Isabelle Huppert n'en finit plus de jouer les femmes maléfiques, veuves ou seules, perverses ou simplement manipulatrices. Si on peut se lasser de ces rôles répétitifs au cinéma, elle sait aussi créer l'admiration avec ses performances au théâtre (en ce moment mise en scène par Bob Wilson dans Mary said what she said). A l'écran, on la reverra dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, une comédie policière, et Luz de Flora Lau.



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BLACK POWER





"Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l'Eternel quand sur toi s'abattra la vengeance du tout puissant..." Le passage biblique le plus célèbre du cinéma (Ezéquiel 2, verset 10) est à jamais lié à l'image de Samuel L. Jackson en tueur afro se prenant sans complexe pour l'instrument de Dieu dans le culte Pulp fiction de Quentin Tarantino (1994). Avant cela, une carrière en dents de scie, commencée à la télévision dans les années 70, poursuivie sporadiquement au cinéma dans les années 80. Depuis, quelques dizaines de rôles plus ou moins marquants, pour des cinéastes de premier ou de second plan. Et pourtant, spontanément, difficile de citer lesquels… C'est que Samuel Jackson, en plus de multiplier ses apparitions dans les séries B, s'avère un véritable caméléon, souvent méconnaissable d'un rôle à l'autre. Barbu, lunetté, crêpé, chapeauté ou rasé, il n'est jamais le même, jouant avec son image sans complexe. Reste sa voix, unique, profonde et puissante, une voix faite pour le prêche, le pêché couplé à la rédemption.

Au départ, pourtant, rien ne prédestine le jeune homme du Sud des Etats-Unis au métier d'acteur : inscrit au Morehouse College d'Atlanta, il se passionne pour l'architecture. Heureusement, le futur prophète d'Ezéchiel souffre de bégaiement, qu'un médecin lui conseille de soigner… en passant une audition pour une comédie musicale ! L'expérience lui plaît, il se lance à corps perdu dans le théâtre et décroche même une publicité pour une chaîne de hamburgers. En 1972, son diplôme d'art dramatique en poche, il part à la conquête de New York.

Premiers rôles marquants chez Spike Lee

Les débuts, hélas, ne sont pas aussi fulgurants que prévus. Le jeune Samuel fréquente la Negro Ensemble Company, aux côtés de Morgan Freeman, remplace Bill Cosby pour les répétitions de la sitcom reine de l'audimat, mais se contente surtout de quelques téléfilms alimentaires. Il faut dire que l'alcool et la cocaïne font mauvais ménage avec les auditions. Mais après avoir raté un rôle important à Broadway, l'apprenti comédien décide de reprendre sa carrière en main. Le destin, qui est de la partie, met sur sa route Spike Lee, grand découvreur de talents noirs-américains au cinéma (Wesley Snipes, Denzel Washington...), qui lui offre ses premiers rôles marquants avec Mo'Better Blues (1990) et surtout Jungle Fever (1991). Son rôle d'un accro au crack dans ce dernier film lui vaut l'honneur unique à ce jour de recevoir un Prix du meilleur Second rôle au Festival de Cannes. C'est le début de la gloire et d'une longue série de seconds rôles remarqués dans des succès commerciaux comme Patriot Games (1992), True Romance (1993) ou Jurassic Park (1993).

Pulp fiction ne fait que confirmer la tendance, offrant à Jackson une nomination aux Oscars, et la possibilité de choisir exactement les rôles qui lui plaisent. Ce sera un tandem hilarant avec Bruce Willis dans Une journée en enfer (on l'attend de pied ferme dans le quatrième volet de la série, Die Hard 4.0), puis le père vengeur du Droit de Tuer, le détective privé à l'efficacité aussi douteuse que la morale dans Au revoir et à jamais (rôle spécialement réécrit pour lui après qu'il ait rencontré le réalisateur Renny Harlin et son épouse Geena Davis) et une nouvelle collaboration avec Tarantino en 1996. Dans Jackie Brown, il incarne Ordell, un trafiquant d'armes plutôt déchaîné. Son côté bad boy fait décidément fureur : le look qu'il se crée pour le film lance une vraie mode et booste les chiffres d'affaires des bérets Kangol. Tarantino, lui, se félicite de son choix : "Ordell Robbie est à la fois une menace absolue, un danger permanent, mais il est aussi éloquent et intelligent, ce qui le rend encore plus effrayant. Qui d'autre sur terre aurait pu faire ça aussi bien que Sam ? "

Un rôle dans Star wars

La décennie suivante n'est pas forcément à la hauteur du désormais reconnu talent de l'acteur. Du Négociateur (1998) à dérapages incontrôlés (2002), en passant par L'enfer du devoir (2000) ou Le 51e état (2002), rien de bien croustillant à se mettre sous la dent. Samuel L. Jackson vaut désormais 5 à 10 millions de dollars par film, serait-ce la raison de cet aveuglement soudain ? Le pire est sans doute atteint avec Peur Bleue (1999), calamité aquatique pourtant assumée par l'acteur : "J'avais très envie de tourner ce film non seulement parce qu'il constituait une expérience inédite, mais aussi parce que mon enfance a été nourrie de films de monstre... Peur Bleue est à la fois un super film de monstre et un grand film de poursuite, et je n'ai aucune objection à être poursuivi ! ". Pour punition, son personnage n'échappe pas aux canines d'un requin géant, maigre consolation pour le spectateur, et ce dès la moitié du film, qui nous laisse pourtant sur notre faim. Pas dégoûté, Jackson remet ça cet été, avec un film au titre éloquent : Snakes on a plane, l'histoire d'un agent du FBI enfermé dans un avion avec de dangereux serpents…

Plus symbolique, il reprend en 2002 le rôle de Shaft, flic noir aux méthodes peu orthodoxes et au sex-appeal infaillible, premier véritable héros noir apparu dans les 70's. La démarche, tout sauf anodine, témoigne de la place que Samuel Jackson entend occuper dans le cinéma américain. J'ai été très impressionné lorsque j'ai découvert le premier Shaft à Atlanta, durant mes études, explique-t-il. C'était la première fois que je voyais à l'écran quelqu'un qui me ressemblait, qui parlait comme moi, qui s'habillait comme j'aurais aimé m'habiller et qui était un héros. Car Shaft fut incontestablement notre premier héros. Il symbolisait à lui seul la Black Pride. C'était un homme fier, puissant, intelligent, à qui rien ne faisait peur. Il avait avec cela l'ego dont nous rêvions tous.

Il faut également relever l'honneur que lui fait George Lucas en lui proposant le rôle du Jedi Mace Windu dans la nouvelle trilogie de Star wars. Même si les films laissent à désirer, une fois encore, Samuel Jackson inscrit son nom dans l'histoire ! On se souvient enfin de sa prestation inquiétante dans Incassable de M. Night Shyamalan (2000) et de son rôle jouissif dans Basic de John McTiernan (2002). Son dernier film en salles, Le boss (2006) n'a quant à lui pas laissé un souvenir spécialement impérissable. A Cannes, il s'apprête à montrer une nouvelle facette de son talent : alors, cinéphile acharné ou spectateur occasionnel ? On aurait tendance à penser qu'avec lui au jury, le palmarès a toutes les chances d'être rock'n roll… réponse le 28 mai, mais quoi qu'il en soit, le show sera au moins sur le tapis rouge !




 
 
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