Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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Persona grata





"The light in Norway is very horizontal (...) It doesn't tell the all story. It's something mysterious in the shadows" (Sverre Fehn, lauréat du prix Pritzker 1997 d'Architecture).

Dieu/l'Art, le Bien/le Mal, la conscience/l’inconscient, l'angoisse de la mort; autant de questions autour desquelles Ingmar Bergman a construit, depuis plus de 50 ans, entre cinéma, théâtre et télévision, une oeuvre tout en verticalité et en dualité. Une oeuvre qui ressemble à une quête; perpétuel questionnement sur la nature humaine en forme de désespoir.

Cette dualité s'inscrit dans une double thématique philosophique qui parcourt tous ses films. D'un côté, la réflexion méditative sur la place de l'homme dans l'univers, son rapport à Dieu, à la Nature, à la société, de l'autre, un regard critique, lucide et satirique sur les rapports humains et sur l'incommunicabilité dans le couple.

En réponse à l'interdit (religieux) et au silence (bourgeois) de son enfance, Bergman se fera révélateur d'inconscient, "sondeur d'âmes".
Pour cela, il fait appel aux souvenirs, aux remords mélangeant l'onirisme au dramatique. Par le morcellement de ses récits, il met en lumière le tiraillement des consciences: l'humiliation (la nuit des forains, 1954), le regret (Fraises Sauvages, 1957), la maladie (Cris et Chuchotements, 1973) ou l'égoïsme (sonate d'automne, 1978), le mensonge et l'échec de l'individu (De la vie des Marionnettes, 1980).
La mise en scène de Bergman, ascétique, privilégie les plans longs. Elle s'immisce avec cynisme et cruauté dans l'étude clinique des affinités électives de ses "personnages-caractères" pour mieux décortiquer l'intimité des mécanismes psychologiques, Sourires d'une nuit d'été (1955), Scènes de la vie conjugale (1973). Elle dépeint en ocre, en rouge, en gris et en noir l 'insignifiance du monde par une remise en cause des connaissances de l'homme écrasé par son destin.

Cette exacerbation de l'affect ne contredit pas un rapport au corps et au sexe à la fois sensuel et agressif. Car Bergman, c'est aussi une affaire de femmes : une complicité féminine magnifiée par la présence de ses deux égéries, Liv Ullman et Bibi Anderson. Au-delà, la fascination pour le monde de l'Art deviendra le thème principal de la seconde partie de son oeuvre.
La lumière occupe une place centrale chez Bergman. Lire à ce sujet son livre "Laterna Magica" où le cinéaste évoque son approche poétique et polymorphe de sa lumière. Des films des années 50 à la théâtralité baroquisante signée du chef-opérateur Gunnar Fischer - l'exemple le plus connu de cette période reste Le septième Sceau (1956) - succéderont des films à l'esthétique lumineuse plus épurée avec le chef-opérateur Sven Nykvist qui marque l'entrée de Bergman dans la modernité- des films comme la Honte (1968), l'Heure du Loup (1967), Le Silence (1962) jusqu'au paroxystique Persona (1965), sommet de la dualité intériorité/extériorité du personnage bergmanien influencé par la psychanalyse de Jung. Toutes ces thématiques se retrouvent dans une ultime oeuvre à connotation autobiographique, Fanny et Alexandre (1983).
Humaniste, artiste, cinéaste-philosophe, Bergman a marqué de son style le cinéma moderne. A l’occasion du 50ème festival cannois une question s’est posée aux organisateurs : "palmer" ou "ne pas palmer" Bergman? Par deux fois, Bille August a reçu la palme d'or du festival de Cannes. En 1988 pour Pelle le Conquérant (Danemark) et en 1992 pour Les Meilleures Intentions (Suède) sur un scénario d' un certain......Ingmar Bergman!...
Une palme comblerait un oubli ou passerait pour une excuse. On peut sérieusement penser que des cinéastes de cette envergure sont au-dessus de toutes décorations aussi honorifiques soient-elles. Plus exaltant pour un cinéphile que les récompenses, s'imaginer petite souris pour voler des bribes de conversation d'une rencontre fortuite entre Woody Allen et son mentor...

Le seul véritable intérêt reste de voir ou revoir les films de Bergman de prendre le temps de redécouvrir un cinéaste actuel car réflexif dont les thèmes de solitude, de doute, de honte, de perte dans la foi ou d’incommunicabilité sont plus que jamais à l’ordre du jour.

C.L.C.


 
 
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