A 55 ans cette années, Benoit Poelvoorde continue de surprendre. Après Au poste! et Le Grand bain en 2018, le comédien ne va plus quitter les cinémas cette année. Cette semaine il est dans Deux fils, premier long de Felix Moati. Mais on l'attend aussi dans Raoul Taburin de Pierre Godeau, Adoration de Fabrice Du Welz et Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac.



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ARTISTE ENGAGÉ

Dès son tout jeune âge, Lucas Belvaux éprouve le désir de devenir acteur. Depuis les Ardennes de sa Belgique natale, rien n'est moins évident. En côtoyant quelques acteurs méconnus qui exerçaient leur passion à Paris, il réalise que l'on peut vivre de ce métier sans nécessairement avoir le statut de star. Il est discret, Lucas, et il n'a cure du star système. Et que pouvait-il espérer de mieux dans son pays ? À 16 ans, il quitte tout et débarque à Paris pour prendre des cours de comédie. Rapidement, il emploie les services d'un agent et débute des tournages pour la télévision. Tout s'enchaîne sur-le-champ et avec sa gueule de jeunot, il rencontre Yves Boisset qui prépare Allons z'enfants, il n'a alors que 19 ans. Peu à peu, il construit sa carrière de manière discrète, croisant le chemin de Joseph Losey et d'Andrzej Zulawski, déclarant déjà un intérêt certain pour le cinéma d'auteur. La Nouvelle vague le repère : Jacques Rivette lui offre un rôle dans Hurlevent, librement adapté du roman des sœurs Brontë, tandis que Claude Chabrol lui propose le facteur manipulateur de Poulet au vinaigre, qui lui vaudra une nomination au César du meilleur espoir. Ce dernier refera appel à lui pour jouer le clerc de notaire séduisant sa Madame Bovary. Il croise les acteurs les plus talentueux, en vrac Jean Carmet, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Cassel, Jeanne Moreau, Francis Huster, Lambert Wilson, Jean Poiret, Michel Bouquet… et saura retirer de cet apprentissage le meilleur et un amour particulier pour les acteurs.

Bien des années plus tard, il sautera le pas et passera derrière la caméra, réalisant son premier film, Parfois trop d'amour, sans jamais cesser de jouer. Cette ambivalence d'acteur/réalisateur lui donne non seulement un supplément d'âme mais également un regard différent sur la mise en scène et la direction d'acteurs. Malheureusement, son premier film ne trouve pas son public. Cela ne suffit pas à le décourager et il reprend la manivelle en 1996 pour signer une agréable comédie, Pour rire ! avec Ornella Muti et Jean-Pierre Léaud dans les rôles-titres. 2002 représente l'année de la consécration, avec la sortie de l'œuvre de sa vie, la Trilogie, Un couple épatant, Cavale et Après la vie, triptyque passionnant offrant trois versions de la même histoire, sous trois genres cinématographiques différents, la comédie, le polar et le drame. La profession reconnaît le formidable travail accompli, et les récompenses pleuvent, malgré une cruelle absence du palmarès des César, desquels il ne repartira qu'avec celui du meilleur montage. Fidèle à ses thèmes chers, engagés politiquement et socialement, à ses acteurs, à ses techniciens, il renouvelle le cinéma de genre. Réutilisant les codes du cinéma classique, il insuffle une modernité et une puissance de discours de plus en plus rare en France. Véritable boulimique de travail, il scénarise, interprète et réalise la quasi-totalité de ses films, ce qui ne l'empêche pas de jouer dans ceux des autres (les récents Joyeux Noël de Christian Carion et Pars vite et reviens tard de Régis Wargnier). Sa dernière œuvre en date, La Raison du plus faible, en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, restera peut-être comme l'un de ses projets les plus personnels. Tournant en Belgique et s'appuyant sur un fait-divers sordide, il livre un film noir épuré à la violence sociale sous-jacente, et prouve une nouvelle fois son talent après le succès de la Trilogie. De la comédie rurale au drame social, en passant par le polar et le film noir, il s'essaie à tous les styles sans jamais nous lasser, proposant toujours un réel point de vue et des prises de risques considérables. Lucas Belvaux a tracé son petit bonhomme de chemin, discrètement mais sûrement et s'impose comme l'un des cinéastes les plus brillants de sa génération.







Florine


 
 
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