David Lynch, Lion d'or et Palme d'or, n'a pas tourné de long métrage depuis 2006. Une longue absence. Heureusement il nous a offert une suite à Twin peaks pour la télé. Et on peut voir ses photos fétéchistes dans l'exposition de Louboutin au Palais de la Porte dorée. Il vient aussi de terminer un court métrage. Et surtout, Blue Velvet est ressorti sur les écrans cette semaine.



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LA POLYMORPHE

Le livre Bye Bye Bahia



Elle peut tout jouer et c'est sa joie. Fière d'exceller en concierge ou en criminelle, en femme fatale ou en patronne, en grande bourge cocufiée ou en paysanne bonne vivante. Carmen Maura, à la ville comme à l'écran, a ce tempérament flamboyant et passionné qui vous emmènerait les audacieux au bout du monde. Et cette chaleur maternelle qui réconforterait les plus timides.
Pourtant elle revient de loin. Née juste après la guerre. Un papa plus que conservateur, une famille très immergée dans la politique, et sous Franco qui plus est, ça n'incite pas à embrasser une carrière bohémienne, entre Madrid et Paris (voire en Israël et en Italie). Après quelques temps à l'Université, elle tient une galerie d'art ; puis elle se lance tête baissée, opportunément, dans le théâtre. Plutôt le genre café théâtre avant d'aborder un peu de classique et de fréquenter punks et autres marginaux qui seront les futurs rois et reines de la Movida madrilène. C'est à la télévision qu'elle se fait d'abord connaître en animatrice d'un show polémiste. Le sens de la provocation; pour dire Caramba à ses origines. Jusqu'au milieu des années 70, elle n'arrête pas : scènes, petit écran, participations dans des films. Dans Tigres de papel (Tigres de papier) (de Fernando Colomo) la révèle dans une Espagne qui célèbre encore sa démocratisation. Le grand Carlos Saura lui donne l'occasion de s'affirmer dans Los Ojos Vendados (Les yeux bandés) l'année suivante, en 1978. De courts métrages en seconds rôles, elle affirme une personnalité forte, qui correspond bien au féminisme en pleine éclosion dans la Péninsule Ibérique. Elle s'affiche avec un tempérament déterminé et vindicatif, sexuellement libre et intellectuellement indépendant. A 35 ans elle a l'âge idéal pour incarner n'importe quelle femme espagnole. Ni belle ni laide, elle se moule dans les costumes et devient une autre, pour son plus grand plaisir : se glisser derrière le personnage. Qu'il soit sadique ou ludique.
Elle a croisé Almodovar après la chute de Franco. Ils tournent un court métrage ensemble (Folle... folle... fólleme Tim!). Deux ans après, il lui offre le rôle principal de son premier long métrage : Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón. Le Maître a trouvé sa Muse. Elle devient son actrice fétiche avec une collaboration active de 5 films durant 8 ans. Par la même occasion, Maura est aussi l'amie fidèle, la femme qui l'accompagne voire sa mère, sa confidente... En Pepi elle se métamorphose en jeune punk vengeresse et masochiste. Un délice trash. Entre tieneblas (Dans les ténèbres), en bonne soeur, ¿Qué he hecho yo para merecer esto!! (Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?), en femme de ménage, dans un film chorale. Almodovar se fait un nom et lui propose d'être une psy dans Matador.
Entre temps, peu de film extérieurs marqueront son itinéraire. Signalons Extramuros, qui lui vaut son premier prix d'interprétation (sa partenaire Mercedes Sempietro en obtiendra un elle aussi; les deux actrices se retrouveront dans Reinas en belle mère l'une de l'autre). Dans la comédie romantique de Fernando Trueba (Belle époque, oscar du meilleur film étranger), Sé infiel y no mires con quién, elle croise Véronica Forqué (elles joueront ensemble chez Almodovar comme chez Peireira). C'est l'amorce de la renaissance populaire du cinéma espagnole. Elle en est la figure de proue. Incarnant la sainte comme la salope, sans distinction, avec jouissance, ne jugeant jamais ses personnages. La loi du désir lui permet d'exprimer cette amoralité qui lui sied si bien. Transsexuelle, ayant une répulsion pour les mâles, au coeur d'un triangle amoureux (avec le beau et jeune Banderas en objet de désir), Maura est largement crédible dans ce mélange de virilité et de sensualité crue. Elle ne cherche pas à séduire le spectateur, elle préfère le mordre. Charismatique, elle impose une forme de machisme au féminin. Ovaires disproportionnés pour rentrer dans le lard de ces hommes qui lui font tourner la tête, malgré elle.
En 1988, à 43 ans bien sonnés, quand une actrice, paraît-il ne trouve plus de rôles, Carmen Maura décolle internationalement. En un film. Elle n'a jamais misé sur sa beauté, plutôt sur son abattage. Femmes au bord de la crise de nerfs scelle la relation symbiotique avec son mentor. Il n'y a qu'un Almodovar, elle aura eu la chance d'en être l'égérie de sa période fantasque. Face aux hommes lâches, elle catche avec virulence avec d'autres femmes. Grand délire rougeoyant, cette bobo de Madrid qui utilise le Gaspacchio comme arme ultime, donne à l'actrice un personnage à sa mesure : extravagant, déluré, burlesque, entre diva tragique et bobone pêtant les plombs; Maura règle en un film les déboires du féminisme et gère ainsi toutes les contradictions de tous ses personnages. Hilarante.Le film est un phénomène en Espagne et par-delà les frontières. Carmen Maura récolte pas mal de prix et devient l'actrice espagnole la plus populaire.
Les enjeux s'étoffent. La nouvelle génération amène le cinéma national à se dépasser dans des genres comme le thriller et la comédie. Dans Baton Royge, d'après un scénario de Agustín Díaz Yanes, elle croise Abril et de nouveau Banderas. Elle parvient à ne pas se faire damer le pion par le sang neuf hispanique. Entre deux âges. D'instinct elle saisit les opportunités qui lui permettront de survivre à ce grand chamboulement, tandis qu'Almodovar choisit Abril (la nouvelle gloire montante), Paredes et Forqué comme femmes idéales. Elle reprend du service avec Carlos Saura avec Ay Carmela! om elle interprète une troubadour républicaine durant la Guerre civile. Manière de renier ses racines. Deuxième Goya et deuxième prix d'interprétation européen pour la dame. Elle aborde les années 90 au top. Elle a, alors, une chambre de bonne à Paris. Ville froide, distante, où les chauffeurs de taxi l'agressent avec leur râlement perpétuel. Elle rêve de la Ville Lumière mais l'accoutumance n'est pas si simple... Elle tourne pour un téléfilm d'Elisabeth Rappeneau avant d'enchaîner quelques temps plus tard avec Planchon pour s'habituer à son pays d'adoption : la France. Elle alterne les pays (de Belgique au Chili) les styles - comique ou dramatique - et les métiers : journaliste, maman prête à accouché, Reine d'Autriche, femme au foyer, ... les belles productions vont à Cannes, Berlin, Venise. Les multiples films qui la font jouer une femme au bord de la crise de nerfs ne sortent pas à l'étranger, ou discrètement. Elle tourne énormément. Frénétiquement. Elle n'a aucun ego, accepte de partager l'affiche, choisir des cinéastes vétérans comme des premiers films.
Le véritable tournant a lieu en 1995 lorsque Le bonheur est dans le pré, d'Etienne Chatilliez, sort en salles. Enorme succès en France, elle y est l'un des piliers du quatuor Serrault / Mitchell / Azéma. Rien que ça. En fermière gaveuse d'oie et tueuse potentielle, elle opte pour la rédemption en sauvant un patron au bord de la crise de nerf. Truculente. Avenante et calculatrice, elle contraste avec la coincée et snobinarde Sabine Azéma, pour le meilleur et pour le rire. A 50 ans Maura continue de surprendre et ne lasse jamais en choisissant des rôles dissemblables dans des univers variés. Avec son physique de femme ordinaire, et un visage caméléon, plus proche d'un Michael Caine que d'une actrice glamour, elle est capable de transformer une épouse modèle en cauchemar pour un mari.
Et tandis que Banderas ou Cruz migrent à Hollywood, comme Abril (question de génération?), Maura préfère rester en Europe et profite de cette double tentation franco-espagnole pour survivre dans ce milieu impitoyable pour les femmes vieillissantes. Avec son caractère trempé, sa langue pas rangée dans sa poche, et cette capacité à se confier facilement à un inconnu comme si c'était un ami de longue date, elle continue de se laisser désirer. Elle serait une parfaite Mrs. Robinson, non?
Avec déjà 80 films dans le cabas, elle n'a plus rien à prouver. Elle tente des aventures comme Mocky ou la comédie romantique féministe cosmopolite, Elles aux côtés de Marthe Keller, Marisa Berenson et Miou-Miou. On l'aperçoit chez Téchiné face à Binoche (Alice et Martin). Mère ou femme paumée, elle cherche à ne pas (se) lasser. Malgré quelques ratages (Superlove avec Isabelle Carré), la télé lui permet de perdurer question popularité. Après quelques années creuses, elle revient sur le devant de la scène. Au Maroc, avec le film de Nadir Moknèche, Le harem de Mme Osmane. Elle est Madame Osmane. Mais surtout avec La communidad (Mes chers voisins), délicieuse comédie noire d'Alex de la Iglesia, primée à Cognac. Le jeune cinéaste écrit le rôle spécifiquement pour elle, une agent immobilière cupide, ce qui lui vaut un prix d'interprétation à San Sébastian et un troisième Goya - un record. Ils feront aussi 800 balles ensemble.
Elle trouve de nouvelles inspirations en Argentine (chez Agresti par exemple), en Belgique encore (25 degrés en hiver, face à Gamblin), en France (dans l'univers bizarre de Graham Guit, en Mère Emmanuelle, entre Depardieu et Bouchez). Loufouque ou poétique, elle refuse toujours les films consensuels, cherche les discours un peu dérangeants, adore jouer les antipathiques ou les mystiques. Rien ne l'effraie. Monstre ou bonne, Carmen Maura a prouvé qu'elle pouvait tout jouer. Peu importe la qualité, l'essentiel est de travailler. Alors elle accepte un petit rôle chez Amos Gitaï, en étrangère. Ou celui d'une directrice d'hôtel opportuniste (et pas très socialiste), se tapant son chef cuistot (plutôt syndicaliste), méprisant son mari (internationaliste, étouffant son fils, gay. Reinas la fait renouer une fois de plus avec un succès dans l'air du temps. Sujet politique et adpete de la satire, elle se reconnaît dans ses provocations cinématographiques.
Mais tout le monde l'attend dans Volver. Penelope Cruz, la star hollywoodienne espagnole, versus Carmen Maura, la star européenne hispanique. L'ex soeur sidéenne de Tout sur ma mère contre la doubleuse passionnaria de Femmes au bord de la crise de nerfs. 2006 sera l'année des retrouvailles avec Almodovar. Il lui offre un rôle sublime : celui d'une mère (qui d'autre qu'elle peut jouer LA mère?) et d'un fantôme. Une époque révolue qui revient hanté le cinéma du prodige espagnole, dont elle est, à jamais la bonne fée, la marraine, la criminelle et l'intouchable. Retour dans la province natale de Pedro. Maura, définitivement femme de la Mancha. Dona Quichotte, c'est elle.

vincy


 
 
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