Hafsia Herzi n'est pas absente du cinéma. On l'a vue dans Fleuve noir, Persona non grata, les deux volets de Mektoub My love en tantine ces derniers mois. Mais elle s'offre un rôle bien plus important et bien plus intense avec son premier long métrage de réalisatrice Tu mérites un amour, au premier plan devant comme derrière la caméra. Ce qui lui a valu un Valois de la mise en scène à Angoulême. Elle sera au générique du biopic Madame Claude de Sylvie Verheyde.



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UN PEINTRE ANGLAIS A HOLLYWOOD  





  «J'ai vu tant de chose que vous humains ne pourriez croire : de grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion, j'ai vu des rayons fabuleux des rayons C briller dans l'ombre de la porte de Tan Houser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir.» - Dernières paroles de Roy (Rutger Hauer), le « chef » des Réplicants dans Blade Runner

Ridley Scott est né le 30 novembre 1937 à South Shields en Angleterre. Passionné par le dessin, il passe sa scolarité au West Hartpool College of Arts puis intègre la prestigieuse Royal College Of Art côtoyant l'artiste David Hockney. Il se révèle par un court métrage, Boy On A Bicycle aidé par son père et son frère Tony (le faiseur, comparé à Ridley qui est plus l'auteur). Son diplôme obtenu, il part aux Etats-Unis, et travaille dans la société Time-Life spécialisée dans le documentaire. De retour en Angleterre, il entre à la BBC en tant que chef opérateur puis est engagé en tant que réalisateur, filmant des épisodes des séries « The Informer » et « Z-Car ». Précurseur, il crée en 1973 avec son frère Tony, sa société de production spécialisée dans les spots publicitaires Ridley Scott Associates.
En 1977, il met en chantier son premier film, Les Duellistes, récit d'un duel éternel entre deux hommes Keith Carradine et Harvey Keitel prêts à mourir pour l'honneur. Un film magnifique esthétiquement avec notamment des combats à l'arme blanche chorégraphiés de mains de maître. Il parvient à dépasser un intrigue très mince par la qualité de sa mise en scène et obtient le prix de la meilleur première oeuvre au Festival de Cannes. Il se fait ainsi remarquer par de nombreux producteurs. Parmi ceux-ci la Fox qui finance son nouveau projet. Celui-ci après avoir envisagé d'adapter Tristan et Iseult puis Dune, le roman-fleuve de Frank Herbert, décide de se lancer dans la science-fiction mâtiné d'horreur, passionné par les dessins de Moebius, les graphismes du magazine Métal Hurlant et le scénario d'Ed O'Bannon (inspiré d'une nouvelle de Van Vogt).
Alien, Le 8ème Passager - huis clos dans l'espace - est le remake d'un nanar de science-fiction des années 50 : Terror From Beyond Space. Réponse pessimiste à Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg sorti un an auparavant, écho cauchemardesque et individualiste à Star Wars, Alien devient vite un film culte. Un film d'horreur dans l'espace au slogan implacable : dans l'espace personne ne vous entendra crier. La créature imaginée par le suisse H.R Giger aura de nombreux petits, mais aucun de ceux-ci ne parviendra à égaler l'effroi et la terreur provoqués par l'original de Ridley Scott respectant l'adage : moins on en montre , plus on a peur. La découverte de l'épave, l'accouchement de l'Alien, (l'effet gore les plus marquant de l'histoire du cinéma ?), Sigourney Weaver en petite tenue, la créature dans son dos, autant de scènes qui sont gravés à jamais dans la mémoire collective des spectateurs. Dans ce film qui a obtenu l'Oscar des Effets Spéciaux en 1979, Ridley Scott dégage des thèmes qui jalonneront lâensemble de sa filmographie : la nature hostile, la solitude du personnage central devant faire face seul à l'adversité, la femme forte.
Alien est un succès considérable, plus de 160 millions de dollars de recettes à travers le monde. Ridley Scott continue dans la veine SF et signe l'adaptation d'un roman déjanté de Philip K.Dick, Do Androids Dream Of Electric Sheep ? (Les Androides Rêvent-ils de Moutons Electriques ?). Blade Runner est LE film d'anticipation, une vision réaliste et tragique du futur. Une réflexion métaphysique sur l'homme et la mémoire. Un film non seulement magnifique visuellement (effets spéciaux de Douglas Trumbull qui a travaillé sur 2001, L'Odyssée de L'Espace) mais aussi d'une profondeur et d'une modernité exceptionnelle. Ridley Scott et Syd Mead (le « designer ») inventent le cyberpunk au cinéma. A l'instar du Kubrick qui avait donner le "la" de la science fiction à venir, Blade Runner sera le film référence pour tous les jeux vidéos, les films fantastiques et en faisant court, le Métropolis de cette fin de siècle.
Dès les premières scènes, un travelling vertigineux au dessus de Los Angeles en 2019 jusqu'au sein d'une pyramide monté avec des plans de l'iris d'un répliquant dans lequel se reflète la ville sur la musique planante de Vangelis, il parvient à nous envoûter, à nous transporter littéralement dans un autre univers, un autre temps. Mais après des projections tests moyennes, la Warner décide de retoucher le film, instaurant une voix-off inutile et modifiant la fin jugée trop noire, la remplaçant par un happy-end inepte qui utilise des plans coupés de Shining de Stanley Kubrick. Mais surtout cette version simplifiée supprime la séquence du rêve de la licorne du Blade Runner Deckard (Harrison Ford dans un de ses meilleures rôles) et donc modifie profondément le sens de l'histoire...
Il faudra attendre les années 90 pour pouvoir admirer Blade Runner dans sa version originale celle souhaitée par le réalisateur. La version du Final Cut trône au panthéon des films de science-fiction. Malgré le flop financier, l'oeuvre reste remarquable artistiquement.

Poursuivant la voie du fanstastique qui lui permet de laisser cours à son imagination, il réalise Legend en 1985. C'est un film d'héroic-fantasy, un conte de fée assez sombre réunissant deux éphèbes, Tom Cruise et Mia Sara. Ecrit par William Hjorstberg, le film est une splendeur visuelle. Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show) est inoubliable en diable. Cependant, Légend ne rentre pas dans les annales par la faute d'un scénario très mièvre, la faiblesse récurrente des oeuvres de Scott. Il se fait laminer par Willow.
Une nouvelle fois, Ridley Scott n'a pas le final cut et son film sera victime de coupes par le studio et adjoint d'une musique new-âge de Tangerine Dream. Une version fidèle au souhait du cinéaste anglais avec la musique d'Elliot Goldenthal sortira prochainement en Dvd. Légend est un échec commercial qui compromet sa carrière à Hollywood...
Dépité, il abandonne la science-fiction et le fantastique pour tourner coup sur coup de films policiers radicalement différents, Traquée, oublié, et Black Rain, bancal. Il parvient dans ces deux polars classiques à imposer une touche personnelle, son style mélancolique. Ainsi dans Black Rain, il réalise une époustouflante scène de poursuite dans un parking nippon se concluant par la décapitation d'Andy Garcia des mains d'un motard, membre des Yakusas. Le duel sanglant est filmé comme une joute chevaleresque.
Néanmoins, en cette fin des années 80, son frère Tony Scott - pré-Michael Bay - le supplante dans le coeur des producteurs américains en enchaînant les films d'action à succès (Top Gun, Le Flic De Beverly Hills 2). Ridley Scott retourne à son premier amour la réalisation de publicité dont celles primées dans le monde entier pour Perrier.
C'est le féministe et libérateur Thelma et Louise, road-movie ensoleillé à travers les Etats-Unis qui relancera sa carrière. Le film est un succès public et critique : Ridley Scott est nominé en tant que meilleur réalisateur aux Oscars. Thelma et Louise confirme également son don pour dénicher de nouveaux talents en révélant Brad Pitt en caleçon dans une courte scène de cul.
Ridley Scott, ragaillardi par ce succès, met en chantier son projet le plus fou : produire et réaliser 1492, Christophe Colomb, en commémoration du 500ème anniversaire de la découverte de l'Amérique. Sorti le 12 octobre dans plus de 5000 salles à travers le monde, le film est une catastrophe : catastrophe artistique malgré quelques scènes mémorables comme l'arrivée de Gérard Depardieu (Christophe Colomb) sur la terre américaine sur la musique inécoutable de Vangelis ou la montée symbolique d'une cloche, mais surtout catastrophe financière : 1492 ne parviendra pas à atteindre 10 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis. Le cinéaste anglais entame une longue traversée du désert. Pourtant ce film marquera le début de sa période "peplums", alors qu'on le préfère dans la Science Fiction. Le peintre prend le dessus sur le visionnaire.
Après un break de trois ans qui lui a permis de produire son ami Mike Figgis (Les Leçons de La Vie) par sa société Percy Main Production, il met en scène Lame De Fond. Nouvel échec financier et artistique, le scénario est encore raté, et malgré de belles scènes en mer, le film est si dégoulinant de bons sentiments qu'il en est presque ridicule. On ne retiendra que les photos déjantées de Jeff Bridges.
Scott devient alors un réalisateur de studio, mettant en scène les stars dans des produits calibrés. A Armes Egales avec Demi Moore en est le parfait exemple. Même si l'on retrouve dans ce film les thèmes forts du cinéaste, A Armes Egales est son plus mauvais film, à la réalisation impersonnelle. Ridley Scott a, avec ce long clip en faveur de l'intégration des femmes dans l'armée américaine touché le fond, il ne peut donc que rebondir, ressusciter des nimbes de la non ambition artistique.
Walter Parkes producteur exécutif de Dreamworks et Douglas Wicks producteur de Stuart Little lui présentent la toile de Gérome, Pollice Verso et lui soumettent l'idée de réaliser un nouveau péplum, genre oublié depuis les années 60 car trop coûteux. Ridley Scott est emballé par l'idée de recréer la Rome de l'Antiquité et ses jeux du Cirque. L'amateur des beaux tableaux s'offre une renaissance italienne. Gladiator est non seulement un grand film épique, un magnifique péplum filmé avec ampleur et énergie par le cinéaste anglais mais surtout un phénoménal succès : déjà plus de 160 millions de recettes en Amérique du Nord, en tête des box-offices du monde entier. Du lourd donc. Un peu pesant même, les fans boudent leur plaisir depuis longtemps. L'ère du DVD leur permet de revoir les premiers Scott. Le cinéaste ne s'arrête pas à ce succès : après la Rome de Gladiator (et son Oscar du meilleur film), il a enchaîné avec la Toscane d'Hannibal (et son triomphe populaire). La suite du Silence des Agneaux est peut-être grotesque, baroque, médiocre, car trop esthétisante, absurde, bêtement picturale. Mais il parvient à provoquer le frisson et l'horreur. Scott a sacrifié sa vision personnelle pour des visuels trop beaux, mais très vides. Les films semblent dénués de sens, de cohérences entre eux. il tourne de plus en plus. Ses films sont de grands succès. Mais il ne parvient pas à atteindre la grâce de son Thelma et Louise. Même la guerre en Somalie et son Black Hawk Down ne lui donnent pas l'occasion de montrer autre chose que son talent virtuose (et virtuel) de faire de très belles images. Fussent-elles atroces, sanglantes, cruelles, morbides, horribles... Un arrière goût qui rappelle toutes les victoires amères qu'il a filmé. Aucun happy end. Des Associés, son meilleur film depuis Thelma et Louise, où le "héros" pleins de tics et de tocs, finit broyer par le système et simple père de famille (plutôt que milliardaire sur une île), à Kingdom of Heaven, le réalisateur poivre d'amertume chacun de ses projets, plus ou moins grandioses, toujours somptueux. Kingdom... est un nouveau péplum (les Croisades), possède cette fascination pour l'art chrétien (Jérusalem) et délivre un joli message contemporain sur la coexistence religieuse. Malheureusement le scénario trop haché, le comédien pas assez crédible et l'action volontairement éludée en font une oeuvre maladroite, loin du paradis. Reste ce goût de souffre, de sang, de sable qui empoisonne son cinéma. Et nous drogue puisque nous avons envie, à chaque fois, de voir à travers les yeux de Scott.
Il a juste la lucidité de croire que la réussite est mélangée à des sales compromis. C'est à l'image de tous ses films récents. Une négociation. Un pacte. Avec quel diable?

yannick (+vincy)


 
 
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