Sara Forestier passe derrière la caméra pour son premier long métrage M, un film bancal, imparfait, naïf, fragile mais empli d'une irrépressible envie de faire du cinéma. La jeune comédienne a fait du chemin depuis L'Esquive et son prix de jeune espoir féminin en... 2004.



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TOUS LES ALAINS DU MONDE





Alain, un cinéaste qui nous veut du bien. Fort de sa grande culture du cinéma, il tente de nous dépayser par les images, dans les films de genre, l'exotisme des terres lointaines ou des époques révolues.
Si Tous les matins du monde, avec Stupeur et tremblements, vous rencontrez un Nocturne Indien,et Le Cousin à Fort Saganne, Alain Corneau n'est pas loin. Respectivement son plus grand succès par consensus, musique baroque dans les "hits" en sus, un huis-clos décalé en japonais, un film somptueux et mélancolique, un polar noir sous estimé et une œuvre épique qui fit l'ouverture de Cannes avec le casting chic et choc de l'époque : Noiret, Depardieu, Deneuve, Marceau.

Né en pleine guerre au cœur de la douce France (qu'il raconte dans Le nouveau monde), Alain Corneau est charmant, simple à aborder, jovial (capable d’offrir une tournée à des bénévoles pour un festival de cinéma en Écosse – Merci!), ouvert d’esprit : vous pouvez lui parler de n’importe quel sujet ( voyages, musique...).

Corneau aime les acteurs, qui le lui rendent bien. Pour chaque projet, il se fait une liste idéale et les acteurs disent « oui ». Ce qu'on appelle une (bonne) réputation. Il a tout de même su nous tuer Deneuve dans une grange. La caméra est loin du meurtre mais le spectateur le devine instant après instant... Dewaere ou Anglade nous enflamment avec leur vulnérabilité. Ou encore Testud dans sa magnifique détermination à ne pas vouloir s'adapter à la tyrannie d'une entreprise, comme lui avait de la difficulté à se mouvoir dans le cinéma de ces vingt dernières années. Il brouille les pistes, revisite les codes, tout en leur rendant hommage, parfois maladroitement. Depuis Tous les matins du monde avouons qu'il nous a moins convaincus...

Réalisateur, acteur, producteur, scénariste, dialoguiste, Alain Corneau fut aussi musicien dans sa prime jeunesse, avant de prendre le chemin de l‘IDHEC, puis de devenir assistant réalisateur, premier assistant. Perfectionniste, amoureux de jazz, il étudie la "musicalité des coups de feu". Il préside des festivals, nourrit des rétrospectives, lit beaucoup, désire toujours. Filme encore, malgré ce cancer qui l'a abattu en août 2010.

Il a collaboré avec, et en famille cinématographique, Costa-Gavras (sur le tournage L'aveu' où il rencontre aussi Yves Montand), sa compagne Nadine Trintignant (Ça n'arrive qu'aux autres), Yves Angelo (chef op' du remake raté, coûteux et ambitieux Le deuxième souffle)…

Son œuvre est importante, riche et variée. Indéfinissable. Il n'y a pas forcément de fils conducteurs, si ce n'est, peut-être, l'initiation de chacun de ses héros, à travers les incidents de la vie : leurs erreurs les construisent, les forgent. Leurs errances sont tout aussi fondatrices. En Inde, en Mauritanie ou au Japon, peu importe.

On a l’impression que Corneau fonctionne aux coups de cœur. Spécialiste du film policier, il en fut l'un des maîtres durant les dix premières années de sa carrière, les plus belles de son cinéma. Puis il s'est tourné des oeuvres plus nostalgiques, sentimentales, affectives. Un peu molles. Car il aime aussi les mots (et pas que bleus). Souvent adaptateur de romans qu'il adorait en tant que lecteur, son intérêt était de traduire les mots de l’auteur en mise en scène ...

De Police Python 357, un Clint Eastwood à la française, à Série noire, en passant par Le choix des armes, il réinvente le polar à la française, sans omettre le cadre social où la bourgeoisie n'est pas épargnée. Films secs, brutaux, nerveux mais humains. A l'inverse, son mélancolique et divaguant Nocturne indien nous immerge dans une quête / perte de sens enivrante. Son plus beau film esthétiquement.

Il aime noyer des identités affirmées dans les doutes les plus flous. Dans La cousin, film mésestimé, il prend deux comiques pour incarner un flic et indic qui inversent métaphoriquement leurs personnalités. Dans Stupeur et tremblement, l'occidentale employée se confronte à une puissance qui lui échappe.
Nombre de ses films n'ont ni marché ni marqué. Lui même se perd, se bat contre un système qu'il ne maîtrise pas, contre des illusions d'un 7e art incertain.

Ses choix sont moins convaincants. Sa mise en scène moins fébrile, moins inspirée. Il reste quelques éclats, des séquences brillantes dans des oeuvres sans lustre. Une Kristin Scott-Thomas dans un Crime d'amour par exemple.

Tous les matins du monde sera finalement le film synthèse. A la fois épique, baroque, insolite, inattendu,. Succès public, critique, consensuel. Classique. Un classicisme bien dirigé, singulier, pas forcément atemporel. Il contraste avec les films d'avant et ceux d'après. Comme si ce matin là fut le début de la fin, annonçant le crépuscule, 19 ans avant sa mort.

Claire, vincy


 
 
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