David Lynch, Lion d'or et Palme d'or, n'a pas tourné de long métrage depuis 2006. Une longue absence. Heureusement il nous a offert une suite à Twin peaks pour la télé. Et on peut voir ses photos fétéchistes dans l'exposition de Louboutin au Palais de la Porte dorée. Il vient aussi de terminer un court métrage. Elephant Man ressort cette semaine en salles.



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CIAO MAESTRO





Marcello Mastroianni. 150 films et une seule mort. L'un des "Grands Comédiens du Cinéma Mondial" (avec les majuscules, ça fait encore plus grand) vient de s'éteindre à l'age de 72 ans. Le "Latin Lover" italien, qui souffrait d'un cancer du Pancréas, est décédé jeudi matin à son domicile parisien.
Catherine Deneuve, amie de longue date, et leur fille Chiara, étaient à ses cotés dans ses derniers moments... Belle fin de film. De nombreuses fois honoré (nominé 3 fois aux Oscars, Césars, 2 fois palmé à Cannes), il avait marqué ses films grâce à sa sensibilité et son caractère latin. Un charme doublé d'une irrésistible simplicité. Désinvolte. Gracieux. Mélancolique.

Après quelques figurations dans les années 40, il a commencé sous les ordres de Visconti, au théatre (1947) en jouant du Shakespeare comme des contemporains américains: Arthur Miller, Tennessee Williams...
Sa chance aura été de tourner selon son plaisir: dans le monde entier, et avec les plus grands réalisateurs européens (Angelopoulos, Polanski, Malle, Blier, Ruiz, Wenders, Boorman, Mikhalkov...). Tous les réalisateurs italiens ont eu ce monstre sacré devant leurs caméras: Antonioni, Scola, Taviani, Ferreri, De Sica, Bellocchio...
Il symbolise à lui seul ce que l'Europe a de mieux en terme de cinéma. Une star multilingues, chaleureuse, ouverte sur le monde, honorée de par le monde, une star au physique imparfait (Fellini parlait même de visage ordinaire), ayant le sens de la dérision (et de l'auto-dérision).
Il pouvait interpréter des impuissants, des hommes enceints, des cocus, des homos, des maladroits, de blasés du sexe et des bouffeurs de vie: il restait le plus grand des séducteurs.

Mais on retiendra surtout l'ami et le génie qui le révéla dans quelques un des chefs d'oeuvres du Cinéma: Fellini.
Federico ne cachait pas sona dmiration pour Marcello: "Travailler avec lui est une joie. Délicat, disponible, intelligent, il prend possession des personnages sur la pointe des pieds."
Avec lui ils tourneront Fellini Roma, Intervista, Ginger et Fred, La Cité des Femmes, 8 1/2 et La Dolce Vita (qui le fit connaître du monde entier grâce à Cannes en 1960). Une complicité digne des plus grands duos: Scorsese/De Niro, Capra/Stewart, Hitchcock/Grant...
8 1/2 est d'ailleurs son film préféré: "Celui où j'ai été le plus impressionné. Pas en tant qu'acteur mais en tant qu'homme." avouera-t'il. "Travailler avec Fellini a été un privilège extraordinaire. Bien plus grand même que celui de participer à de grands films qui sont restés dans l'histoire du cinéma. Je me suis même senti jaloux quand il a fait de sfilms dans lesquels je ne jouais pas."
Le maître renvoyait la balle: "Marcello est pour moi beaucoup plus qu'un acteur: il est mon ami. J'aimerais quand même lui rendre justice en tant qu'acteur: il est d'une subtilité remarquable, même ses limites, il les transforme en qualités. Son caractère mouvant, moelleux, fluide, malléable, incertain, lui confère l'aisance indispensable pour se glisser dans les personnages." D'ailleurs il reconnaissait qu'il mettait beaucoup de lui dans ses personnages (Les yeux Noirs). Rares sont ceux qu'il a rééllement travaillé (Drame de la jalousie, Une journée particulière).

160 films, presque 50 ans de carrière, il restera l'acteur italien le plus connu de la planète, le plus reconnu.
S'il a rarement été une star du Box Office, quelques un de ses films ont été soit parmi les meilleurs de leur temps, soit très polémistes.

Cet Homme simple et généreux ne désirait que vivre pour jouer et jouer tant qu'il vivrait. Il venait de tourner 3 films, dont le dernier sort une semaine après sa disparition: De Eso No Se Habla de l'argentine Maria Luisa Bemberg.
Il est aussi la vedette du prochain Manuel de Oliveira et d'un documentaire biographique parsemé de certains de ses témoignages. Les deux seront présents à Cannes en 97.
Les réactions commencent à neiger, évidemment. Nous retiendrons celle de Dino Risi qui l'a dirigé dans Fantôme d'Amour (1981): "Marcello était tout le contraire de la star. Il apportait sur l'écran son humanité, sa simplicité, son goût de vivre, et c'est tout à fait le contraire d'un professionnel."
Fellini ne tarissait pas d'éloges: "Je crois que c'est l'acteur le plus intelligent que j'ai connu. Il possède la véritable intellligence - qui n'est pas culture de l'intellect, mais tolérance et compréhension de la nature humaine, de soi-même et des autres."

"Je crois à la nature, aux amours, aux affections, aux amitiés, à mon travail, à mes amis. Moi j'aime les gens, j'aime la vie. C'est peut-être pour cela qu'en retour la vie m'a aimé. Je me considère comme un homme qui a eu beaucoup de chance..." avouait-il.
Mastroianni était aussi aimé avec ferveur par un public qui appréciait autant l'homme que le comédien. Il est aussi l'image d'une époque oubliée: celui d'un Cinéma d'auteur brillant, populaire, un cinéma où Fellini était doublé aux Etats Unis et projeté dans les grandes salles parisiennes.
Une légende qui aura joué avec les plus belles actrices (Moreau, Cardinale, Dunaway, Eckberg, Deneuve, Loren...), comme pour embellir nos souvenirs. Un mythe qui illustra l'âge d'or du cinéma italien.

Post Scriptum : En 1997 sortira le documentaire Marcello Mastroianni, je me souviens oui je me souviens
Durant le tournage du film de Manuel de Oliveira (Voyage au début du monde), Anna Maria-Tato filme et interroge le comédien sur son enfance, sa vie, sa jeunesse, son métier. Pudique, drôle, il se confie à celle qui fut sa compagne depuis sa séparation avec Deneuve (ce qui explique le manque d'objectivité du documentaire et quelques carrences autobiographiques). Outre les témoignages d'Il magnifico, on retrouve des extraits de ses pièces, de ses films et de quelques tournages. Un documentaire attachant sur un être faussement détaché.

vincy (1996)


 
 
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