Cinq ans après Nymphomaniac, Lars von Trier est de retour avec un film perturbant. Normal pour un cinéaste perturbé? L'artiste n'est-il pas le psychopathe du film? Toujours est-il que 7 ans après son bannissement de Cannes, le réalisateur danois est revenu sur la Croisette avec The House That Jack Built, hors compétition. A 62 ans, LVT a encore la vie devant lui mais aussi des scandales de harcèlement aux trousses.



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TAI PEI DANS VOS MAINS





Le cinéma de Hou Hsiao Hsien est fascinant comme la pluie. Rébarbatif et austère pour certains, hypnotique, définitivement émouvant pour d’autres. C’est dans une vigilance à l’être, une attention au présent (comme celle des caméras qui diffusent en direct, à la télévision, la vue de tel ou tel place du monde) quasi straubienne, qui lui ont valu les inévitables comparaisons à Ozu, que le taiwanais trouve son équilibre poétique.
Aux âmes contemplatives, rien n’est exclut. Chez HHH, virtuellement le cadre ne restreint jamais, ni n'évince. De l’interminable plan fixe au travelling flegmatique, comme un voyage au ralenti, la vision est certes imposée mais, en quelques sortes, jamais péremptoire. Propre des grands cinéastes, l’ailleurs y est toujours insinué.
Aux cotés de Wang Kar Wai et Kitano, HHH règne en grand maître sur le cinéma asiatique contemporain. Malgré un mépris des circuits de distribution dominants pour son œuvre, la cinéphilie mondiale reconnaît son art à sa juste mesure.

Au début des années 70, lorsque HHH commence à envisager le cinéma comme moyen d’expression, l’industrie taiwanaise est loin d’avoir son statut actuel. Le paysage est alors essentiellement constitué de castagne costumées et de mélo maniéristes. Face à ces divertissements chétifs, le jeune homme fraîchement diplômé de l’Académie Nationale d’Art, cherche plutôt ses models du coté de l’Europe et du Japon.
Ce n’est qu’avec le début des années 80, que la génération de Hou, s’affirmant, tentera la percée d’un cinéma plus indépendant des masses, plus engagé et intellectuel aussi. Cette nouvelle vague, comme on l’appellera rapidement, va pour la première fois prendre de front l’histoire et la réalité taiwanaise. Aux cotés de deux autres réalisateurs, HHH va mettre en scène Le Fils de la grande poupée, l’un des trois sketchs de Sandwich Man. Ils signent ainsi le manifeste esthétique de leur génération. A ce moment là, en 1983, HHH a déjà réalisé quatre long-métrages. L’Herbe verte de chez nous, notamment, démontre déjà une grande acuité dans la description d’un milieu social, celui d’une école de campagne. L’enfance en particulier, y est appréhendée avec un réalisme rare, parfois burlesque.

En 85, après Un été chez grand-père, il réalise avec Un temps pour vivre, un temps pour mourir, un nouveau grand pas vers la reconnaissance internationale. Comme souvent d’inspiration auto-biographique, ce récit d’une famille chinoise forcée à s’installer à Taiwan et luttant pour une intégration culturelle, établit encore un peu plus son style anti-dramatique. Les séquences de rituels familiaux, la douceur et la complexité de la composition apostrophent déjà sur sa filiation avec le grand cinéaste japonais, Ozu.
Le néo-taiwanais profite alors de son crédit récent pour étendre son domaine de compétence. Il produit en 1985, Taipei Story de Edward Yang, donnant au futur réalisateur de l’admirable Yiyi l’occasion de se faire connaître.
Le lion d’Or de Venise récompense le film suivant de HHH. Considéré par certains comme son chef-d’œuvre, City of Sadness évoque l’un des événement historiques les plus importants du pays. Très peu avant la naissance du réalisateur, le 28 février 47, la police de Taipei tue plus de 20 000 civils lors d’une émeute. A travers la vie d’une famille traditionnelle, HHH réussi un portrait puissant et doucement lyrique de la société asiatique opprimée.
Au cours des années 90 la nouvelle vague taiwanaise - Tsai Ming-Liang, le célèbre Ang Lee, Edward Yang - et Hou en particulier connaît la consécration. Entre fresques historiques d’envergure (Les Fleurs de Shanghai) et chroniques modernes intimistes (Goodbye South, Goodbye et Good Man Good Woman), l’esthétique devient de plus en plus travaillée malgré une touche documentaire, propres à toutes les nouvelles vagues. L’éclairage singulier, la profondeur imposante du découpage gagnent en maîtrise.

Le festival de Cannes 2001 se souviendra longtemps du magnifique Millenium Mambo, de sa techno chaotique et du visage de Shu Qi. La décadence nyctalope de l’héroïne Vicky y est observée frontalement, avec la violence sourde et la vanité que cette jeunesse asiatique à l’horizon flou tente de fuire. Après Café Lumière, sorti en 2004, un film de commende en hommage à Ozu, HHH sera à nouveau présent à Cannes pour présenter en compétition officielle son nouveau nuage cinématographique : The Best of our Times, trois histoires du même couple, à travers trois époques différentes du XXeme siècle.

Axel


 
 
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