Anaïs Demoustier, parole franche et regard sincère, enchaine les tournages. A 3-4 films en moyenne par an depuis 2010, elle est même l'actrice la plus prolifique du cinéma français, passant de Honoré à Lvovsky, de Foenkinos à Guédiguian, en passant par la série tv Paris, etc. A l'affiche de Cornélius, elle est attendue dans Au poste de Quentin Dupieux, Deux fils de Félix Moati, Sauver ou périr de Frédéric Tellier et La fille au bracelet de son frère Stéphane.



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ENFIN CASé





Pas facile d'être le frère de. Dans l'ombre de Ben, super star enflée par les stéroïdes hollywoodiens (presse people, conquêtes médiatiques, films nazes et box office comme seul étalon), le tout juste trentenaire Casey Affleck trace son bonhomme de chemin sur des voies de traverse.
L'allure plus fragile, les personnages sont plus introspectifs que les héroïques rôles de son aîné. Il se plaît davantage dans des films indépendants, où il peut varier ses envies artistiques. Diplômé en physique, résidant à New York (deux critères inhabituels permettant de le placer à l'écart d'un système uniformisé), plus mature que son frère (de son aveu même), Casey a un regard lucide, parfois cynique, qui colle bien à ses personnages les plus marquants.
La première fois qu'on le voit c'est sur le petit écran, en jeune Robert Kennedy. Il a 15 ans. Cinq ans plus tard, l'ami Gus Van Sant, celui qui permettra aux Phoenix (de River à Joaquin), Damon et Affleck de décoller vers le star système, l'enrôle dans To Die For, comédie noire dans l'air du temps (Fargo, Serial Mom...). Casey continuera de mener de front ses études, son apprentissage du métier et les personnages secondaires. Comme dans Good Will Hunting (toujours Van Sant). Les regards sont braqués sur Ben et Matt. Il reste dans l'ombre. De petits rôles dans des films générationnels (200 cigarettes) en passages inattendus dans des comédies populaires (American Pie et le suivant), Casey Affleck ne semble pas impliqué dans sa carrière. Les films sont oubliés. Il joue Fortinbras dans un Hamlet sans saveur - malgré Ethan Hawke et Bill Murray. Drowning Mona (avec DeVito, Midler et Lee Curtis pourtant) et Soul Survivors (gore pour teenage), films tournés au tournant du siècle, lui font même honte (il l'admet de lui-même).
Heureusement Soderbergh est là. Il le choisit pour incarner Virgil Malloy, l'un des douze membres de la bande à Clooney dans Ocean's Eleven (puis Twelve). Entre comique et maladroit, son Virgil amuse la galerie. Son fan-club s'agrandit, à une époque où les choix de Ben se font plus discutables (Jennifer Lopez) et où Matt étoffe sa filmographie avec de grands cinéastes.
C'est donc logiquement avec Matt Damon et Gus Van Sant, loin des ambitions hollywoodiennes d'un Good Will Hunting, sans la présence de Ben Affleck, que Casey va contribuer à la création et à la réalisation d'un film insolite. Gerry est contemplatif, expérimental, fascinant. Les cinéphiles l'encensent. Brevet de qualité qui en fait, entre Elephant et Last Days, un des piliers d'une trilogie qui ne cherche pas à séduire le grand public mais qui reflète avec dureté et pessimisme la jeunesse américaine. Face à Damon, à travers ce désert sans mirages, les dialogues se font bribes de conscience, les actes paraissent d'absurdes gesticulations pour survivre. Sensible et fidèle, perdu et nihiliste, le personnage de Casey Affleck n'est jamais qu'un miroir tendu à une génération qui se noie dans les écrans et n'existe plus en dehors d'un monde virtuel.
Là se dessine ses choix. Une envie de parler de son époque, des tourments de ses congénères. De la faculté à ne pas reproduire les schémas. Il en invente même - parfois - son propre vocabulaire pour préciser son opinion. Toujours est-il qu'il trouve souvent fade le cinéma américain, lui qui est en quête de sens. Rien ne le bouleverse. Les films sont là pour satisfaire le désirs de consuméristes. On passe du sexe pour draguer les jeunes à la sécurité et au fric pour rassurer les vieux. Les désirs ne sont donc en rien créatifs, moteurs. Ce sont juste des besoins à compenser rapidement.
Il essaie de rejeter ça. Lonesome Jim, petit bijou d'humour décalé et noir, réalisé par l'acteur Steve Buscemi lui offre encore la possibilité de déployer son talent, et de révéler ses goûts. Un regard sur le monde assez désabusé pour ne pas dire désillusionné; de quoi pousser au suicide ou à la remise en question. Dans ce long spleen d'auteur maudit, il affirme un être tout en relief, de failles et de nerfs, de creux au moral et d'espoirs. Ce Casey solitaire s'inscrit ainsi dans l'héritage des dépressifs romantiques à l'instar des Dillon. Ce qui nous fait revenir à To Die For.
Les projets prennent de l'épaisseur. Scénario de Paul Haggis (à qui l'on doit Collision et Million Dollar Baby) sur l'angoisse d'un couple face à la vie moderne et surtout The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford. Jesse James n'est autre que Brad Pitt. Robert Ford le lâche assassin de ce Western aura les traits de Casey. Peut-être moins belle gueule que son grand frère, il semble plus déterminé, plus réfléchi, avec un caractère moins consensuel. Et cela séduit forcément plus. Loin de la presse people, plus proche de l'aspect rebelle de sa belle famille.

vincy


 
 
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