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 (c) Ecran Noir 96 - 17



   







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L'AVIS EN ROSE





En dix ans, François Ozon s’est installé, à sa manière, dans notre panorama cinématographique. En tuant des pères, en idéalisant les femmes, en livrant ses personnages à des jeux de massacre, tantôt verbaux tantôt psychologiques. Car le cinéma d’Ozon ne repose sur aucun artifice technologique, sur peu d’effets spéciaux. Ce sont des petites histoires de querelles où un quelconque incident - parfois un crime - réveille les bourgeois endormis à l’esprit trop étroit. Un grain de sable qui s’incruste dans le rouage du quotidien, une goutte de sang qui tache les conventions. Et dès lors, tout y passe. Ozon est rarement gentil, et par conséquent souvent mordant, un peu cruel, un brin sado. Tous ses films sont d’ailleurs teintés de sexe. Ce sexe qui sous-tend l’ensemble de nos relations, de nos frustrations... Une sexualité crue ou glamour, mais parcimonieusement romantique. Evidemment, l’homosexualité - et dans une moindre mesure la bisexualité - est omniprésente, qu’elle soit féminine ou masculine. Et nous incluons les courts métrages dans l’analyse qui suit. Tout au plus, on évitera de parler de son parti pris politique fortement ancré au PS, filmant Jospin pendant sa campagne de 95. Le même Jospin qui sera à l’honneur durant l’avant-première de 8 femmes. Rose en tout point, le jeune, beau et versaillais François. Presqu’un rebelle de là où il vient.
Même si il tourne depuis 91, en pleine Génération Mitterrand, Ozon se fait remarqué en 93, avec Victor, une production Fémis, qui fait le tour des festivals, de Clermont à Postdam. Il devient rapidement une valeur sûre du court et passe de la Fémis à Fidélité productions en 94. Avec un sens certain du marketing, une réelle ambition et des goûts très variés en matière de cinéma, Ozon se déchaîne et réalise des petits films âpres, sensuels, morbides, lucides. Il règle ses comptes avec l’acharnement d’un doué fougueux. Si La Petite mort voyage à travers le monde, c’est assurément Une robe d’été - son meilleur court si l’on en croit la liste impressionnante de prix - et son triolisme amoureux troublant et inversé, qui le place assez haut dans les espoirs du nouveau cinéma français. Il y fera ses premiers pas à la Semaine de la critique à Cannes, deux ans avant Sitcom. Il poursuit son observation d’une génération hédoniste, dépressive, perturbée charnellement, une génération X comme inconnue, à travers ses portraits qui servent d’équation à ses problèmes ; le summum est atteint dans un premier temps avec le moyen métrage Regarde la mer.
Incontestablement, il filme mieux les femmes - Régnier, Rampling, Huppert, Deneuve, Bruni Tedeschi... - que les hommes (étonnant, non ?). Devons-nous presque croire qu’il a besoin d’idéaliser pour que sa caméra parvienne à capter le juste regard ?

En 98, il signe avec défiance un premier long au budget minuscule : Sitcom. Méchante histoire de famille presque surréaliste où nous assistons à un inceste, une partouze avec un zucchini, et une branlette espagnole olé olé. Pas forcément abouti, mais le style Ozon se laisse déjà entrevoir : un style maniéré, cadré, bourré de clins d’oeil, où les acteurs prennent une majeure partie du plan, dans des décors accentuant les ressors dramatiques et le symbolisme. Le meurtre fait son apparition comme déclic. Si la sexualité explique le geste, le mobile est souvent plus dérisoire, un reflet de nos sales consciences qui s’ennuient. Car l’amour, but inavoué dans chacun des films, échoue à chaque fois à l’épreuve de vérité. Les divergences apparaissent souvent très vite. Le cinéma d’Ozon n’est pas un cinéma où tout concorde. La blessure est toujours irrémédiable... Ozon est avant tout un destructeur de famille. Dans Regarde la mer, la jeune fille tue une mère et s’approprie l’enfant. Dans Sitcom, tous se mettent à poignarder le père. Dans Sous le sable, le mari décède. Dans 8 femmes, les amazones se déchirent autour d’un cadavre. Il s’attaque au sacré, en agressant ainsi le foyer. Mais exploser la cellule familiale ne suffit pas à créer un univers...

Souvent le cinéaste a montré qu’il se laissait envahir - trop - par des références (Fassbinder, Bunuel, Waters, Truffaut, Ophüls, ...) prouvant un éclectisme ravageur, jouissif, une parfaite synthèse d’une culture ouverte : il avoue apprécier Ripstein, Larry Clark, De Palma, Tsai Ming-liang, Cronenberg, Dumont, les frères Dardenne, Nan Goldin... Mais ses propres allusions ont permis aussi de médire sur son cinéma, trop soigné, chorégraphié, esthétisant, faussement absurde. Un manque de maîtrise ayant un goût d’inachevé. C’est surtout le cas avec ses deux premiers longs, aux antipodes l’un de l’autre, trop brouillons. Dans 8 femmes, il croise pourtant avec maestria Minelli, Cukor, et Autant-Lara. Cette citation permanente aux maîtres devient presque son style. Car sa richesse est plutôt dans l’exploration des genres, et l’envie d’exprimer sa version de l’amour. Film après film, il s’améliore, réalisant ses folies avec un certain goût du risque, et un plaisir à faire son métier. Il cherche sans cesse à nous étonner, et rejette les étiquettes, loin des clans et des familles, même s’il a son entourage propre (Marina de Van, la même équipe technique depuis Gouttes d’eau...). Son véritable atout, même s’il s’en défendra, est d’être soutenu avec ferveur par toutes les communautés gays et artistico-intellos (sans que ce soit péjoratif) de Berlin à San Francisco. Ses films assurent ainsi un minimum de recettes à l’export, en étant diffusés dans les villes branchées d’ici et d’ailleurs. Ozon a quand même déjà eu le droit à des rétrospectives !

A voir le mystérieux Goutte d’eau sur pierres brûlantes où la proie de nos désirs nous piègent dans un huis-clos, le fantomatique Sous le sable, et le délire musical de 8 femmes (là encore huis-clos révélateur des sentiments enfouis), on comprendra surtout que le jeune réalisateur aime surmonter les défis les plus improbables. Sa sensibilité, ce côté fleur bleue, se traduit par des films à l’apparence kitsch malgré des sujets difficiles (drame familial, deuil, sexualité mal assumée, fugue, meurtre, ...). Le moteur de ses oeuvres est bien ce qu’il y a au-delà du désir, du meilleur au pire. Avec un zest de perversité, qui trouve son apogée dans cet irréversible 5x2, son film le plus gâché. Ozon apparaît alors comme manipulateur et destructeur, bousillant chacun des 5 moments par une surdose de pathos ou d'abnégation, de lâcheté ou de violence (psychologique). On en sort meurtri. Trop de malaise, de malheur. Déjà dans Swimming Pool, Ozon s'enfermait dans une figure de style où il se sentait obligé de faire certains plans, d'avoir certaines déviances, faussement provocantes. Le concept se referme à chaque fois sur lui-même. Et l'écriture narrative, mélangée à un style naturaliste ou au contraire très artificiel, ne parvient pas toujours à se déployer. Le réalisateur n'arrive pas forcément à nous séduire. Il n'aime pas ses femmes, méprise ses hommes, et le sexe pourrit chacune des relations. Mais au delà de tout cela, ozon s'affirme anti conformiste, antibourgeois, à la manière d'un Chabrol, avec un tant soi peu plus de sagesse, de marketing. Question d'époque.

Sous la tragédie, les images rayonnent. On passe sans cesse de la répulsion (un gros rat, un ogre, un désir malsain) à la fascination ou au fantasme (domination, passage à l’acte, plaisir). A partir de la haine, de la violence (des sentiments comme des actes), il assouvit l’horrible pour atteindre la libération (Regarde la mer, Sitcom, Les amants criminels, Sous le sable, 8 femmes), même si celle-ci est parfois tragique, nostalgique ou mélancolique.
Avec les années, le réalisateur a adouci ses mÏurs. Tandis qu’il se complaisait dans l’agression visuelle, le choc prémédité, l’envie de créer la polémique, voire de prendre en otage le spectateur avec un zeste de subversion provocatrice, il a su s’apaiser, ranger ses pulsions au placard, souhaitant séduire, se faire aimer. Sans renier un seul de ses thèmes.
Car si Ozon voit aujourd’hui la vie en rose, il lui manque encore un film fédérateur, un sujet qui le fasse rentrer dans la cour des grands, pour être - même si ce n’est pas un objectif en soi - un candidat probable à un César.

vincy


 
 
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