Joaquin Phoenix aura-t-il enfin son Oscar? Unanimement, sa performance dans le Joker est saluée. Primé à Venise et Cannes, l'acteur a été nommé trois fois aux Oscars sans jamais l'emporter. Sans projet confirmé, il est en discussion pour tourner chez Mike Mills et sous la direction de Casey Affleck. Exigeant et perfectionniste, il devient au fil des années un de ces grands comédiens dont Hollywood sait construire les légendes.



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LA FEMME ACTRICE





Voilà une actrice bien singulière, une femme pas comme les autres. Sans doute une de nos dernières stars (au sens noble et authentique du mot) à la personnalité bien marquée et au parcours cinématographique éclectique. Girardot est une femme pressée. Avec son côté « Mme Tout le monde »,breitling shop elle n’a jamais eu d’état d’âme de star et une façon tout à fait unique, triste ou gaie, de représenter la France moyenne. Cinquante ans de carrière, plus de 100 films… Elle fait partie intégrante du cinéma français, même si à un moment ce ne fut plus le grand amour. Elle connut un passage à vide à partir du début des années 80. On se rappelle notamment de la cérémonie de remise des Césars en 1996, où elle a reçu celui du meilleur second rôle féminin pour « Les Misérables » de Lelouch. Elle parle elle-même « d’un intense moment d’émotion, j’ai reçu tant d’amour » Elle était montée sur la scène en pleurant, la salle s’était levée. Elle déclara alors une superbe phrase restée dans les annales : « je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma, mais lui m’a manqué infiniment… » La grande Annie a toujours su qu’elle était faite pour ce métier et sa mère le savait aussi et l’a encouragée à poursuivre et à se lancer. La figure de la mère est essentielle chez elle. Elle n’aura de cesse d’y faire référence, encore aujourd’hui. Née en 1931 à Paris, elle débute par le Conservatoire et par la Comédie Française (entre 1954 et 1957). Tout cela n’est pas rien surtout qu’elle continue avec Jean Cocteau qui l’impose dans « La machine à écrire » en 1956. Elle fait ses premiers pas dans un film d’André Hunebelle « Treize à table » en 1956. Elle quitte alors la Comédie Française de manière retentissante et tourne films sur films, avec Gilles Grangier ou Jean Delannoy, tout comme avec Léo Joannon, toujours en 1956 : « L’homme aux clefs d’or » où elle donne la réplique à… Pierre Fresnay. Et dès le début le public est au rendez vous : trois millions de spectateurs. Elle obtient avec ce film le prix Suzanne-Bianchetti qui récompense alors la comédienne la plus prometteuse de l’année.
Le déclic cinématographique a lieu en 1960 avec Luchino Visconti qui la fait tourner dans « Rocco et ses frères » avec Alain Delon et Renato Salvatori. Ce dernier sera le futur mari d’Annie, elle a eu le coup de foudre, et dira de lui (il est mort en 1988) : « il restera pour moi et jusqu’à mon dernier souffle le grand amour de ma vie » Elle dit aussi qu’elle l’adorait dans la vie, mais que dans les films il lui faisait peur… Visconti avait déjà dirigé Girardot au théâtre. Dans « Rocco et ses frères » elle sera, de façon inoubliable, Nadia, la jeune prostituée. Elle n’a alors même pas trente ans… Et elle tourne sans discontinuer. Par exemple « La proie pour l’ombre » d’Alexandre Astruc (toujours en 1960) où elle endosse le rôle d’une directrice d’une galerie de peinture qui quitte son mari pour son amant, qu’elle abandonne ensuite pour revenir à son métier. Ca y est : le thème de l’indépendance de la femme avec Girardot porte parole est lancé. Son tournage avec Visconti lui ouvre la porte de l’Italie où elle va tourner beaucoup de films, des bons et des beaucoup moins bons.

En 1965, elle décroche à Venise le prix d’interprétation féminine pour « Trois chambres à Manhattan » de Marcel Carné. Un rôle de femme de diplomate désemparée ; un film peu connu du grand public. Lelouch la confirme en porte parole de la femme indépendante en 1968 avec « Vivre pour vivre » où elle est trompée puis reconquise. Un critique dira d’elle dans cette période : « Annie Girardot semble être l’idéale pâte à pain d’une boulangerie de quartier, toujours ouverte aux fringales de quartier.. » On ne sait pas vraiment si c’est flatteur…mais ça a le mérite de dire ce que ça veut dire. Elle continue dans le registre de la femme forte et indépendante avec « Erotissimo » de Gerard Pirès (1969) avec Jean Yanne, où elle campe une femme face au sexe, au fric et à la pub « trois façons d’être assujetti » dit elle, et la France entière rit de ses modernes tourments. Puis c’est la gloire et pendant une décennie elle est la plus populaire des actrices françaises. La seule comédienne française après 1970 dont le nom suffise pour permettre le montage financier d’un film… D’abord un cinéma qu’on apellera « facile » sous la direction de Michel Audiard dès 1969 avec « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause ». De la franche gauloiserie. Ce film sera le point de départ d’un « cycle » Audiard, et d’une certaine façon elle continuera à incarner ce personnage de femme libre…Citons pour le plaisir une des répliques de « Elle cause plus, elle flingue ». Bernard Blier en commissaire : « J’me suis jamais fait baiser deux fois de suite… » Girardot en Rosemonde : « Et bien, tu sais pas ce que tu perds… » Mais elle ne tourne pas que cela : Marco Ferreri, par exemple, l’emploie dans deux films difficiles : « Dillinger est mort » et « Le mari de la femme à barbe ».

Dans les années 75, Girardot sait être une actrice populaire, sympathique, drôle ou pathétique et aussi à l’aise dans la bouffonnerie que dans le drame. Elle profite d’un temps où le féminisme accrédite une promotion (certes fort relative…) de la femme adulte. En tous cas, elle entretient une grande familiarité avec le public, qui se reconnaît en elle. André Cayatte la fait tourner « Mourir d’aimer » en 1971 parce que, dit-il, « souffrir avec énergie lui va si bien ». Le film raconte l’histoire vraie de Gabrielle Russier, enseignante marseillaise, qui a eu une liaison avec un élève mineur en mai 1968. Condamnée, elle se suicide en prison peu après. Le film, et donc Girardot, déchaîne les passions. La couverture de l’Express du 15 février 1971 en témoigne : on y voit une Annie Girardot qui ouvre le dossier de « ce qui fait pleurer la France ». Reste que le film est un succès : six millions de spectateurs. Elle continue à tourner film sur films. Signalons par exemple en 1972 une brève scène où on la voit nue avec Delon dans « Traitement de choc » d’Alain Jessua. 1975 : Jean Louis Bertucelli l’engage pour « Docteur Françoise Gailland ». Elle joue le rôle titre, la femme type des années 70, pivot des nouvelles libertés et des drames. Le rôle est fait pour elle : une femme forte, indépendante dont le fils vole, la fille se retrouve enceinte et elle-même apprend qu’elle souffre d’un cancer. Un rôle marquant qui a ajouté à sa très grande popularité. Toujours la veine féministe en 1978 avec « Cause toujours tu m’interesses » de Molinaro : une pharmacienne célibataire face à Jean Pierre Marielle journaliste et divorcé. La même année « La zizanie » (Claude Zidi) avec De Funès : immense succès populaire. Ce film clôt la décennie fabuleuse d’Annie Girardot, et avec elle s’éteint aussi une forme de cinéma, en même temps qu’une certaine représentation de la femme sur grand écran. Peu à peu Annie tombe dans l’oubli et il n’y a guère que la télévision, qui repasse certains de ses films parfois, pour la rappeler à notre souvenir.

Elle renoue alors avec le théâtre et sa pièce fétiche « Madame Marguerite » qu’elle joue à Paris et en province. Elle tourne avec Lelouch « Les Misérables » et on se rappelle tous de ses larmes et de son émotion que l’on tempère lorsqu’on l’entend déclarer à Bernard Rapp à propos de sa traversée du désert : « Non, je n’ai pas tant souffert que cela… Je faisais du théâtre, je jouais.. j’étais sur scène… » Le cinéma n’aurait donc pas tant manqué que cela à Annie ? Si bien sûr, mais elle a de l’élégance même dans ses souvenirs… La classe. Et à nous en tous cas elle a manqué terriblement : le cinéma français peut il vraiment se passer d’Annie Girardot ? Michael Haneke lui offre le rôle de la mère qui vampirise Isabelle Huppert dans « La pianiste » en 2001 : elle rafle le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Bouleversante. Elle prête sa voix rauque à celle Denise, dans le dessin animé « La prophétie des grenouilles » de Jacques Remy Girerd, en 2003. Figure canonique à caractère définitivement matriarcal, l’actrice adoptera successivement Jean-Paul Rouve pour Je préfère qu’on reste amis et Daniel Auteuil en guise de retrouvailles avec Haneke pour Caché. Franchissant les caps des années avec plus ou moins de bonheur, la carrière d’Annie Girardot se réserve encore quelques pointillés malgré les parenthèses...

olivier


 
 
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