonard Gary Oldman, de son vrai nom, ouvre les yeux dans la grande banlieue Londonienne le 21 mars 1958. Abandonné très jeune par son père, élevé dans la grisaille du quartier pauvre de South London par sa mère, Gary Oldman peut se targuer d'avoir échappé à un sombre destin qui semblait pourtant lui coller aux semelles. Côtoyant la misère au quotidien, l'alcoolisme latent et les mauvaises fréquentations, il tombe rapidement dans la petite délinquance qui aurait pu l'étouffer si l'envie soudaine de monter sur les planches ne lui était pas passée par la tête. Dans ce dessein, Gary l'agité va devoir rentrer dans les rangs et s'inscrire au Britain's Rose Brudford College. Grâce à la bourse que l'école lui accordera, il pourra suivre les cours sans l'aide financière de sa mère jusqu'à l'obtention du diplôme Théâtral en 1979. Encouragé par ses professeurs qui ont su mettre à jour le talent impétueux du jeune acteur, Gary Oldman fonde la petite troupe des "Greenwich Young People's Theatre" grâce à laquelle il gagnera une certaine réputation qui lui permettra d'intégrer la prestigieuse "Royal Shakespeare Company" en 1984.

Excellant dans un répertoire classique dont il se lassera vite néanmoins, le jeune espoir du théâtre anglais acquiert une totale reconnaissance auprès de la profession et du public, doublée de plusieurs récompenses (dont le prix du Meilleur Acteur en 1985). Mais les grincements des planches et l'odeur feutrée des salles victoriennes de la Capitale sont bien trop figés pour cet acteur au tempérament dispersé. Le cinéma devient alors son principal objectif, d'autant qu'il bénéficie déjà de plusieurs expériences devant la caméra. En 1981, il avait obtenu un petit rôle dans Remembrance (Colin Gregg) et dans deux téléfilms, "Meantime", de Mike Leigh et dans "Honest, Decent and True" de Leis Blair en 1985.
En 1986, de casting en casting, il parvient à décrocher son premier grand rôle, déterminant pour le reste de sa carrière et pour son approche des personnages qu'il interprètera plus tard : il incarne Sid Vicious, l'immortel interprète de l'hymne punk "God save the Queen" et leader du groupe Sex Pistols', dans Sid et Nancy d'Alex Cox. Ce personnage singulier et extrême, deux qualificatifs qui lui colleront aux baskets, qu'il joue avec justesse permettra à Gary Oldman de gravir les marches du succès. Il obtient pour ce film le Evening Standard Film Award as Best Newcomer (Jeune espoir le plus prometteur). De par son physique aiguisé comme une lame, son regard perçant, et son impulsivité ("le chien fou" comme le surnomme Martin Campbell), Gary Oldman est idéal pour incarner les "méchants" au cinéma ou les personnages hors normes, même si ce n'est qu'une des facettes de son immense répertoire. En 1988, Stephen Frears lui offre le rôle du dramaturge Joe Orton, célèbre pour ses sujets à scandale, dans Prick Up Your Ears. Mais jusqu'en 1991, Gary Oldman sera à l'affiche de plusieurs films sans grand intérêt, pour la plupart des thrillers pas vraiment haletants (Track 29, de Nicholas Roeg ou Criminal law de Martin Campbell). Il reste marginal.
C'est en 1991 qu'Oliver Stone lui propose de jouer le rôle de Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé de Kennedy, aux côtés de Kevin Costner dans JFK. Ce rôle difficile qui fouille dans l'histoire douloureuse de l'Amérique lui vaudra enfin une totale crédibilité et les faveurs des plus grands. Il est Oswald, personnage détesté, et pourtant il fallait bien l'incarner. Lui se fout de jouer le Diable, Ponce Pilate ou Dracula...
C'est Francis Ford Coppola qui assoira sa réputation l'année suivante en lui confiant le rôle titre dans le baroque Dracula. Le personnage cruel et tourmenté du comte Dracula était destiné à l'acteur qui traverse tout au long du film différents états, différents visages auxquels il donne vie avec une prestance et un charisme incroyables. En véritable caméléon, il ajuste son timbre de voix, revêt un nouveau costume, s'habille d'une nouvelle peau, d'un nouveau caractère, et ne joue plus : une fois devant la caméra, il est le personnage, il l'a toujours été.

On le retrouve en 93 aux côtés de Christian Slater dans True Romance (Tony Scott) et en 1994 sous la direction de Luc Besson dans Leon. En incarnant Stansfield, le flic sadique et corrompu qui traque Jean Reno (aux prémices de sa carrière américaine), Gary Oldman se délecte avec un plaisir visible du rôle le plus violent qu'on lui ait permis de jouer. Besson ne s'y est pas trompé puisqu'il a de nouveau fait appel à ses "sévices" en 97 pour interpréter le méchant Zorg dans Le Cinquième élément. Oldman aime ces personnages de salauds qui lui apportent la possibilité de laisser parler ses impulsions et cette "folie" géniale qui l'habite, en somme, son jeu effrayant et fascinant. C'est ce type de rôle qu'il recherche en jouant le gardien qui martyrise Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz (Marc Rocco), le terroriste Russe qui détourne l'avion du Président américain dans le très patriotique Air Force One, de Wolfgang Petersen, ou encore le criminel en fuite dans Lost in Space (Stephen Hopkins). Pas franchement des chef d'oeuvres, mais le public accroche, au pire en vidéo.
Et sa faculté de changer de peau lui confère également des rôles plus intérieurs et plus sensibles, en interprétant Ludwig Van Beethoven dans le film du même nom par exemple (réalisé par Bernard Rose en 94), ou l'artiste Albert Milo dans Basquiat de Julian Schnabel en 96.

Sans avoir atteint les limites de ses performances devant la caméra, le désir de passer derrière s'est formulé en 1997 puisqu'il a écrit et réalisé Ne pas avaler, qu'il présente à Cannes la même année. C'est un film rude, réel et sans concessions, qui évoque ses souvenirs d'enfance en nous plongeant sans barrières dans le quartier pauvre de Londres où il a grandi. Co-produit par Luc Besson, Ne pas avaler dépeint la vie quotidienne d'une famille déchirée par la violence, l'alcool et la drogue, sans jamais tomber dans le misérabilisme. Inspiré par le travail de Ken Loach, Mike Leigh ou Frears, Gary Oldman signe là un premier film touchant, intense et dérangeant. Remarqué.

Pour débuter le millénaire, il s'est immergé dans le rôle du milliardaire défiguré Mason Verger dans Hannibal de Ridley Scott, Gary Oldman retrouve le genre de rôle qu'il affectionne tant puisque dans Manipulations (The contender) de Rod Lurie, il joue un député jaloux et misogyne prêt à tout.
Toutefois, si Gary Oldman-acteur , au talent démonstratif, a depuis bien longtemps fait ses preuves, espérons que le réalisateur qui sommeille en lui va refaire surface et signer prochainement un film aussi puissant et beau que Ne pas avaler. Parce qu'il est clair que l'acteur semble se lasser de jouer les immondes et les hargneux. Hormis Hannibal, il s'était même fait oublié du public à force de ne plus jouer ou de lasser dans son costume de scélérat. Aussi n'est-on pas mécontent de le voir chez un grand cinéaste (Christopher Nolan dans Batman Begins) et dans une énorme saga familiale (Harry Potter 3 et 4). Là, pour une fois, il joue un repenti. Un faux méchant. Un inquiétant innocent. Un parrain, et pas n'importe le quel, celui du héros. Bref, un gentil. On est attendrit. Et heureux de revoir Oldman en haut de l'affiche.

romain, vincy


 
 
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