Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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L'ALOI DE MURPHY





Cillian Murphy n’est pas du tout à l’aise en interview. Il n’aime pas parler de lui, déteste être pris en photo, refuse les directs à la télé ou à la radio. Et il voyage encore en éco. Bref, il exècre tout ce cirque autour de la célébrité. Il va pourtant bien falloir s’y habituer, parce qu’avec un tel talent et des yeux bleus à faire se damner toutes les âmes perdues dans les salles obscures, les trompettes de la renommée vont se mettre à faire un sacré boucan autour de lui. Tout était pourtant plutôt silencieux et tranquille là-bas, à Cork, en Irlande, où il est né. Bon, il y avait quand même pas mal de raffût quand répétait The Sons of Mr. Greengenes, le groupe que son petit frère et lui avaient monté en hommage au grand Zappa. Mais rien d’assourdissant. Le bourdonnement d’une mouche qui s’obstinait à voler sous son nez pendant des cours de droit passionnants à la fac. Ah si, une fois, au lycée, quelque chose avait fait un tintamarre fantastique à l’intérieur. C’était en option théâtre, le jeune Cillian avait alors ressenti un truc incroyable, une montée « comme avec la drogue ou le sexe ». Le genre de sensation qu’on passe une vie à essayer de retrouver. Et il l’a retrouvée. Après avoir harcelé le directeur du théâtre du coin, le Corcacorda, Murphy, qui a alors environ 22 ans, obtient une audition et le rôle principal dans Dicso Pigs, une pièce écrite par Enda Walsh. Enorme succès. La troupe, qui ne devait jouer que trois semaines, entame une tournée de 18 mois. Elle remporte deux prix, aux festivals de Dublin et d’Edimbourg. Cillian lâche ses passionnantes études de droit. Son jeu est profond et intense, bouleversant. Une révélation pour le public irlandais, mais aussi anglais, canadien, australien.

Il tourne son premier long-métrage, The Tale of Sweety Barret de Stephen Bradley en 1998, un film irlando-islandais, puis deux autres films irlandais. Suit une première production américaine, avec Sunburn de Nelson Hume (en 1999), qui raconte les aventures d’un groupe de jeunes irlandais venus passés l’été à Boston. Dans The Trench de William Boyd, Murphy fait une petite apparition apparition. On a bien cherché, mais impossible de le trouver au milieu de la pluie, de la boue, des explosions et de sang qui gicle. Pas grave, il paraît qu’une grenade l’achève avant la première demi-heure du film. Il enchaîne avec un rôle principal dans On The Edge, de John Carney (2003), où il interprète avec une grande sensibilité un ado suicidaire en HP. En 2001 il tourne How Harry became a tree de Goran Paskaljevic, mais surtout l’adaptation au cinéma de Disco Pigs par Kirsten Sheridan, qui remporte quatre récompenses dans divers festivals (pour sept nominations). L’interprétation de Murphy est époustouflante, allant du romantisme le plus touchant, des étoiles plein les yeux, à des accès de violence comme incontrôlés, en passant par des soliloques à vous donner la chair de poule. Il obtient le Prix du meilleur acteur au Festival du Film Indépendant de Ourense. Pour Danny Boyle, qui a déjà révélé Ewan McGregor au grand public, Cillian Murphy est prêt pour le premier rôle de 28 Days After, un petit budget pour un grand succès. Loin d’être le rôle préféré de Murphy, de son propre aveu (« le scénario était fantastique mais je passais mon temps à m’enfuir, à hurler, à crier et à me battre »), le coursier-tueur-de-zombies dans un Londres dévasté permet à Hollywood de découvrir ce nouveau petit Irlandais, après la révélation Farrell. Désormais, aux States, on prononce son nom correctement (Killian). La machine est lancée. Après un retour aux pubs irlandais pour la comédie déjantée à accent local Intermission de John Crowley en 2003, Peter Webber fait appel à Cillian pour interpréter le rôle de Pieter, le boucher amoureux de la jeune fille à la perle, Scarlett Johansson. C’est un petit rôle, comme celui qu’il tient dans Cold Mountain, d’Anthony Minghella, auprès de l’écossais Jude Law et de Nathalie Portman. Mais il est enfin à Hollywood, et Murphy est bien conscient que c’est là que tout se passe, malgré le peu d’attrait qu’il a pour les blockbusters.

Pas question pour autant de changer de vie. La sienne est alors à Londres, où il continue de vivre, dans son F1 presque vide, dans un immeuble dont l’interphone ne fonctionne plus depuis longtemps. Il fait toujours de la musique avec les autres fils de Monsieur Greengenes et on l’imagine aisément jouer les rock stars devant sa glace (« Encore aujourd’hui, la seule chose un peu extravagante de ma vie, c’est mon système stéréo, la musique que j’achète et les concerts auxquels j’assiste »). C’est qu’il a la tête sur les épaules et n’a aucune envie de se laisser emporter par le star-system. Il prend la défense de son pote Colin Farrell – avec qui il a partagé l’affiche d’Intermission - dès qu’on évoque les frasques avinées du grand Alexandre, mais se garde bien de suivre son exemple. Il refuse notamment d’étaler sa vie privée. Tous les journalistes ayant tenté de lui tirer les vers du nez au sujet de sa petite amie, Yvonne, sont rentrés à leur rédaction bredouilles. Murphy tient aussi à s’accrocher au théâtre, qu’il semble davantage porter en estime que le cinéma, quoi qu’il en dise. Une manière pour lui de continuer à apprendre, à être réellement lucide quant à ses performances d’acteur, là où le cinéma, avec ses scènes courtes et tournées sans chronologie rend l’autocritique plus compliquée.

Mais l’un n’empêche pas l’autre et Murphy est bien décidé à continuer à sélectionner avec exigence des scénarii variés, avec une petite préférence pour les rôles un peu sombres (« je joue toujours plus ou moins des types barjots »). Ses modèles en matière de choix et de performances artistiques ? Rien moins que Johnny Depp, Philip Seymour Hoffman, Al Pacino, Meryl Streep… Notre jeune Irlandais sait de quoi il est capable et ne manque pas de faire quelques appels de phares discrets à ses réalisateurs favoris par voie de presse (les frères Cohen, David Fincher, Wes Anderson, Terry Gillian, Robert Altman…). En attendant, il imite l’accent américain à la perfection dans Batman Begins, de Christopher Nolan, qui ne lui a pas donné le rôle de l’homme chauve-souris mais a su voir en lui le type tout calme capable de péter les plombs admirablement, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Murphy y interprète le psy zinzin et délicieusement effrayant qu’est l’Epouvantail. On en redemande, déçus dans Red Eye non par la performance de Cillian Murphy mais par le manque de consistance du premier thriller de Wes Craven. On se console à l’idée de ce que Murphy nous réserve dans l’avenir, à savoir un Ken Loach (The Wind that shakes the Barley) et un Danny Boyle (United Sunshine Project) en 2006, mais surtout un film de Neil Jordan, en 2005, Breakfast on Pluto, dans lequel Cillian deviendra Kitten, un travesti chanteur de cabaret. Si tout se passe bien, il va être de plus en plus difficile de maîtriser les hordes de fans en délire. Désolé, Cillian Greengenes…

asha


 
 
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