Hafsia Herzi n'est pas absente du cinéma. On l'a vue dans Fleuve noir, Persona non grata, les deux volets de Mektoub My love en tantine ces derniers mois. Mais elle s'offre un rôle bien plus important et bien plus intense avec son premier long métrage de réalisatrice Tu mérites un amour, au premier plan devant comme derrière la caméra. Ce qui lui a valu un Valois de la mise en scène à Angoulême. Elle sera au générique du biopic Madame Claude de Sylvie Verheyde.



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INSOUMIS TRANSGENERATIONNEL





Ils sont nombreux les cinquantenaires à avoir fait les 400 coups lors de leur fugueuse jeunesse, imposant leur soif d’absolu libertaire face à un système rigide et rangé n’invitant fermement qu’à dupliquer soigneusement le modèle évolutif maintes fois éprouvé. Ils sont évidemment bien peu à avoir survécu à tant d’impétuosité sans s’être rangés soigneusement dans un moule confinant les compromis progressistes bon teint qui sauvent les apparences et se résument le plus souvent par la mention générique bobo. Larry Clark serait un survivant, une sorte de Peter Pan du quotidien qui aurait renoncé à assumer le poids des années qui passent et les obligations respectables qu’on se fait un devoir d’empaqueter sous cellophane avec. Là où un Michael Jackson se réfugie désespérément dans le pastel friqué de l’enfance qu’il n’a jamais eue, Larry Clark, lui, a choisi de ne jamais quitter le « wild side » sur lequel il s’est engagé dans sa trouble jeunesse. Question d’intégrité, d’attachement à cette phase de la vie où tous les possibles demeurent envisageables, ou l’inexorabilité des choses n’implique pas le conformisme des situations ni la négation des aspirations aventureuses. Larry Clark aura donc passé le plus clair de son existence d’adulte à tutoyer les adolescents au plus près de leur intimité. Une identification profonde et spontanée plus qu’une véritable fascination que certains de ses compatriotes voudraient fréquemment assimiler à un penchant pervers inavouable. Le soupçon était inévitable, à partir du moment où le photographe adulé passait du cercle averti et marginal des galeries d’art branchées au support populaire cinématographique. Car l’apparition remarquée de Kids au festival de Sundance en 1995 n’était qu’une étape dans un parcours déjà long et sinueux de l’amoureux de l’image vérité qui ne se satisfait d’aucun compromis.

Né en 1943 au fin fond de l’Arkansas, Larry Clark découvre rapidement les joies du boîtier. Sa mère photographe lui donnera le goût du métier et l’envie d’immortaliser ses modèles dans le dépouillement de leur essence naturelle (des bébés nus). L’innocence ne le tenaillera pas trop longtemps, la suite de son vécu le conviera à se livrer à un certain nombre d’expériences plus ou moins répréhensibles mais pouvant conduire néanmoins jusqu’à la taule. Elles nourriront au fil des années de multiples expositions cultes relayées par des livres. Tulsa, Teenage Lust et plus récemment The perfect childhood. Points communs des clichés, des teenagers en perdition dont l’ordinaire se partage entre sexe, drogue et guns. Instantanés en rupture avec une vision idyllique d’une jeunesse qui carbure au positivisme productif américain. Inacceptable ? Inacceptable pour Larry Clark de devoir cacher une réalité hautement représentative d’un mal de vivre récurant, sous prétexte que les tabous doivent rester éternels puisque si confortables. Certains pubeux s’en accommoderont, récupérant le style pour vendre des produits de luxe sous le prétexte Chic Héroïne, d’autres éprouveront beaucoup plus de difficultés à se confronter à ce reflet brut mais sensible d’une Amérique pubère et sexuellement active qui se cherche désespérément une destinée dans ses symboles de plastique et dans ses espoirs déçus. Les cinéastes qui comptent ne s’y tromperont pas eux, lorgnant fréquemment sur son book. De Scorsese à Gus Van Sant, en passant par le pape frondeur de l’underground US John Waters, chacun reconnaîtra le talent évident de Larry Clark et nul ne s’étonnera de le voir rejoindre leur rang.

Hollywood ne sera pas forcément un terrain propice pour coucher sur pellicule son univers, mais le rebelle apprendra à saisir les opportunités pour concrétiser au travers de quatre films (+ Teenage Caveman, un téléfilm commandé par HBO, remake outrancier d’un série B de Corman) et en un peu moins d’une décennie; ce qui constitue déjà un cheminement unique dans la culture d’Outre Atlantique. Une filmographie non pas dictée par la réussite, mais par le simple besoin de créer en accord avec ses convictions dans le milieu qu’il s’est choisi, le tout armé d’une sincérité à toute épreuve. Concessions minimales, il n’hésitera pas à coller un bourre pif au distributeur anglais de son petit dernier Ken Park, quitte à en compromettre la bonne exploitation, après que celui-ci lui ait tenu des propos racistes particulièrement extrémistes. On est entier ou on ne l’est pas. Loin de glorifier le glamour rock trashy qu'on adopte généralement pour prendre la pause intimidante, les modes de vie qu’il expose hors de l’establishment à travers son cinéma sont invariablement des voies sans issue que ses héros n’empruntent qu’en désespoir de cause. Nihiliste, il se fait un devoir de montrer les choses telles qu'elles sont, sans mascara, sans tricherie, sans présomption de proposer des raccourcis de solutions mais guettant juste une réaction, une réanimation.
Ce n’est donc définitivement pas dans le fauteuil rembourré d’un studio de production qu’il faudra chercher le grand frère des sales gosses de l’Amérique (pourtant père de deux ados), mais sur une piste de skate, mordant maladroitement le béton sous les regards incrédules bien qu’admiratifs de la faune à roulettes, dans les rues de New York accompagné de son inséparable comédienne Tiffany Limos qui devrait signer le script de son prochain film.

petsss


 
 
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