Anaïs Demoustier, parole franche et regard sincère, enchaine les tournages. A 3-4 films en moyenne par an depuis 2010, elle est même l'actrice la plus prolifique du cinéma français, passant de Honoré à Lvovsky, de Foenkinos à Guédiguian, en passant par la série tv Paris, etc. A l'affiche de Cornélius, elle est attendue dans Au poste de Quentin Dupieux, Deux fils de Félix Moati, Sauver ou périr de Frédéric Tellier et La fille au bracelet de son frère Stéphane.



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Portrait d’un homme qui ne vous laissera pas de marbre





Il commence le cinéma après Charlie Chaplin. Il réalise moins de films qu’Harold Lloyd. Et pourtant Buster Keaton possède un style burlesque plus développé et spectaculaire que n’importe quel autre artiste de son époque. Car il n’aura eu de cesse tout au long de sa carrière d’explorer les voies du cinéma burlesque et plus précisément du slapstick. Pendant que Chaplin construit un empire et intègre de plus en plus souvent des thèmes sociaux et politiques à ses films, s’éloignant alors de ses origines du music-hall, et pendant que Lloyd part à la conquête des gras de ciel, Keaton, lui, ne cesse de mettre son corps à contribution.

Surnommé Malec ou Frigo en France,replica watches Buster Keaton créé un personnage qui ne sourit jamais et dont les intentions, les origines ne sont pas toujours très claires. En vérité, Keaton n’incarne jamais véritablement un personnage, qu’il porte son costume usuel ou qu’il endosse celui d’un milliardaire (cf. The navigator). Il demeure au stade de la figure. Une figure qui part à la rencontre du monde et de l’impossible ! Cela peut paraître surréaliste, mais c’est bien là le fondement même de son cinéma. Il va si loin dans le burlesque qu’il peut et se permet toutes les fantaisies. Si par exemple, Chaplin fait attention à toujours rester rationnel, Keaton franchit aisément la limite et on peut le voir tracer un crochet à la craie sur un mur pour ensuite y suspendre son chapeau !

Ainsi, bien qu’il débute avec une grande star du burlesque « classique », Roscoe Arbuckle (avec qui Chaplin avait fait ses débuts au cinéma en 1914 chez Mack Sennett, à la Keystone), Buster Keaton s’affranchit très vite des traditionnels codes du genre. Peu à peu, il fait preuve d’une grande maîtrise de l’espace cinématographique et des infinies possibilités que la caméra lui offre sur le plan formel. Son corps doit alors être au service de la caméra. Il est cette petite figure qui affronte des géants de fer : le navire dans The navigator ou la locomotive dans The General, sans parler des foules immenses qui se jettent à sa poursuite, que ce soit dans Cops ou dans Les fiancées en folie. Buster Keaton voit grand, toujours plus grand. Il met son corps au défi face à des forces toujours plus puissantes et présentes. Des forces qui remplissent l’écran pour le vider l’instant suivant.

Il y a dans le cinéma de Buster Keaton deux mouvances qui parfois se mêlent et parfois s’opposent. Il y a d’un côté, le Buster géomètre qui fragmente, divise et organise l’espace filmique et le Buster poète qui laisse libre court à l’expressivité de son corps. Un corps qui court vers une forme de liberté. Un corps qui prend possession des lieux, qui saute, plonge, grimpe, tombe et rebondit. Un corps plus vivant et malléable que jamais. Un corps agile, droit et souple. Un corps aux performances inégalables. Un corps qui a été maintes fois meurtries par des chutes et des accidents de tournage, mais jamais Buster n’aura eu recourt à de quelconques protections. Lorsqu’Harold Lloyd grimpe en haut d’un building, des filets de sécurité sont mis en place. Lorsque Keaton se jette du haut d’un immeuble ou dévale une colline, il garantit l’intégrité cinématographique en filmant en plan large. Aucune tromperie. Aucune duperie. Il affronte à bras le corps les éléments, qu’ils soient naturels ou créés par l’homme. C’aura été le grand combat de sa carrière, partir à l’assaut, se frotter contre les puissances de ce monde. Il aura ainsi démontré de quelle façon la nature apparaît belle et maîtresse sur Terre et comment les constructions de l’homme ne servent qu’à une chose, transformer un peu plus l’humain en machine. Car c’est par la mécanique de ses mouvements que Buster Keaton tend à démontrer ce vers quoi va le monde moderne.

Qu’il se nomme James Shannon ou Johnnie Gray, qu’il soit courtier en bourse ou simple mécano, le personnage keatonien existe bel et bien. Il possède une tenue vestimentaire qui lui est propre mais sa caractérisation reste lacunaire et n’atteint pas l’aboutissement de celle d’un Charlot par exemple. C’est sans aucun doute la différence majeure entre les deux burlesques. Chaplin a toujours privilégié l’histoire et le personnage tandis que Keaton s’est penché davantage sur le corps au cinéma et sur les moyens cinématographiques possibles pour mettre ce dernier en valeur. Keaton acteur a cherché à développer au maximum ses capacités physiques hors du commun tandis que Keaton metteur en scène, avec son esprit de géomètre, n’a cessé d’aller toujours plus loin dans l’étude du cadre filmique et des possibilités qu’offre une caméra.

C’est peut-être cela le cinéma de Buster Keaton : un corps qui imprime sa foulée rapide dans le sol, qui tombe et dégringole de façon concrète, mais également un corps aux mouvements parfois inexplicables et à la symbolique abstraite. Et parfois les deux se mélangent dans un seul plan, ne faisant plus qu’un. Buster Keaton, avec modestie, s’est toujours cantonné à dire qu’il faisait « simplement » des films burlesques et qu’il fallait y voir aucune symbolique quelconque, aucun double sens, mais plutôt l’image d’une qualité plastique remarquable. Il est le seul cinéaste burlesque à s’être autant attaché à développer l’impression de sa figure sur l’écran cinématographique, à en avoir améliorer les capacités, les possibilités grâce à la mise en scène et à son travail d’acteur.

Bien plus qu’un observateur des évolutions de la société, bien plus qu’un critique du monde qui l’entoure, Buster Keaton est un technicien du cinéma qui a exploré les capacités de ce dernier en soumettant à la caméra son plus bel objet, à savoir son corps. En refusant d’avoir recours au gros plan ou au plan rapproché, il a créé son propre style, démontrant une dextérité de cadreur lorsqu’il s’agit par exemple de filmer une action sur une locomotive lancée à pleine vitesse et illustrant ses extraordinaires aptitudes physiques.
Et d’ailleurs, Keaton ne s’est-t-il pas amusé des possibilités créatrices du cinéma dans ce court métrage, The Play House, où il dupliquait sa figure à l’infini ou dans Sherlock Junior où il se fait bousculer par le montage, passant tour à tour d’un plan de désert à un plan de bord de mer.

Il n’aura malheureusement pas réussi à garder son intégrité d’artiste. Le son n’est pas fait pour lui, car il n’est qu’un corps. Il n’est pas fait pour s’exprimer ou exprimer la moindre émotion. Keaton ne ressent rien, ou pas grand-chose. Ce n’est qu’une masse vivante qui arpente la société de son temps, rebondissant sur ses défauts mais ne se brisant jamais.

Benjamin


 
 
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