Brillante Mendoza est prolifique: en moins de 15 ans, il a tourné près de 20 longs métrages, fiction ou docu, des courts, des segments de films, des séries TV. Il revient avec Alpha the right to kill, thriller sur la drogue, prix spécial du jury à San Sebastian. Et on attend toujours Lakbayan, présenté à Busan l'automne dernier, coréalisé avec Lav Diaz et Kidlat Tahimik.



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LES YEUX DANS LE FIEL





Sa vie pourrait être un roman. Polanski vit dans un cauchemar permanent. Il naît en France, où d'ailleurs il vit désormais, quand ses parents, deux ans plus tard, décident de revenir en Pologne, et de traverser l'Allemagne déjà hitlerienne. La guerre éclate. Camp de concentration pour le père, la mère. Cette dernière y passe. Et Polanski s'arrange pour s'échapper du ghetto dans lequel il est emprisonné. Il traverse son pays, se fait héberger chez des familles catholiques. Il ne reviendra à cet épisode qu'en 2002 avec son film Le Pianiste.
Il s'intéresse aux films très vite. Pour s'évader, peut-être? Il retrouve son pèe à la fin de la guerre. Le jeune Roman sait, alors, ce qu'il veut faire de sa vie. Dès sa jeunesse, dans les années 50, il joue dans des films (Génération d'Andrzej Wajda en 54) et fait son apprentissage à l'Ecole d'Art de Cracovie puis à la Lodz Film School. Il s'initie aux techniques du cinéma. Réalise quelques courts métrages remarqués, testant ainsi son humour noir, sa vision étrange des relations humaines, son attirance pour l'étrangeté et la bizarrerie. Il aime l'assymétrie des personnages. Il osera même réaliser le premier film polonais d'après guerre dont le sujet principal n'est pas la guerre. Polanski veut faire du cinéma sans être lié à un quelconque patriotisme. Son premier long métrage (Un Couteau dans l'eau) est nominé aux Oscars (meilleur film étranger) et il fera la couverture de Time Magazine.

A l'Ouest, du nouveau
Faisant parti de la jeune génération montante du cinéma polonais, déjà connu et reconnu, Polanski décide de s'exiler en France, où le cinéma surfe sur la Nouvelle Vague. Il copine avec Gérard Brach, qui lui écrit deux films, Répulsion et Cul-de-sac.
Deux faces d'un même miroir. Les deux sont tournés à Londres, les deux gagnent un prix à Berlin, les deux mettent en scène une des soeurs Dorléac : Deneuve dans l'un et Françoise Dorléac dans l'autre. Les deux sont des hits. Polanski installe son univers inquiétant, angoissant, basé sur la psychologie d'êtres qui déraillent, souvent à cause d'une solitude subie. Son talent en fait un héritier du cinéma Hitchcockien. Le cinéaste franco-polonais utilise une narration qui justement ressemble à un cul-de-sac. Il enferme le spectateur dans l'histoire, un labyrinthe (ou un couloir sans issue que celle qu'il a devant lui), et l'oblige à suivre les péripéties du personnage: il n'y a pas de répit, d'échappatoire, et le spectateur doit adhérer à ce vertige, cette fatalité.

Toujours plus à l'Ouest
Et c'est un peu ce qui lui arrive. Il se place dans un circuit infernal, un cercle infini. Hollywood lui tend les bras, il y va. Réalise Le Bal des Vampires (qu'il adaptera en comédie musicale 30 ans plus tard), chef d'oeuvre du genre. Puis Rosemary's Baby avec la névrosée Mia Farrow. Polanski a tous ses thèmes de prédilection en main : la sorcellerie, le mystique, le sang, bref la plongée dans les enfers. Limite surnaturelle. Rosemary est une sorte de Psychose touchant non pas à l'oedipe mais à la maternité. Effroyable, le film cartonne. Il conquiert Hollywood. Il hante les subconscients des spectateurs.
Arrivé à maturité - il a 35 ans - il va se marier avec l'actrice Sharon Tate. Un an et demi plus tard, en 69, Tate se fait assassinée par Charles Manson et sa bande. Une véritable tragédie qui ne fait qu'accentuer le fatalisme du réalisateur. Il repart en France.
Il ne reviendra que 5 ans plus tard. Entre temps il a adapté Shakespeare et fait tourné Mastroianni dans l'absurde What?.
De nouveau à Hollywood. Il choisit une star (il n'aime travailler qu'avec les plus grands ou les plus prometteurs), Nicholson, devenu ami, filme Chinatown et offre au 7ème Art l'un des plus beaux films policiers. Artistiquement, cinématographiquement, une leçon de cinéma, où le film noir a toute sa noblesse. Sa vie dissolue, déséquilibrée le conduisent à commettre une erreur : une relation sexuelle avec une gamine de 13 ans.
Sa descente aux enfers le conduira donc à s'exiler (revenir) en France, sous le coup d'une menace juridique (toujours en négociation) américaine. Il devient citoyen frenchy. Et ne pourra plus tourner à Hollywood. Il mettra par ailleurs 25 ans avant de retourner aux sources, la Pologne...

Pures formalités Tess sera son ultime chef d'oeuvre. Oscars comme Cesars le récompenseront, à juste titre. Il engage désormais des stars européennes : Isabelle Adjani (Le Locataire, qui frôla la Palme d'Or), Nastassja Kinski, ... Les années 70 se terminent. Polanski sonne le glas... En 84, il rédige son auto-bio, un best seller multilingue. "Roman". Et le cinéma, dans tout ça?
Il revient à Cannes en 86 avec un bateau, Jane Birkin et Pirates. Les médias sont là. Le public ne suit pas. Polanski a-t-il perdu la flamme?
Paradoxalement, c'est avec un film typiquement hollywoodien, qu'il va renaître, sans jamais atteindre son niveau artistique d'antan. Frantic. Thriller tourné à Paris, rythmé sur du Grace Jones, frénétique au niveau de l'adrénaline, très "La Mort aux trousses". Harrison Ford joue l'américain perdu à qui on a enlevé sa femme. Un Homme qui n'en savait pas assez... Il y croise une jolie jeune comédienne, Emmanuelle Seigner.
Car Polanski a l'oeil rivé sur les femmes. La plupart de ses films ont pour piliers une actrice de fort tempérament, à la séduction indéniable, et aux visages schizophréniques (miel et fiel). Deneuve, Dorléac, Farrow, Adjani, Kinski, Birkin, et plus tard Sigourney Weaver ou Kristin Scott-Thomas ... Polanski recherche ses femmes perdues, cherche la femme.
Ce sera Seigner. L'Emmanuelle. Il l'épouse en 89, et lui donne un rôle dans quasiment chacun de ses films. Leur summum étant Lunes de fiel, paroxysme du sado-masochisme. Polanski rend son cinéma fantasque et baroque, pousse ses personnages dans des extrêmes, jusque dans la marginalité même, rempli ses histoires de souffrances physiques et mentales, internes et visibles. Un cinéma de torture.

Ultime porte
Et s'il prend moins de plaisir à tourner, il continuera à faire du théâtre ou de l'opéra comme metteur en scène, à jouer dans les films des autres, à essayer de vivre normalement malgré tous les démons qui l'envahissent, ceux qu'il a vu et ceux qu'il a inventé pour nous.
La Neuvième Porte est une étape ratée vers la rédemption. Il y pactise avec le diable. Le diable est-il féminin? L'Homme est-il si seul?
Il n'y a rien de pathétique en Polanski. Il y a juste un regard un peu amer sur un siècle, et son humanité. Un peu paranoïaque, certes.
Mais comme l'écrivait Peter Bart, en 96, en tant que Rédacteur en chef de Variety : "Pour qui se prend Travolta? On ne fait pas capoter un tournage pour " différences artistiques" avec un réalisateur comme Polanski, qui nous a donné des chefs d'oeuvre tels que Repulsion, Rosemary's Baby, Chinatown ou Tess."
Alors Polanski, malgré ce désenchantement, est revenu dans son pays. Il y a affronté ses souvenirs de shoah. Il a filmé le ghetto de Varsovie, comme pour effacer l'horreur, ou inscrire ses terreurs. Tel son Pianiste, il essaye de réparer quelque chose à jamais cassé. Un oscar, une Palme d'or ne suiffront pas. A 72 ans, il cherche à renouer avec ses racines, son enfance, film toujours la précarité de la vie, les terreurs enfouies. Oliver Twist, son plus récent film, agite alors un miroir aux souvenirs, celui d'un cinéma d'antan, avec décors en carton pâte et gros plan sur les visages. Une nostalgie qui lui permet de transmettre, à ses enfants, une vision plus humaniste que celle laissée par son cinéma d'autrefois, celui admiré des thrillers psychotiques. Polanski continue finalement de conjurer ses cauchemars en nous les faisant partager.

vincy


 
 
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