Benoît Magimel brille en père d'un fils qui devient fille dans Lola vers la mer. Toujours prompt à prendre des risques, l'acteur a beaucoup tourné ces temps-ci. On l'a vu dans Nous finirons ensemble, Une fille facile, et on l'attend dans le prochain film de Nicole Garcia, Lisa Redler. Il est aussi attendu chez Samuel Doux (Dune Dreams), Bruno Dumont (Par ce demi-clair matin), Emmanuelle Bercot (De son vivant, dont le tournage reprendra au printemps) et Florent-Emilio Siri.



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SA VIE SUR TERRE





A la fois dans et hors du monde, l’Afrique est un continent qui cristallise à lui seul toutes les craintes et les espérances d’une humanité ayant failli dans sa recherche d’équilibre. Paradoxe d’une géographie ou la politique, l’économie et le social sont sacrifiés depuis des décennies, l’Afrique est pourtant une terre indispensable de la jonction, sorte de passage et de point d’encrage entre un nord aveugle et un sud agonisant. Stupeur d’un peuple qui n’arrive pas à « être confronté à sa propre image », le continent africain à plus que jamais besoin de pisteur qui ose porter un regard d’auteur sur les cris et les silences de ceux qui revendiquent depuis toujours l’émancipation.

Porte-parole d'un continent
Cette approche d’une Afrique contemporaine revendiquée, est le fondement cinématographique du réalisateur mauritanien Adberrahmane Sissako. Messager qui analyse la souffrance d’un continent sans jamais réduire son propos à cette seule définition, il propose une lucidité et un pragmatisme réaliste. Porteur de valeurs occidentales qu’il poétise pour mieux les confondrent dans la culture africaine, Sissako assume un droit à la légitimité. Filmant le cœur d’une Afrique si peu éclairée jusqu’alors, Adberrahamane Sissako tisse consciencieusement les contours d’un peuple dans les sillons d’une histoire commune. Pour lui, un cinéaste africain vient « d’un territoire presque désertique, du point de vue de son art. Quand il arrive à faire un film, il est envahi par le sujet, qui devient politique. C’est comme s’il devenait porte-parole ». Mêlant poétique et politique, il adosse naturellement la vie de gens ordinaires à cette immensité africaine. Ce faisant, il crée l’unité d’une raison capable de se rendre compte.

Né quelque part
Adberrahmane Sissako est né en Mauritanie, le 13 octobre 1961 à Kiffa. Enfant de la contrée des Maures, il connaît très jeune l’exil et part s’installer au Mali, sur les terres de son père, dans la ville de Bamako. Suite à la dictature pro-occidentale de Moussa Traoré, Sissako, devenu étudiant activiste, est obligé de quitter le Mali. Il rejoint sa mère en Mauritanie et se trouve une occupation en fréquentant assidûment le Centre culturel soviétique basé à Nouakchott. Cet intérêt pour la culture, la littérature et surtout le cinéma, l’incite à quitter l’Afrique pour découvrir le monde. Il apprend le russe et passe l’examen d’entrée du VGIK de Moscou (Institut Fédéral d’Etat du Cinéma). Obtenant une bourse, il apprendra le cinéma dans l’école où séjourna Tarkovski.

Cette école lui permet d’acquérir la rigueur du cadre et du propos, la maîtrise du temps scénique, le « refus de la sublimation et de l’utilisation d’artifices ». Son cinéma est pensé, construit et prend en compte l’approche par l’observation. Il touche le sensible et lui donne une forme. L’association d’une culture à la fois spécifique et classique, d’une technique maîtrisée et d’une certaine vision du monde, lui apporte un ton unique ou « chaque cinématographie a une place ».

Début de partie
De cette formation il réalise Le Jeu (1989), film de fin d’études et Octobre (1993), moyen métrage qui comprend déjà une partie de son cinéma. Racontant la rupture entre une femme russe et un africain qui désire quitter la Russie, le cinéaste affirme une présence africaine dans le monde. Thème autobiographique (comme le sera la plupart de ses films), Octobre est « un geste d’adieu » ; ceux des exilés, des voyageurs et de tous ceux qui veulent « ressembler à des millions de gens ». Le film sera sélectionné à Cannes dans la catégorie Un certain regard.

Homme du monde (Mauritanie, Mali, Russie), Sissako s’installe au début des années 90 en France, dans la banlieue parisienne. Il commence alors à construire son cinéma, c'est-à-dire un cinéma d’africain, tourné en Afrique, mais pour un public essentiellement européen. Mention spéciale du jury au 16ème FESPACO, la Vie sur terre (1998) est tournée au Mali, dans le village de son père. Retour aux sources, donc. Celles de ses ancêtres. Le chemin s’inverse, mais le processus est identique : communiquer avec l’autre. L’exilé revient, se réapproprie une histoire (il s’agit d’un récit autobiographique) et entame une réflexion sur les errances entre l’Afrique et les pays dits « développés ». Sans amertume, Sissako exprime sa force de vie dans l’espoir d’une nouvelle communication par des échanges retrouvés, afin que son continent puisse exister pour lui-même, ainsi qu’avec le reste du monde.

L'homme migrateur
Cinéaste de l’exil et du déplacement, il explore les agissements de ceux qui n’ont d’autre choix que de quitter un espace, une culture, des racines. D’une grande poésie, En attendant le Bonheur (2002) est le deuxième long métrage de Sissako. Explorant des thèmes qui lui sont chers (quête identitaire, exil intérieur…), le réalisateur revendique le droit à la liberté, pose les jalons d’une compréhension des origines et déplore ce « gouffre qui sépare en deux » un monde qui a peur de l’autre et de soi-même ! En filmant un homme dans un village dont il ne connaît pas la langue, il fournit les conditions de l’écoute et de la rencontre.

En « ouvrant », en « sensibilisant », en « revenant », en « réfléchissant »…sur un Afrique complexe, multiple et colorée, Adberrahmane Sissako légitime Bamako (2006), son dernier film. Refusant de plus en plus la réalité d’un monde qui emprisonne l’Afrique dans des stéréotypes inacceptables (la corruption source de tous les maux, la paresse légendaire de ce peuple, l’inculture chronique…), Sissako investit le terrain de la pratique politique au cinéma. En installant ce tribunal dans la cour où son père s’est éteint, il utilise la portée symbolique d’un lieu de vie et de mort. Le tribunal y trouve sa légitimité, sa force et se confond avec le chahut des enfants. Par ce lieu de parole, Abderrahmane Sissako montre une Afrique « consciente de sa situation » qui s’interroge sur son avenir. La « cour publique » en Afrique est un lieu « ouvert et respectueux » qui permet à n’importe qui de s’exprimer. Bamako devient alors une belle leçon d’humilité et de pratique démocratique.

Liberté, revendiquer, fraternité
Indiscutablement, Sissako porte en lui un optimisme réaliste. Cette approche d’artiste engagé lui permet de dénoncer en toute liberté les échecs de l’aide publique du Nord vers le cinéma africain, ainsi que l’absence de réformes culturelles africaines. Fondateur d’un cinéma de la revendication, il veut remettre l’homme au cœur des politiques mondiales. Son parcours, son rapport à l’histoire et à la culture en générale, font de lui un messager de l’espoir qui revendique au plus profond de ses films l’émancipation des êtres dans le sacro saint principe de liberté.

geoffroy


 
 
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