Sara Forestier passe derrière la caméra pour son premier long métrage M, un film bancal, imparfait, naïf, fragile mais empli d'une irrépressible envie de faire du cinéma. La jeune comédienne a fait du chemin depuis L'Esquive et son prix de jeune espoir féminin en... 2004.



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DANS LA PEAU D'UNE COPPOLA





Pas facile d'être la fille de, généralement, d'autant plus lorsque le papa n'est pas seulement célèbre mais aussi un artiste singulier, génial, charismatique. Francis Ford Coppola, double Palme d'or, cinéaste de la trilogie du Parrain, a constitué une tribu qui vaut celle des Huston à Hollywood (soit trois générations d'oscarisés). De Nicolas Cage à Talia Shire (Adriennnnne! criait Rocky), le clan Coppola s'apparente à une mafia en soi.

Premiers pas dans la Mafia
Le bébé Sofia commença sa carrière en garçon dans Le Parrain (quelques mois après sa naissance). Elle reviendra visiter les arcanes des Corléone en Mary (pleine de grâce) dans l'épisode III, remplaçant Winona Ryder au pied levé. Levée du mauvais pied sans doute, sa prestation est huée par la critique et "récompensée" par deux Razzie Awards. Entre ses deux films, la jeune Coppola sera apparue, en bonne daddy's girl, dans la plupart des films de papa (The Outsiders, Rumble Fish, Cotton Club, Peggy Sue s'est mariée...). La romance avec Kathleen Turner et son cousin Nicolas Cage est aussi le début de sa carrière sous son vrai nom. Jusqu'à présent, elle se faisait appelée Domino. Rien à voir avec un prénom de James Bond girl, elle pensait juste que c'était "glamour". Mais avec Le Parrain III (elle est la seule, avec Pacino, à avoir joué dans les trois opus), sa carrière d'actrice, faute de talent ou de motivation, prend du plomb dans l'aile. Les journalistes, dont elle se méfiera dès lors, la trouve ingrate physiquement, médiocre dans son jeu. Elle fera bien un tour dans le premier film de son frère (CQ, 2001) et servira de servante et doublure à Natalie Portman dans Star Wars Episode I de l'ami Lucas, toujours est-il que sa voie est ailleurs.
Coppola mettra ainsi une décennie à imposer son prénom. Tandis que le père était accusé de népotisme (et par induction, elle était soupçonnée d'être pistonnée), une partie des cinéphiles considèrent, encore aujourd'hui, que son talent est surévalué. L'itinéraire de cette enfant gâtée a été moins facile qu'il n'en a l'air.

Fashion victim
Elle a touché à tout, cherchant où se nichait sa créativité, avant se s'affirmer derrière la caméra.
Photographe (comme sa mère), elle vénère cet art par dessus tout. Employée chez Chanel. Costumière, designer de générique et scénariste sur le segment de New York Stories de papa, elle y croise une jeune comédienne nommée Kirsten Dunst (déjà). Elle sera aussi créatrice d'une marque de mode - principalement des tee-shirts vendus au Japon : cela suffirait à la faire vivre! Chef opératrice de Torrance Rises (1999), remerciée aussi bien sur Adaptation (de son mari d'alors, Spike Jonze) et sur Kill Bill vol. 2 (son petit ami d'alors, Quentin Tarantino), la jeune fille est une perle. Elle filme des clips vidéos (son goût pour la musique est presque plus fort que celui des images), s'amourache de cinéastes bien barrés (et cultes), flirte publicitairement avec un créateur reconnu (Marc Jacobs). Wahrolienne dans l'âme, entre Jet-Set et clan familial, pages people et Cahiers du cinéma, elle produit des séries télévisées et impose ses goûts et ses couleurs (le rose est prédominant) en figures de styles auxquelles les Vogue, Elle et autres Marie-Claire adhèrent, parce que les copines de Coppola adorent.
Car il y a un clan Sofia désormais. Outre Marc Jacobs et Air, il faut compter sur Sonic Youth, Kate Moss, Wes Anderson (qui fut l'intermédiaire essentiel pour convaincre Murray de jouer dans Lost in Translation), et surtout sa meilleure amie Zoe Cassavetes, fille de John et Gena Rowlands. Encore une histoire de lignée. Mais Zoé c'est aussi le prénom de la fille de Bill Murray dans le second film de S. Coppola, le titre du premier film qu'elle a écrit (le fameux segment de New York Stories, La vie sans Zoé)... Elles se sont rencontrées durant une séance photo de Vogue. De quoi frôler les étoiles.

The Road to Translation
Lick the Star, court métrage (1998), se déroule dans un Lycée et traite déjà de la cruauté des pubères. D'un Lycée californien à la Cour de Versailles il n'y a que deux pas, entre frime et rumeurs...
Mai 1999. La Quinzaine des Réalisateurs sélectionne The Virgin Suicides pour une venue sur la Croisette. Entre journal intime, collages de lycée et poésie mélancolique plutôt morbide, le film, sans être exceptionnel, marque, touche, impressionne pour un premier essai. D'un fait divers, elle en tire une oeuvre sensible, où le comportement adolescent est superficiellement léger et symboliquement tragique. Fleurs du mal et du mâle (ici Hartnett, Christensen...), elle trouve son extension blonde et chic, avec Kirsten Dunst, autrefois fille d'un couple de Vampire avant de muer en star mondiale, fiancée d'un Homme Araignée.
Septembre 2003. Venise manque le coche. Lost in Translation aurait pu créer sensation. Mais le film repart quasi bredouille. Pourtant, de projections presse en festivals, de sa sortie discrète aux USA, la rumeur flatteuse monte. Malgré les apparences comiques de certaines séquences, le film s'équilibre entre une sensualité triste et une vacuité existentielle, un quinquagénaire au bord du dépôt de bilan et une jeune fille qui a peur de sa faner trop vite. Lost in Translation est un carton critique et public. Son esthétisme glacé et la transposition fidèle de ce que l'on ressent dans ces voyages uniformisés séduisent. Et révèlent une blonde pulpeuse, une Peggy Sue qui vient de se marier, Scarlett Johansson. En gagnant son Oscar du meilleur scénario, Sofia entre dans la petite histoire des statuettes (premier couple nommé à l'Oscar, avec Jonze, une des rares à avoir cumulé un Razzie et un Oscar, ...). Surtout parce qu'elle était la première femme américaine à être aussi nommé pour l'Oscar du meilleur réalisateur (la consécration!), et seulement la troisième avec Jane Campion et Lina Wetmüller. Un exception culturelle en soi.

Décalage horaire
Inutile de dire que son troisième long métrage, Marie-Antoinette, est presque trop attendu. Et là on sort le Champagne Sofia Blanc de Blanc (ou le Sofia Rosé), les belles nappes et les couverts du dimanche : compétition officielle cannoise, couvertures de tous les magazines papier de cinéma, surdose de rose sur les placards publicitaires... Elle met fin ainsi à une suite cohérente. Et retrouve Kirsten Dunst par la même occasion. "De fait, mes films constituent une trilogie, chacun marquant une étape différente au sein de cette état d'adolescence, d'instabilité." Car, des Vierges à la Reine de France en passant par l'Américaine "jet-laguée" à Tokyo, elle filme des filles qui appréhendent l'âge adulte et le futur, perdues dans un univers excentrique (onirique, exotique, aristocratique). Décalées, ces blondes pas connes souffrent des conventions trop strictes, de ces codes imposées, de ces règles étouffantes, de ces carcans absurdes qui les entourent. "Ils vivent complètement coupés des réalités du monde, ils n'ont pas conscience de ce qui se passe à l'extérieur de leur univers." Cinéma du coup apolitique, asocial même. Auto-portrait d'une fille de?

The Coppola's Way
Sofia Coppola a ses rituels et sa manière. Agrandit sa famille avec cette troupe éphémère du cinéma. Intuition et détermination (un peu comme les femmes qu'elle décrit), elle a aussi prolongé les us et coutumes de son père tout en ajoutant les siennes.
Mixant les influences et les références la "touch" de Sofia plaît à cette génération adepte de cinéma "multi-média", un peu tendance et pas mal métissée. Elle retranscrit en image et en son sa propre vie, des chambres à coucher aux suites de luxe. Cet esprit de famille qui rend toutes ses oeuvres si familières et pourtant si originales. Elle a du convaincre qu'elle était le boss, Papa Coppola a passé quelques jours sur son premier tournage. Mais, en moins de 8 ans, elle est parvenue à exister sur la planète mouvante du cinéma. Car, surestimé ou pas, il est un talent que la fille a hérité du père : sa direction d'acteur. James Woods, Bill Murray, Kathleen Turner ont même trouvé chez elle leur plus beau rôle de ces quinze dernières années. Dépassés le plus souvent, les vieux doivent se confronter à une jeunesse en quête de bonheur, quitte à passer à côté d'une Révolution nécessaire. Traumatisée par son expérience d'actrice, elle est une directrice d'acteurs extraordinaire. Créant de toute pièce deux des comédiennes les plus intéressantes de notre époque, Kirsten et Scarlett.
Musicalement, elle fait régulièrement appel à Air et Phoenix. Envols lyriques. Mélancoliques. Mélos mêlés de musiques atmosphériques. Sur le plateau, elle diffuse les mélodies pour donner le rythme de la scène. Avec Kar-wai, Scorsese et Tarantino, elle est une des rares à maîtriser aussi bien l'association de l'audio et du visuel, assistée de Brian Reitzell (batteur du groupe Redd Kross).

French kiss
Les scripts possèdent peu de dialogues, et de nombreux silences. "C'est très allégorique" confirme Dunst. Elle n'aime pas l'artifice des studios et privilégient des décors réels, d'un Hyatt ultra moderne avec vue sur une mégalopole à la Galerie des Glaces sidérante et somptueuse, réminiscence d'une ère révolue. "Je ne fais pas de story-boards. J'arrive sur le tournage avec mes idées et je reste ouverte à l'imprévu" explique la cinéaste. En revanche, elle fabrique un "livre de style, avec des images qui correspondent à ce que j'ai imaginé pendant que j'écrivais. Chaque livre de style définit l'univers d'un film, l'ambiance, les coloris. J'utilise des images trouvées dans des journaux, des livres, des films..." C'est ainsi que des macarons de chez Ladurée (notamment leurs couleurs pastels) se retrouvent dans la décoration, les costumes et même les accessoires de Marie-Antoinette. Outre son attachement à Paris, Coppola en a profité pour se régaler de macarons et de Dom Perignon. Pour le sexe, on repassera : les films de la sage Coppola sont platoniques et chastes, rarement habités par des sentiments, souvent déçus. Si ses héroïnes ont de la difficulté à appartenir à leur monde, entre opulence illusoire et décrépitude joyeuse, à l'instar de son monde élitiste peut-être, on retient justement l'immense désarroi et la grande solitude qui envahissent ces belles âmes attendant le grand amour. Leurre. Le plus beau du quartier, l'acteur américain ou le Roi de France ont mieux à faire que de s'occuper d'elles. Point d'Eros, pas mal de Thanatos. Un zeste de spirtualité. Sofia a su filmé les atermoiements de l'adolescence et l'adulescence comme peu avaient su le faire, avec une certaine fidélité, qui empreinte à une naïveté sincère et une lucidité calculée.

Noblesse oblige
Elle revendique ainsi le matériel, le superficiel. Mais réfute l'idée d'un cinéma crépusculaire. "Les personnages ne sont pas du tout hantés par le sentiment de leur fin prochain." Miroir tendu à elle-même? "J'ai voulu décrire ce que Marie-Antoinette ressent en profondeur, mais délibérément, tout se passe en surface... jusqu'au jour où ce qu'il y a sous la surface surgit. Et c'est la Révolution. The Party is over."
La fête n'est pas finie pour elle. Mais ce n'est pas elle, malgré son statut d'indépendante forcenée, qui prendra une Bastille quelconque. La place est acquise, les privilèges innés. L'apocalypse n'est pas pour maintenant. Sofia a encore du temps pour nous émerveiller avec ces fables fardées et féminines, sur fond de fin d'un monde.

vincy


 
 
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