Isabelle Huppert n'en finit plus de jouer les femmes maléfiques, veuves ou seules, perverses ou simplement manipulatrices. Si on peut se lasser de ces rôles répétitifs au cinéma, elle sait aussi créer l'admiration avec ses performances au théâtre (en ce moment mise en scène par Bob Wilson dans Mary said what she said). A l'écran, on la reverra dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, une comédie policière, et Luz de Flora Lau.



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MADEMOISELLE CHEN





La plus américaine des chinoises doit sa célébrité à un cinéaste en marge d’Hollywood et un grand maître italien. Deux rôles viennent à l'esprit lorsque l'on cite Joan Chen : celui de la mystérieuse Jocelyn 'Josie' Packard dans la culte série télévisée lynchienne Twin Peaks et la première femme de Pu Yi dans Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci. Deux images, plastiquement superbes, lisses à l'extérieur mais si complexes au point de se perdre, de trahir, de se laisser mourir. Derrière son costume d'impératrice ou son « qi pao » des années 30 se cache une femme qui aime révéler les troubles et jouer avec les certitudes du cinéphile.
Même si, de par sa beauté asiatique classique, elle parait froide, grande - en fait, elle ne mesure qu’un mètre soixante trois – et même hiératique dans certains de ses rôles, elle porte en elle une sensibilité et une fragilité certaines, qualités qu'elle révèle aussi dans ses réalisations. En fait, cette femme aux yeux en amandes est un chat avec ses multiples vies.

Enfant star en Chine. Comme Bruce Lee à Hong Kong, Chen fut une enfant star, surnommée « L'Elisabeth Taylor de la Chine». Sa performance dans Xiao hua (en 1980) ( "xiao" signifie: petit(e) et" hua" : fleur) lui valut de gagner l’équivalent du César chinois de la Meilleure Actrice. Elle est issue d'une famille intellectuelle, bourgeoise (son grand - père pharmacologue, s'est tué en ingurgitant du cyanure lors de la Révolution culturelle). Joan fera donc naturellement des études qui lui donneront une solide formation à l'académie du film de Shanghai et à l'institut des langues étrangères de Shanghai. Elle continuera ses études une fois émigrée aux USA.

Elle se déracinera pour aborder sa nouvelle vie. Aux USA, elle redevient anonyme et fait l'expérience de repartir à zéro, jusqu’à faire des petits boulots de serveuse. Joan fait des apparitions dans des séries TV (McGyver et ses trucs et astuces). Sa chance arrive en 1987, avec Bernardo Bertolucci et son Dernier empereur qui lui confie son premier grand rôle international. Le film aux dix Oscars, tourné dans la Cité Interdite et lançant la grande vogue des films chinois lui offre le magnifique rôle de la dernière impératrice de Chine, Wan Jung. Elle y aborde tous les registres féminins, de la jeune fille fraiche, qui initie son jeune empereur à l'amour, à la femme déchue, bisexuelle et opiomane trahie par son mari, son amie et les complots de l'Histoire…Ses yeux sombrent dans l’abyme tandis que la Chine se livre au communisme.
Elle devient citoyenne américaine : ça y est, c’est une "banane " (comme se qualifient les chinois qui se sont intégrés au mode de vie occidental- "jaune à l'extérieur, blanche à l'intérieur".)

Actrice énigmatique en Amérique
Dans les années 90, c'est le choc Twin Peaks ! Jouer dans une série atemporelle et cultuelle, c’est devenir soi-même éternelle et adorée. Durant 19 épisodes, elle incarne l'énigmatique et très chic Josie Packard, ce qui ne laisse pas indifférent. Très difficile de s'en défaire d’ailleurs.
La belle alternera désormais les bons (Red Rose, White Rose de Stanley Kwan) et mauvais films (the Hunted, avec Christophe Lambert ou Judge Dredd avec Stallone), les réalisations américaines et chinoises... Elle excelle en femme partagée entre deux hommes, dans les personnages passionnés et démolis. On la voit chez Oliver Stone (Heaven and Earth), John Madden, (Golden Gate), Gurinder Chadha (What’s Cooking ?)… Pendant ce temps Gong Li a conquis les festivals du monde entier, Michelle Yeoh est enrôlée dans les blockbusters internationaux et Maggie Cheung récolte prix et honneurs avec des films d’auteurs ambitieux et audacieux. Chen est reléguée en second rôle, ou dans des films de seconde zone.

Renaissance derrière la caméra
Elle trouvera une nouvelle vie en se mettant derrière le moniteur... Réalisatrice impliquée, son coup d’essai Tian yu ou Xiu Xiu :The Sent-Down Girl est primé un peu partout. Film très désespéré au dénouement cruel, il suit les traces d’une jeune idéaliste envoyé au fin fond du Tibet pendant la Révolution culturelle et se prostitue pour revenir chez elle. Coécrit, produit et réalisé par Joan Chen, le film fut interdit en Chine pour son contenu politique et sexuel. Et surtout parce qu’elle le tourna sans autorisation.
Le second film est moins convaincant. Un Automne à New York est romantique et larmoyant. Richard Gere en dom Juan tombe amoureux de Winona Ryder, jeune femme pétillante mais malade et se sachant condamnée… Cette corde sensible semble démontrer que la comédienne préfère réaliser des films peu joyeux et emplis de souffrance.
Cette nouvelle carrière ne sonne pas le glas de sa vie d'actrice. Dans What's cooking ?, elle joue une femme vietnamienne qui décide de fêter Thanksgiving avec sa famille ...Jolie comédie sentimentale moderne à la Ang Lee, sucrée- salée -épicée, qui fait bien ressortir le choc des cultures et traditions et la difficulté de trouver sa place et maintenir des racines. Dans le beau Saving Face - sauver les apparences, sauver la face, c’est sauver son honneur en Chine : c’est parfois plus important que sauver sa vie – elle sauve aussi sa carrière et se remet en selle. Enfin, grâce à Ang Lee, elle retrouve les grands festivals et les plans médias épiques. Une nouvelle fois épouse bafouée, mais digne, encore trahie par ses mauvais choix politiques, elle personnifie avec subtilité la réserve, la fausse camaraderie, ce statut à la fois noble et vulgaire des nouveaux riches. Lust, Caution emporte le Lion d’or à Venise et sept Césars hongkongais (les Golden Horses).
Pourtant Joan Chen n’obtiendra aucun prix pour ce film. Mais elle récoltera le prix de meilleure actrice 2007 pour son rôle dans The Home Song Stories, une histoire où l’Histoire, l’exil, la survie, et les passions se mélangent. Chanteuse de cabaret immigrée, Chen est à la fois amoureuse, maternelle, citoyenne, travailleuse, toujours piégée par des dilemmes. Ni concubine, ni martiale, fausse femme fatale, Chen, dans l’ombre des stars contemporaines, poursuit sa propre voie vers son accomplissement, quand elle ne se scindera plus entre ses métiers, quand elle sera réalisatrice et actrice du même film. Le yin et le yang enfin réunis ?

Claire


 
 
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