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Mai 2009

LA VIE PASSERA COMME UN RÊVE
Ma vie est un roman...

La vie passera comme un rêve, de Gilles Jacob
paru en mars 2009 aux éditions Robert Laffont

Ecrire ses Mémoires est un exercice difficile. Car il oblige à révéler une part d’intime, son jardin secret, tout en n’y brûlant pas son âme, qui serait, ainsi, exposée à trop de lumières. Gilles Jacob a fermé la porte à certaines parts de lui-même : son mariage, ses enfants, ses opinions politiques. Mais il révèle le reste.
Rien ne semblait prédestiner Jacob à recevoir les géants du 7e Art en haut des marches. Le Président du Festival de Cannes se raconte. Les faits, entêtants, au point, parfois d’en avoir des cauchemars, des migraines, des angoisses. Son judaïsme l’a poussé à vivre reclus dans un couvent du Vercors pendant la seconde guerre mondiale, son héritage l’a conduit à diriger une filiale d’une société industrielle américaine, son plaisir immodéré de la littérature l’a amené à écrire un premier roman, pour finalement se consacrer au journalisme.
Tous ces morceaux de vie s’entrecroisent, vont et viennent dans le temps, ne suivent pas d’ordre chronologique, sont ponctuées par une anecdote croustillante ou une confession intrigante ayant rapport au cinéma.
L’autobiographie n’est pas avare en révélations, précisions, justifications. Du comptage des voix en trois tours par le jury de 1994 (Eastwood/Deneuve) aux caprices et manigances des réalisateurs (Coppola, Scorsese) se comportant comme des divas, en passant par la Sélection de 79, qu’il considère comme la meilleure de sa carrière, Gilles Jacob a tout consigné, et jubile de rappeler les faiblesses des uns et l’admiration qu’il a pour les autres. Car tout est affaire d’affect, de diplomatie, de chance, de malchance aussi.
L’itinéraire de cet enfant gâté par le cinéma l’a conduit de sa passion de cinéphage à la cinéphilie amateure, puis à la critique et au journalisme pour aboutir au poste de Délégué Général adjoint du Festival de Cannes. Le festival est alors en pleine tourmente politique, pas loin d’un déclin artistique, dévoré par son immobilisme poussiéreux. Les circonstances l’amèneront à prendre le gouvernail, notamment cinématographique, à inventer de nouvelles règles, de nouvelles directions. C’est son mérite : ne pas avoir laissé la Quinzaine avaler les nouveaux talents, avoir redonner un second souffle, et moderniser les critères de sélections, à la Compétition. Il reconnaît aussi quelques erreurs, notamment le nom mal identifiable et trop poétique d’Un Certain Regard.
Au delà de ces chroniques de la Croisette, tout cela révèle que Cannes demeure au fil des années une mécanique complexe et hasardeuse. Si, après avoir gravit toutes les marches, Jacob s’est éloigné de son métier de critique cinématographique, il lui reste un point de vue singulier qui accentue cette acuité si prisée qu’il a sur l’avenir du cinéma. Ses discours méritent souvent qu’on s’y attarde.
Mais nul ne doutera après lecture comment Cannes a pu le dévorer. Sa passion, sa vie, le cœur de son action. Comme toujours, la plume reprend le dessus, et décrit ce qu’il y a derrière le masque d’un garçon qui rougit à l’idée de décorer Sharon Stone. Une leçon à méditer pour tous ces blasés qui envahissent la Croisette mais ne peuvent s’empêcher d’y revenir.

- vincy    


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