Avec La Belle époque, Daniel Auteuil retrouve non seulement un grand film populaire (hormis Le Brio, agréable surprise il y a deux ans) et des partenaires de choix, après une dizaine d'années sans étincelle au cinéma. Passé par les planches, la réalisation et des films déjà oubliés, l'acteur va s'aventurer maintenant dans la série, avec Le mensonge.



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PHILIPPE LE BIENHEUREUX





  La carrière cinématographique de Philippe Noiret commence tard, précédée d'une enreichissante expérience théâtrale qui le promène, entre autres, du prestigieux TNP de Jean Vilar, entre 1953 et 1960, au cabaret où il forme, avec Jean-Pierre Darras, un tandem axé sur l'actualité politique.
   Né à Lille, en pleine crise économique, dans l'entre deux guerres, c'est par accident (il remplace Georges Wilson, malade) qu'il tourne en vedette le premier film réalisé par Agnès Varda en 1954, La Pointe courte. Il lui faudra cependant attendre 1960 et son départ du TNP pour reparaître à l'éacran: il campe alors, pour Louis Malle, le tonton loufoque de Zazie dans le métro. Deux ans après, il retouve à nouveau un rôle tout aussi marquant, mais dans un registre opposé, celui du drame noir, avec Thérèse Desqueyroux, où il compose un personnage dur et odieux auquel il sait donner une touche d'humanité.

   En fait, tout Noiret tient entre ces deux pôles, de Raymond Queneau à François Mauriac: légèreté, dérision et tendresse d'un côté, poids écrasant d'une certaine classe sociale de l'autre. Ses meilleurs seront dès lors souvent une synthèse de ces deux dimensions contradictoires, assez rare dans le cinéma français.
  D'Yves Robert, avec Les Copains ou Alexandre le bienheureux, et du Jean-Paul Rappeneau de La Vie de château - en provincial, notable, déjà vieux mais aspirant à la vie tranquille - à Bertrand Tavernier, avec Que la fête commence ou Coup de torchon... En passant par les italiens Marco Ferreri, et La Grande bouffe et Touche pas à la femme blanche, et Mario Monicelli, avec Mes chers amis, Philippe Noiret va livrer peu à peu le portrait terriblement humain de sa réelle personnalité cinématographique. Avec ses qualités (bonté, équilibre, sympathie, drôlerie), mais aussi ses défauts: lymphatisme qui peut aller jusqu'à une certaine lâcheté, sensualité qui frôle parfois le vice, laxisme qui débouche sur le cynisme.
  C'est certainement Bertrand Tavernier qui a su le mieux dégager ce qu'il pouvait y avoir d'inquiétant et de perverti dans son image la plus rassurante, et le faire osciller entre la rigidité bourgeoise (le magistrat du Juge et l'assassin) et la tentation violemment anrchiste (le policier de Coup de torchon), jusqu'à la désillusion totale (La vie et rien d'autre).

  Menant dès lors une brillante carrière internationale sous la direction de cinéastes prodigieux comme Georges Cukor, Alfred Hitchock, ou Francesco Rosi, Noiret alterne intelligemment, en France, films destinés au grand public et oeuvres plus originales, sans donner pour autant sa caution à n'importe quelle entreprise. Avec des cinéastes consacrés, on le verra ainsi qans Un taxi mauve d'Yves Boisset ou dans trois films de Philippe de Broca, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, et L'Africain, tandis qu'avec de jeunes réalisateurs il saura prendre plus de risques: Jean-Pierre Blanc (La Vieille fille), Henri Graziani (Poil de carotte), Marco Pico (Un nuage entre les dents) ou Jacques Renard (Monsieur Albert), qui fera de lui un personnage étonnamment destructeur...
  Même lorsqu'il échoue commercialement, comme avec Le Grand carnaval d'Alexandre Arcady, il ne semble jamais compromis aux yeux du public et de la profession. Et le comédien qui peut enchaîner, dans la même année 1984, l'officier colonial de Fort Saganne d'Alain Corneau, et le flic gentiment pourri des Ripoux de Claude Zidi, avec la même force de conviction, est plus qu'une vedette: une nature. Il a un capital de symathie énorme auprès du public, à la fois bougon et débonnaire, jamais blanc mais pas forcément noir.
Comme Raimu ou Jean Gabin, Philippe Noiret n'a pas tourné que des chefs-d'oeuvre, mais il a marqué tous ses rôles du sceau de son intelligence et de sa personnalité. Il est de ces grands comédiens qui peuvent incarner les personnages les plus divers sans cesser d'être eux-mêmes.
De 1989 à 1994, il aura quand même accès à un de ces instants de grâce dans une carrière, où tout est beau, grand, magnifique. Tavernier le plonge dans les tranchées et c'est un tunnel de films qui le rendront star jusqu'à Hollywood : Cinéma Paradiso, Uranus, Il Postino, en plus de films de Téchiné, Leconte, Rosi, Devers. Des hits grand public (La fille de D'Artagnan) et un caméo dans Grosse Fatigue pour conclure en beauté ce film à sosie de Michel blanc. Noiret sera le défenseur de la schizophrénie du comédien...
Depuis, évidemment, il y a eu baisse de régimes : quelques second rôles dans des films à succès, énormément d'oeuvres oubliées, deux ratages (Blier, le troisième Ripoux). Pourtant on sent que Noiret, même vers la fin de sa carrière, aime encore se frotter aux talents divers (Jugnot, Boujenah, Bouquet, Aumont, Loren...). Mais il lui manque de grands cinéastes pour lui offrir un requiem digne d'un Newman, par exemple.

chris, vincy


 
 
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