Il est à l'affiche de Never Grow Old, mais aussi de Once Upon a Time in Hollywood: Emile Hirsch semble remonter la pente. Révélé avec Into the Wild en 2007, enchaînant les Wachowski, Van Sant, Ang Lee, Friedkin et Oliver Stone, il a, depuis six ans, été un peu perdu de vue. Il vient de terminer un thriller d'Alessio Jim Della Valle avec Jonathan Rhys Meyers, et un film d'action avec De Niro, Tommy Lee Jones, et Morgan Freeman. Il tourne actuellement le nouveau Mel Gibson réalisé par Michael Polish, Force of Nature.



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LE PATIENT ANGLAIS





Mike Leigh ne s'appartient plus.
Inévitablement associé à ses "confrères" Stephen Frears et Ken Loach, il forme au sein de ce trio l'essence même d'un certain renouveau du cinéma Anglais, en crise depuis la fin des années soixante-dix et le départ des metteurs en scène aveuglés par les sirènes de la renommée Hollywoodiennes (entre autres Ken Russell et Alan Parker).
Mike Leigh serait-il donc cloîtré dans cette catégorie particulière de "réalisateur social"?
Avouons que si l'étiquette paraît réductrice, son travail l'est autrement moins, nous offrant jusqu'à présent bien plus de petites perles que de malheureuses élucubrations démagogiques ou politiques. Riche en couleurs, en portraits attachants, en partis pris engagés et en scènes percutantes, le cinéma humaniste de Mike Leigh se cuisine à toutes les sauces sans jamais attacher, véritable bijou de fluidité et d'humour, il sait jouer sur la corde sensible des émotions en pimentant le tout d'une pincée de rire cynique et jouissif.
Non, Mike Leigh ne fait pas exactement dans le cinéma "social", même s'il en fait partie. Au travers de sujets dits " de société" (le métissage et l'adoption, l'avortement...), Mike Leigh propose sa propre définition d'un nouveau genre qui n'appartient qu'à lui ; en somme, un cinéma "personnel".

Comme pour Frears et Loach, l'aventure cinématographique de Mike Leigh débute dans le monde de la télévision pendant la création de la quatrième chaîne Anglaise : Channel 4.
En pleine crise sociale issue de la politique réactionnaire de Margaret Thatcher, Channel 4 organise une forme de lutte contestataire en produisant des téléfilms qui témoignent sans complaisance du délabrement d'une Angleterre qui atteint des records de taux de chômage.
My Beautiful Laundrette, un téléfilm de Stephen Frears sorti en salle durant l'année 1985, en est le représentant le plus éloquent, lequel remporte un vif succès auprès du public qui confortera la chaîne Channel 4 dans son nouveau régime de production cinématographique.
Durant la dizaine d'années qui s'en suivent, le cinéma traditionnel Anglais placé sous le signe de la comédie à l'humour absurde et désopilant, disparaît, pour laisser la place à un cinéma teinté de réalisme parfois sombre et plus grave, sans pour autant en perdre le sens de l'humour (The Full Monty en est la preuve évidente). Après l'échec de son premier long-métrage en 1971 (Bleak moments), Mike Leigh embrasse une carrière de réalisateur télé pendant plus de 14 ans avant de retrouver chez Channel 4 la confiance des producteurs qui l'aident à financer High Hopes, sorti en 1988. Tout est dans le titre.
Cette chronique amusante, sensible et insolente de trois couples Londoniens incroyablement distincts apparaît, sous des dessous chatoyants, comme un des films les plus grinçants envers le régime politique de Margaret Thatcher.
Suivent en 90 et 92 Life is sweet (c'est ce qu'on croit après chacun de ses films) et un autre téléfilm, A sense of History, qui n'auront d'autres répercussions que d'accroître la reconnaissance des producteurs et du public envers le talent satyrique et sensible de Mike Leigh, qui, après Naked en 1993, connaît la consécration avec Secrets et Mensonges pour lequel il reçoit la palme d'Or Cannoise 1996. La contestation vaudra pour ce film qui osera battre Breaking the Waves de Von Trier. Mais entre les deux films, les larmes rivalisent, à profusion. Et la sensibilité de Leigh l'emporte sur le macchiavélisme du Danois. Il retrouvera la Croisette en 2002 avec All or Nothing, chronique peu ordinaire d'un monde en détresse. Venise, par ailleurs, le couronnera pour son magnifique Vera Drake. Portrait de femme (encore), de marginale. Le cinéma de Mike Leigh nous emporte avec sa compassion, sans jamais juger. Mais il est aussi dur, honnête, moral, dans le sens intègre du terme. C'est ce qui le rend proche et universel.

Magnifique fresque contemporaine sur les liens familiaux qui s'entredéchirent dans le mensonge et l'inavouable, Secrets et Mensonges dépeint avec minutie les sentiments les plus fugitifs au travers d'une interprétation impressionnante de justesse. Mike Leigh prend le contre- pied de la violence désabusée de Naked pour observer et retranscrire avec le coeur la dégradation de la société Anglaise comme celle du noyau familial, de cette difficulté de communiquer et des rancoeurs qui perturbent un équilibre si fragile, le tout dans un climat volontairement plus optimiste.
Trop rarement un tel panel émotionnel n'a été si finement observé, flirtant entre les eaux sombres du mélodrame poignant et les eaux lumineuses d'un grand moment de cinéma dont on ressort avec un sourire figé. Lui n' pourrait pas travailler à Hollywood. Il adopte une méthode mélange d'improvisation et de professionnalisme. Celui d'un casting, toujours plus qu'impeccable. Oscarisable même!
Mike Leigh, un peu à la manière de Wong Kar Wai, travaille sans scénario construit, développant celui-ci au jour le jour, et exposant chaque fois les acteurs à leur personnage sans qu'ils sachent réellement ou celui-ci va les mener, ni comment les autres acteurs vont réagir. Ce naturel lié à ce cadre de jeu qui tient de la performance apporte au film une authenticité troublante qui implique davantage le spectateur aux côtés des acteurs.

Leigh réalise dès l'année suivante Deux filles d'aujourd'hui qui passe pratiquement inaperçu au sein du public qui l'acclamait un an auparavant. C'est pourtant par le biais d'une comédie légère et sympathique que le réalisateur se remet doucement de ses émotions Cannoises.
Cette histoire d'amitié entre deux amies de longue date durant un week-end évite habilement le pensum assommant sur le temps qui passe et la nostalgie mièvre pour laisser la place à un récit qu'on pourrait lire comme une métaphore de l'Angleterre entre l'époque Thatcher et celle de Blair.
À peine Mike Leigh eut-il retiré ses palmes qu'il lui faut replonger dans la folie Cannoise en 1997 en tant que Jury. Sa reconnaissance de cinéaste trouve là, selon ses dires, une valeur bien plus éloquente encore qu'en recevant le prix suprême de la compétition.
Après trois ans d'absence et pour son entrée dans le nouveau millénaire, Mike Leigh nous offre Topsy-Turvy, un film en costume dans la plus grande tradition du cinéma Anglais. Étonnant, mais en rien surprenant car même si les films de Leigh ne laissent aucunement présager une expérience de ce type, le réalisateur n'en délaisse pas moins les thèmes qui lui sont chers. Les costumes, décors et projecteurs imposent une apparence et une personnalité qui se transforment une fois les avatars tombés. Un personnage change du tout au tout entre la scène et les coulisses. Comme toujours, les masques tombent pour laisser apparaître la vérité. Métaphores habiles et ironies subtiles sur ses propres réflexions de créateur ; ce duo de chorégraphes d'opérettes dans le Londres du 19e aux prises avec l'échec retentissant d'une de ses pièces va devoir faire face à la cruauté de la critique et à la tension qui s'installe entre eux. Décidément, dans le jeu des étiquettes, ce metteur en scène en possède bien davantage que celle de "réalisateur social".
Après le magnifique All or Nothing, entre rêves et réalités, Mike Leigh plonge dans l'histoire britannique avec ses contradictions morales. Une petite faiseuse d'anges qui vit au milieu d'hommes anéantis par la guerre donne à Vera Drake un esprit hanté, un monde pacifié. Mike Leigh est le seul cinéaste à nous toucher avec une telle justesse, à nous voler nos émotions avec notre consentement. Du sourire aux yeux embués, les spectateurs traversent toute une vie en moins de deux heures de cinéma.
Il faut dire que Mike Leigh possède un secret : il sait prendre son temps sans avoir à le perdre. Et du coup, nous, on le savoure...

romain, vincy


 
 
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