Julia Roberts revient au top avec Wonder. Le mélo familial entre rires et larmes l'a propulsée de nouveau aux sommets du box office nord-américain, une première depuis 7 ans. Depuis elle avait été sur les planches à Broadway, foulé le tapis rouge à Cannes, affronté Meryl Streep, brillé dans The Normal Heart à la télé... On l'attend désormais dans Ben is Back de Peter Hedges, un drame avec Lucas Hedges prévu pour l'année prochaine.



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EN APESANTEUR

Avec son physique d'éternel adolescent, sa ressemblance frappante avec l'exigeant Dustin Hoffman, François Cluzet passe les âges avec l'étrange sensation que le temps n'a pas de prise sur lui. Longtemps employé comme second rôle au cinéma, il appartient à cette classe d'acteurs que l'on apprécie mais dont on a parfois du mal à identifier la filmographie. La 34ème cérémonie des César le consacre pour la première fois, à 51 ans, meilleur acteur masculin pour sa (d)étonnante prestation dans Ne le dis à personne de Guillaume Canet, palliant à ce léger manque de considération. Si le gauchiste vindicatif n'en a sûrement rien à foutre, le comédien souvent oublié ne peut pas rester indifférent devant cette flatterie. Il condamne la superficialité, mais assure avec un certain cynisme le service après vente sur les plateaux TV les plus racoleurs.




Très jeune, il abandonne l'école pour se consacrer à la comédie, au théâtre dans un premier temps. Diane Kurys lui offre son premier rôle au cinéma, dans Cocktail Molotov, sur fond de mai 68. Mais c'est sa rencontre avec Claude Chabrol, qui le fera tourner dans cinq films (Le Cheval d'orgueil, Les Fantômes du chapelier, Une affaire de femmes, Rien ne va plus et surtout L'Enfer), qui bouleversera sa carrière. Ému de recevoir le César, il n'oubliera pas de le remercier, lui aussi toujours oublié de ces récompenses. François Cluzet trace son chemin, affichant une désinvolture charmante, cumulant près de 80 films en 30 ans de carrière. Il partage l'affiche avec Daniel Auteuil, Guillaume Depardieu, Christophe Malavoy, Isabelle Huppert, Michel Serrault, Karin Viard, Isabelle Carré, Emmanuelle Béart… souvent dans des rôles "mineurs" ou intérieurs. Cependant ses apparitions apportent souvent légèreté et fraîcheur aux situations souvent dramatiques, notamment dans L'Adversaire et dans L'Été meurtrier. Histoires sordides et sombres où il incarne un pilier, une solidité, une fidélité qui contrastent avec les psychoses ambiantes.

Lui, dont le modèle absolu est Spencer Tracy dans Dr Jekyll et Mr Hyde, alterne des rôles totalement contradictoires, de la folie à l'insouciance, en passant par la jalousie maladive, apportant toujours sa touche personnelle. Il cultive cette ambivalence, passant du rire aux larmes avec une facilité déconcertante et une sobriété de jeu remarquable, dosant au mieux ses émotions à chaque performance. Tout est dans la pipille, la paupière, le ricyis qui se crispe imperceptiblement, le faisant passer du noir au blanc. Et inversement. Imprévisible caméléon, toujours juste, il aime faire tomber les masques dont il s'affuble. Il se joue de nous autant qu'il joue avec lui-même. Son plus beau rôle restera celui du mari jaloux de L'Enfer, dans lequel son personnage descend progressivement dans les limbes de la folie obsessionnelle et destructrice, à la limite de la schizophrénie. Jamais, il ne retrouvera un rôle de cette intensité dramatique, sur le fil du rasoir. Espérons que sa récente récompense lui apportera de nouveau des prestations à la hauteur de son talent.

Depuis quelques années, il se consacre plutôt à la comédie, toujours avec son grain de folie si caractéristique, dans le déjanté Mais qui a tué Pamela Rose ?, interprétant un pastiche de John Lennon dans Janis et John, un animateur de télé-achat dans France Boutique, un amoureux doux dingue dans Quatre étoiles et un écrivain volage dans le récent Ma place au soleil. La réalité rejoint l'aliénation. Lui, si banal en apparence, peut inquiéter ou désespérément se faire aimer... Idéal pour ce rôle très Hitchcockien, avec la mort aux trousses, où l'innocent peut être coupable. Guillaume Canet lui offrira son retour en grâce dans Ne le dis à personne, pour lequel il incarne un homme qui ne peut se résoudre à la mort de son premier amour. Il éclipse totalement la galerie de stars qui défile à chaque plan et porte littéralement le film sur ses épaules. Une foi de conquérant, une soif de come back, le plaisir d'être là. L'envie de ne pas décevoir. Pied de nez à une profession qui ne l'utilisait jusqu'alors que comme faire-valoir de ses partenaires – souvent utilisé en duo, partageant ainsi le rôle principal, acceptant d'être à l'ombre de leur lumière (dans les plutôt réussis Association de malfaiteurs, Les Apprentis, Force majeure) – il prouve enfin qu'il détient sa place d'acteur à part entière dans le paysage cinématographique français.



Florine


 
 
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