Tom Hanks célèbre ses 30 ans de cinéma au top avec un joli hit international - Inferno - un et beau succès américain - Sully, où une fois de plus il prouve son grand talent. Pour l'instant, il n'a qu'un projet en route, le thriller SF The Circle, avec Emma Watson. Mais entre temps, il peut encore espérer d'une nomination aux Oscars.



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LE DESIR EN SOI





Les défauts de Pedro
Ceux qui découvrent Almodovar avec ces récents films, mélos de tristesses et d'angoisses vertigineuses, ne peuvent pas saisir l'évolution du cinéaste à sa juste mesure. Il faut remonter à la fin des années 70. L'Espagne sort de son cauchemar franquiste. Son cinéma est atone. L'Europe n'est encore qu'une utopie pour ce peuple étouffé depuis 40 ans. Pas encore majeur, il débarque à Madrid. Il y survit tant bien que mal; il n'y a plus d'écoles de cinéma, toutes fermées par Franco. Pour se payer sa première caméra super 8, assouvir son désir d'images, il travaille chez Telefonica, l'opérateur télécom national. Pendant ce temps, il apprend à vivre à Madrid, son amante éternelle. Il lui donne sa jeunesse, elle lui offre ses souvenirs. Il réalise ses premiers courts après son travail, le week end aussi. Jusqu'à son premier long métrage, en 80. Réalisé avec des moyens amateurs, ce film compile tellement de défauts que son auteur lui-même avoue : ces défauts lui donne un style propre". Pepi Luci Bom et autres filles du quartier amorce sa période "underground". Sexe, drogue et punks sont dans le même bateau. Chacun de film expose un portrait de son pays (et son état) et des parts autobiographiques de cet homme de la Mancha; lui est trop pudique pour raconter sa vie directement. Cet adorateur des romans photos a découvert l'expressionisme allemand, les classiques soviétiques, les westerns. Il refusera toute tentation (et notamment l'hollywoodienne) et se prouvera une fidélité à l'égard de son cinéma. Il aime affirmer son indépendance lorsqu'on lui offre les voluptés d'une production opulente. Il ne se plie pas aux désirs des autres. Almodovar préfère juste s'amuser, sans fétichisme. Fabulateur dans son enfance, il est resté provocateur et exhubérant, loyal à sa culture espagnole. Mais aux verbes et images agressives, se sont succédés des récits complexes, véritables oeuvres d'arts sur l'inconscient.

La Movida d'Almodovar
Toute la première partie de sa filmographie sera le reflet de la Movida, ce phénomène de libération culturelle de la société madrilène. Il crashe les traditions, tout en en gardant la mélancolie des meilleurs moments; il se fout de la morale, et y préfère l'amitié, l'humanité. Surtout, le réalisateur mixe déjà le trash et la tragédie, le masochisme et le malheur. La folie des Hommes devient le déclic de ses scénarii foisonnant de rebondissements. Il aime placer dans la mêlée des putes, des soeurs, des homos, des terroristes. Un chaos jouissif et charnel qui vibre au rythme des soirées chaudes de Madrid. La musique, la danse y sont omniprésents. On y méprise la télé et son obcénité. On découvre Carmen Maura, Cecilia Roth, Marisa Paredes, Antonio Banderas. Sa troupe. Ses premiers films sont ignorés du public, à peine remarqués par les critiques. Trop subversifs, ou trop originaux. Son militantisme transgenre et "transgendre" ne sert qu'à exorciser et détruire les tabous de la censure morale franquiste, à la manière d'un John Waters butant contre le puritanisme réactionnaire américain. Ce n'est pas tant l'excentricité de la forme qui marque, mais bien son amour pour les déjantés, les marginaux, les coeurs blessés. Malgré les outrages que l'on reçoit, il n'y a pas de réel désespoir chez Almodovar. La solitude et la détresse des êtres le fascinent, car elles lui appartiennent. Et sa caméra lui sert de pommade cicatrisante. Ses personnages finissent toujours guéris, ou meilleurs. Dans tous les cas, différents. Le spectateur sort de la salle avec une émotion qui le rend différent : plein de peps ou meilleur, vidé ou zen selon les films.

Période mauresque
Jusqu'à Talons Aiguilles, il épouse une sorte d'enthousiasme et d'euphorie liée à la renaissance espagnole poussant ses délires vers des extrêmes toujours plus fantasques. Son emblême féminin s'appelle alors Carmen Maura. Femme violée, intoxyquée aux médicaments ou transsexuel, elle se plie à toutes ses volontés. Le sexe y a une part non négligeable. Qu'a-t-elle fait pour mériter ça...? La bizzarerie des premiers films d'Almodovar masque toujours des scripts parfois cousus un peu larges. Ces histoires obsessionelles naviguent entre la noirceur la plus ténébreuse, le rouge le plus sanguin et les couleurs les plus chatoyantes. Mais il faut se méfier des apparences. De Pepi, il passe à Pepa en 88. Cette femme au bord de la crise de nerfs entraîne dans son sillage Rossy de Palma endormie avec un Gaspaccio aux somnifères, une avocate rivale hystérique, une ex-femme sortant de l'asile et une maîtresse de terroriste arabe. Cette farce étonnamment maîtrisée obtient un succès monstre en Espagne (son record à ce jour) et devient le plus gros succès hispanique aux USA depuis Belle de Jour. En France, seulement 600 000 curieux découvrent cette symphonie cacophonique sur les solitudes urbaines préfigurant "Sex and the city" et "Ally Mac Beal". C'est aussi la fin d'une période pour le réalisateur, son dernier film avec Maura. De nouvelles actrices (Abril, Paredes, Cruz, et l'argentine Roth), nouvelles dans son univers ou anciens second-rôles, s'insèrent dans son univers. Il devient un cinéaste à la mode. Le premier espagnol, depuis Bunuel, à connaître un écho international. Tout comme l'Espagne est devenue européenne, Almodovar fait entrer le cinéma de son pays dans l'ère moderne.

La vie en technicolor
L'amour, la possessivité, la violence sexuelle et la mort planent au dessus de chacun de ces films, mineurs ou majeurs. Le cadre et la direction artistique participent à la mémorisation des images, qui ne ressemblent à aucune autre. Il s'inspire d'Hitchcock (beaucoup, notamment avec Vertigo et Fenêtre sur cour), de Kazan, de Fellini, de Truffaut et bien évidemment de Bunuel. Il apprécie les films qui l'hypnotisent, les contes surréalistes. Son amour du cinéma va des frères Coen (Arizona Jr) à Haneke (La Pianiste), de Sabrina à Vera Cruz. Dans ses films, il rend hommage à ses références (Rossellini) ou à ses films cultes (Eve). Sa seconde "période" est une phase de maturité et de recherche introspective. Il possède désormais plus de moyens, aidé par l'appui de coproducteurs français puissants. Car désormais son marché s'étend sur les deux pays. Dés Attache-moi, le public français se rue sur cette curiosité cinématographique où Banderas persécute de manière sadomaso Abril, à moins que ce ne soit l'inverse. Mais c'est avec Talons Aiguilles qu'il prend son envol vers la fatalité de sa consécration. Pourtant rien ne change radicalement. Il s'agit juste d'une évolution tranquille qui suit son propre vieillissement. Son marketing - génériques kitsch, affiches néoréalistes - et ses sujets ne s'assagissent pas. On sent juste poindre davantage de mélancolie, un peu plus d'amertume et de regrets; le désenchantement envahit sa pellicule. Talons Aiguilles est un véritable tournant. Outre son acceptation par le grand public, Almodovar séduit avec un cocktail explosif de larmes, de sueur, de rires, et de chansons - celles de Luz Casal - et d'une musique sublime de Sakamoto. Il met tout ce qu'il a dans un seul film, de Miguel Bosé en travesti trop beau à une scène de sexe "transversale", de Bibi Anderson dans uen chorégraphie à la West side Story à une relation mère/fille (Paredes/Abril) qui rappelle Sonate d'Automne de Bergman. A partir de là, les oeuvres almodovariennes ne seront plus les mêmes. Il assumera complétement le tragique, le dramatique, la dépression. Il va explorer la fleur de son secret, déshabiller ses sentiments jusqu'à la chair et à l'os. Il continue de critiquer la télé et ses reality-shows absurdes, de jouer avec les pulsions de ses protagonistes. Kika, bancal et déjà vu, est représentatif d'un cinéma qu'il ne veut plus faire, qu'il ne peut plus réaliser.

Triomphe et Tragédie
Son écriture apporte quelques modifications notables : ses personnages vieillissent (Paredes remplace Abril), ses décors sont moins baroques (mais toujours aussi singuliers), sa flamboyance sexuelle est atténuée par des refus, des handicaps, des doutes sur "la chose". Cela ne l'empêche pas d'être de plus en plus perfectionniste sur le choix des couleurs, des costumes, des prises de vue, apportant un sens toujours plus développé à ses images. Si l'eau de rose dégouline en surface, l'existentialisme et les remises en questions tiennent une bonne couche en profondeur. Il ne parvient pas encore à l'équilibre parfait du mélange des genres. Mais Almodovar s'essaie à brûler ses désirs sur l'autel des passions passées. Ainsi La Fleur de mon secret introduit le génial Tout sur ma mère. Tout comme En Chair et en os n'est qu'un "brouillon" de Parle avec elle. Carne Tremula comme Habla con ella lui permettent de travailler avec des comédiens "neufs" : Javier Bardem, Liberto Rabal, Penelope Cruz, Javier Camara, Leonor Watling... et quelques vétérans comme Angela Molina ou Géraldine Chaplin. Madrid a changé, poussant comme un champignon, avec ses immeubles modernes. Il s'autorise désormais à traiter du franquisme. Mais il s'en va de plus en plus en province, comme des retours aux sources, à l'enfance, des moments d'accalmie dans ses tourbillons de la vie qu'il impose à ses comédiens. Il ira même jusqu'à Barcelone, pour y filmer son triomphe, Tout sur ma mère. Il renoue avec ses intérieurs pastels, la prostitution et la religion, le sida et les transsexuels, les hopitaux et les bonnes soeurs. Le film monte les marches à Cannes, lui offre le Grand Prix de la mise en scène puis l'Oscar tant convoité. Le film est son plus important succès en France (2 millions de spectateurs) et en Europe (7 millions). Almodovar est adoubé et devient alors le plus grand cinéaste espagnol depuis (avec?) Bunuel. Le tragique et la douleur sont le fondement même de ces nouvelles histoires. Sa mère, justement, mourra un peu plus tard. Son plus grand drame personnel.

Psychanalyse sur pellicule
Son cinéma est non seulement mature et maîtrisé, mais il s'autorise encore toutes les audaces narratives, les images créatives, les morales incorrectes et les sexualités déshinibées et étranges. Il croise le surréalisme et le naturalisme, comme personne. Si la forme a adoucit les humeurs, le fond reste toujours aussi barge. Le style Almodovar n'est pas simplement une question d'illustration, mais bien une vision des gens et des relations humaines. Tout est affaire de dysfonctionnements dans des scripts de plus en plus allégoriques, riches en détails psychanalytiques. La transgression n'est qu'un acte qu'il évacue assez rapidement au début de ces films. Tout conduit à une normalisation de ces étrangetés familières. Entre temps, il filme la folie, l'inconscient, l'associabilité, la névrose totale et finalement leur acceptation christique de la douleur, la foi dans leur propre désir, l'attente de la mort en trouvant un moyen serein (l'amour, de plus en plus). En fait Almodovar cherche à passer du fusionnel au raisonnable, par des voies irrationnelles et pourtant si belles. Il aimait raconter les histoires, les revoir à sa façon, les transformer. Même s'il n'a plus sa mère pour le guider, pas d'enfants avec qui partager ses récits revisités et corrigés, même s'il doit subir la pression de la célébrité et les pièges de la banalisation, Almodovar continue de ne pas avoir le même regard que les autres. A la fois morbide et comique, son cinéma du désir a mué sa pudeur naturelle en exhibition excessive pour finalement ne montrer que le contraste entre le tragique (rose) et l'humour (noir) de la vie, forcément absurde. Oubliés les engueulades à voix haute, voici venu le temps des monologues et des murmures. Amnésiés les espoirs de voir la gauche au pouvoir, il décrit une Espagne dans le coma, individualiste, perdue, désillusionée. Seuls les émissions de TV détruisent ou révèlent la face cachée de la bonne conscience de ses compatriotes. Lui préfère conserver ses secrets, son mystère.

Exception culturelle
Il reste des films cultes, une génération d'acteurs hispanophones devenus stars internationales grâce à lui, et pas mal de prix éparpillés à travers le monde. Il aura quand même subit de sérieux problèmes de financement pour ses premiers films, une censure puritaniste aux USA pour quelques unes de ses oeuvres, la frustration des hommes qui aiment trop la beauté des femmes et les textes les plus cruels sur l'amour. De plus en plus, son plaisir remplace le désir. Il laisse causer ses détracteurs (qui n'y voit qu'un metteur en images) et ses admirateurs (qui y voient l'un des plus grands auteurs du siècle).
Toujours ignoré par l'Association des réalisateurs en Espagne, Almodovar est pourtant le messie de cette nouvelle vague de cinéastes. Empereur en exil dans son propre royaume, cet homme seul est coupé des gens qui l'accompagnaient à ses débuts. La mouvance punk rock est loin. Il apprécie les artistes qui remplissent les salles par leur talent jusqu'à les inviter dans ses films (Pina Bausch, Caetano Veloso, ...). On retiendra son nom, comme on retient un style à l'instar d'un Woody Allen ou d'un Jacques Demy. Il se lance encore quelques défis. les projets ne manquent pas.
L'orgueil n'est pas éteint. Il cherche à véhiculer l'émotion parfaite. Dans Parle avec elle on l'imagine solliloquer avec une morte omniprésente (sa jeunesse? sa mère? sa propre mort?). Son nouveau film, La mauvaise éducation, un film plus que personnel (osera-t-il?) qui trouvera ses racines dans l'ère franquiste et le catholicisme. Un film entièrement mâle. Une première. Une sorte de suite ou de remake à La Loi du désir. Celui de la liberté.   

vincy


 
 
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