Omar Sy est doublement à l'affiche dans des productions familiales. La très française Le Prince oublié, où il reprend un rôle de papa poule dans un conte fantastique, et la très hollywoodienne, L'appel de la Forêt, avec Harrison Ford dans les grands paysages du Yukon. On attend la star dans la série Netflix Arsène Lupin, le nouveau film d'Anne Fontaine, Police, et dans un thriller avec Kassovitz, Tout simplement noir.



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LA GRIFFE DE L'HORREUR





Wes Craven est à l'horreur ce que John Ford est au western : un cinéaste culte, roi d'un genre autrefois florissant, aujourd'hui renaissant. Freddy, SA créature, fait désormais partie des mythes du septième Art, monstre onirique des plus terrifiants, vedette des cauchemars adolescents des années 80.
Spécialiste du fantastique gore, Wes Craven n'est pourtant pas tombé tout petit dans la marmite de l'horreur. Ancien professeur de philosophie, il passe au cinéma comme monteur de documentaires. Le hasard frappe à sa porte dans sa vingtième année, sous les traits de son ami et futur réalisateur de Vendredi 13, Sean S. Cunningham : "il était prêt à me produire un scénario, à condition que ce soit le plus diabolique et effrayant possible. J'ai donc écrit une histoire violente et dégueulasse, La Dernière Maison sur la gauche. On l'a monté comme une plaisanterie, persuadés que personne n'irait le voir. Le film est sorti dans quelques drive-in jusqu'à ce qu'une grosse compagnie le repère et nous propose une sortie nationale. Tout à coup, j'étais considéré comme un réalisateur de films d'horreur qui n'avait plus aucun problème pour trouver des financements. Pourquoi, alors, ne pas continuer ?". D'autant plus qu'avec 50 000 petits dollars et en seulement trois semaines de tournage (y compris dans la cour du producteur et chez sa mère !), Wes Craven provoque un vrai scandale : "malsain", "monstrueux", "ignoble", les critiques se déchaînent contre ce film hyperréaliste, à la violence autant physique que morale.
Les séries B s'enchaînent alors sans répit, mais pas n'importe lesquelles: "Un film est dit de série B parce qu'il a un petit budget. Il suffit qu'il cartonne au box-office pour qu'on le considère comme un gros film. Réaction aussi bête que de limiter la série B à des films stupides". Il faut dire que Wes Craven ne se contente pas de réaliser des produits à la chaîne, il imprime une vraie réflexion au genre, qu'il voit comme une façon idéale de filmer le présent. Il s'inspire d'ailleurs des documentaires sur la guerre du Vietnam qu'il a travaillés étant jeune pour rendre compte de la violence aux Etats-Unis, omniprésente dans le meilleur de son oeuvre, comme La colline a des yeux (1977) et sa suite (quasiment inévitable dans le genre) La colline a des yeux II (1987). Les amateurs ne sont pas déçus : le film, ultra violent, est adapté de l'histoire vraie d'une famille écossaise anthropophage, qui tendait des embuscades aux voyageurs de la région. Wes Craven avoue, pour ce film, avoir recruté des "gens à l'air particulièrement vicieux et pervers" : le cinéaste le plus efficace du genre est né.

Très vite, les hommages aux classiques du fantastique prennent place dans la filmographie de Wes Craven : dès 1981 et La créature des marais, les références sont à peine déguisées, en l'occurrence Dr Jekyll et Mr Hyde. Très vite, le chef d'oeuvre s'impose, Les griffes de la nuit, lauréat en 1985 du prix de la Critique au Festival d'Avoriaz. Le visage brûlé, des lames de rasoir au bout des doigts, Freddy Krueger entre dans la légende, Johnny Depp au cinéma et Wes Craven bouleverse le film d'horreur de son monde onirique. Décidé à se renouveler et explorer toutes les facettes du genre (Shocker, Le sous-sol de la peur), Wes Craven laisse à d'autres le soin de ramener Freddy dans les chambres adolescentes, pour une "saga du cauchemar " longue de sept épisodes. Pourtant, dix ans plus tard, il ne peut s'empêcher de récupérer la créature qui lui avait échappé pour un retour ambitieux, dans lequel il se met en scène : Freddy sort de la nuit : "J'ai fait ce film parce que le genre 'épouvante' me semblait complètement épuisé Ce qui m'intéressait dans le phénomène Freddy, c'était l'effet qu'il avait provoqué, le fait que Freddy fasse désormais partie de nos vies, et la manière dont il les avait à la fois améliorées et compliquées" . Le film est un échec commercial, tout comme Un vampire à Brooklyn l'année suivante. Les années 90 semblent faire fi de Wes Craven, déconsidéré, démodé.

En 1996, Wes Craven travaille pour Miramax sur un projet de remake de La maison du diable de Robert Wise. Le studio abandonne finalement l'idée mais propose autre chose au réalisateur : le scénario d'un jeune inconnu, fou d'horreur, Kevin Williamson. Convoité par Oliver Stone, Scream arrive finalement entre les mains de Wes Craven, qui le transforme en mine d'or : "le scénario de Scream était très hot. C'est l'un de ces scénarios dont on se dit en le lisant : 'mon Dieu, c'est vraiment sensationnel' ". Le film dépasse les 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, révèle une génération d'acteurs issue de la télé et ne tarde pas à faire des petits (Souviens-toi l'été dernier 1et 2, The Faculty ·tous écrits par Kevin Williamson). Avec ce film, Wes Craven révèle toutes les ficelles de l'horreur, en détourne les règles et réalise une véritable anthologie du genre. Initié ou non, adulte ou adolescent, chacun peut se laisser prendre à ce qui ressemble plus à un thriller qu'à un vrai film d'horreur : la carrière de Wes Craven est relancée, une suite immédiatement mise en route, et tous les rêves du réalisateur accessibles.

A commencer par la biographie qui lui tient à oeþur, envisagée avec Madonna, finalement tournée avec Meryl Streep, La musique de mon coeur, tournée entre les deux derniers épisodes de Scream. Fort du succès d'une trilogie déjà culte, Wes Craven peut aujourd'hui tout se permettre, y compris refuser un quatrième Scream, sans pour autant renoncer au genre : "je ne pense pas avoir mis un terme à ma carrière dans le film d'horreur, j'ai trop d'affinités avec ce genre pour m'en tenir là. Mais il est certain que je souhaite également m'investir dans d'autres registres, je vais donc louvoyer entre les deux. Je ne sais pas si je reviendrai au concept spécifique du tueur en série armé d'un couteau et masqué, relancé par Scream. Je pense avoir fait le tour de la question dans ce genre. Lors de mes entretiens, j'ai souvent dit que pour moi, Polanski était le parfait exemple d'un cinéaste capable de faire un film terrifiant, puis de passer à un genre totalement différent. C'est ainsi que j'aimerais pouvoir travailler : des films de genre lorsqu'un projet me séduit, et d'autres choses, aussi diverses que possibles, par ailleurs. On verra bien·". Comme ses créatures, Wes Craven se réveille toujours au moment où l'on s'y attend le moins.

Mathilde


 
 
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