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Mai 2007

BALLACINER
Boy Shy

Ballaciner, de J.M.G. Le Clézio, préface de Gilles Jacob
Editions Gallimard, publié le 10 mai 2007

Ballaciner est une sorte d’invitation : aux souvenirs, à l’évasion, à ces ballades mentales et sensorielles qui nous emmènent au loin tandis que nous sommes vissés à notre fauteuil. La plume lyrique et parfois emphatique de J.M.G. Le Clézio se met au service de ses impressions de spectateurs et même de cinéphile assez averti. On trouvera parfois que le commentaire est trop subjectif pour être une critique honorable, que les films élus sont souvent élitistes. Mais son amour du cinéma, et donc sa fascination des images, la psychanalyse qu’il en fait, de la part d’un homme d’écrit, permettent un vibrant éloge, inhabituel et réjouissant.
De Harold Lloyd àMizogushi, de Ozu aux coréens d’aujourd’hui, en passant par le néoréalisme italien, Le Clézio nous fait son cinéma, avec grâce et délectation. Le plaisir qu’il a d’évoquer ces images qui le hantent, ce désir de vouloir comprendre pourquoi ça l’habite, cette envie d’aller voir les décors des uns ou de rencontrer les autres, démontrent une infinie passion pour cette chambre magique. Il fait sa déclaration d’amour au fantastique, à l’irréel, à ces visages étrangers si familiers. De son histoire personnelle, il tisse un roman historique du cinéma. De son destin de spectateur, il trace des liens invisibles, remuent des vagues sentimentales pour rendre un lecteur complice et pour raconter des histoires d’ailleurs, comme il les aime par ailleurs. Il est rare de voir un essai sur le cinéma si romanesque, donc si cinématographique, et si bien écrit. Dans sa préface, Gilles Jacob, président du festival de Cannes, évoque sa rencontre avec Gide, ses amitiés amoureuses avec la littérature. Manière d’introduire parfaitement, par un jeu de miroir équivoque, les amours platoniques de Le Clézio pour des actrices japonaises, un gag hollywoodien des révoltes italiennes, l’humanité suintante d’un cinéaste iranien. Mais ce n’est pas une incitation au voyage. Ce n’est pas la compilation de tickets de cinéma. Ce sont des mots pour décrire, expliquer ce que l’image peut et le verbe ne peut pas, ce que le cinéma imprime dans nos têtes et ce que les livres ne parviennent pas à créer les mêmes sensations à nos yeux.
Ballaciner c’est l’hommage au plus grand des arts. Au plus compliqué (il est collectif et cher). Il s’agit ici non pas de se complaire dans l’illustration du réel, mais de se laisser voguer dans les songes inconscients. Nuager est ainsi le néologisme le plus proche de ce qu’il ressent devant l’écran… bleu.

- aristo-fan    


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