
À Londres, Mike vit dans la rue, il va de petits boulots en larcins, jusqu’au jour où il se fait incarcérer. À sa sortie de prison, aidé par les services sociaux, il tente de reprendre sa vie en main en combattant ses vieux démons.
L’acteur Harris Dickinson a quitté le fashion show de Triangle of Sadness pour passer derrière la caméra. Et pour ceux qui ne voyaient en lui qu’un beau gosse de défilé, son premier long métrage, Urchin, se veut l’exact démonstration qu’il se fout des apparences et du superficiel.
Urchin c’est un nom anglais pour désigner un gamin des rues. En l’occurrence Mike, jeune homme qui cherche à sortir d’une spirale descendante : toxico, sdf, voleur, bagarreur… On ne saura jamais vraiment ce qui l’a conduit dans cette impasse. Sans toit, ni foi. La survie a un prix, cher à payer parfois. Frank Dillane s’empare avec justesse de son personnage. Le jeune trentenaire ici n’a pas vraiment d’âge. L’acteur n’est pas un inconnu : Tom Jedusor dans Harry Potter, il a aussi tourné pour Michael Winterbottom et Ron Howard [Il sera aussi du prochain film de Justine Triet, ndlr]. Il a surtout été remarqué dans la série Fear the Walking Dead.

Tout le film tourne autour de lui. Pas une séquence sans sa présence, son charmant minois. Avec justesse, Dillane plonge dans cet univers urbain sauvage où il cherche à s’adapter à défaut de réussir la tentative de l’apprivoiser.
Sauvez-le de lui
Dickinson le suit de près, de loin. Une errance sans fard et sans filtre. Que ce soit dans sa déchéance ou sa maladresse, son désarroi ou sa solitude, le sans-défense et sans-abri est filmé constamment dans sa vulnérabilité. Qu’il vrille (sous forme fulgurante) ou qu’il brille (de façons éphémère), on capte toujours ses soubresauts intérieurs. Qu’il se branle debout devant une table (vu de dos) ou qu’il s’endorme couché sur des cartons, Mike exhibe ses routines sans jamais se plaindre. Si bien qu’on évite le pathos. Le réalisateur préfère montrer le quotidien d’un homme exclu de la société, qui lui est globalement indifférente. Pourtant, de par son tempérament, il gâche aussi toutes les chances qui lui sont offertes. Ceux qui l’aident ne sont pas récompensés. Cela empêche toute compassion.
« Y a toujours des passages à vide. Soyons lucide. »
L’absence d’empathie pour le personnage aurait pu être un obstacle pour s’attacher à ce joli premier film. D’autant qu’une « vie de merde », ça ne fait pas rêver. Mais Urchin déploie quelques séquences qui permettent au film de ne pas sombrer dans le misérabilisme. Comme ce vortex qui nous entraîne d’une douche à une grotte, lieu de méditation où il peut respirer. Ou ces personnages secondaires attachants qui peuvent lui permettre d’être lui-même le temps d’une soirée festive. Il faut bien ça pour s’extirper d’un environnement miteux (rooftop bétonné pour la nuit, hôtel ringard, chambre de foyer triste).

Du malaise et du vertigo
En s’intéressant à un marginal, par essence instable, Dickinson aurait pu lui aussi se contenter d’un film socio-psychologique. Or il contourne tous ces pièges afin de se concentrer sur l’aspect humaniste de son récit. Sans les saillies de la comédie, cela rappelle le film Une époque formidable. Avec davantage de lumière et de chaleur, il fait aussi écho au Sans toit, ni loi d’Agnès Varda. Et puis Urchin flirte enfin avec The Fisher King de Terry Gilliam, sans le lyrisme.
Quoique. Subrepticement, le primo-cinéaste, sans doute pour mieux nous faire passer la pilule amère de cette destinée peu joyeuse, insuffle quelques doses d’onirisme. De quoi s’échapper du réel, sordide. Et même d’envisager « une grande évasion » de ce monde où même Jésus ne sauve pas les pêcheurs et où les archanges ne sont pas bienveillants. La fin est-elle pour autant salvatrice? Dans tous les cas, Urchin a les allures d’un psaume qui ne cherche ni pardon ni rédemption. Il s’agit plutôt d’un poème ou d’une prière pour les misérables petits humains délaissés par ce monde moderne…
Urchin
Cannes 2025. Un Certain regard.
1h39
En salles le 11 février 2026
Réalisation et scénario : Harris Dickinson
Musique : Alan Myson
Image : Josée Deshaies
Distribution : Ad Vitam
Avec Frank Dillane, Megan Northam, Amr Waked, Karyna Khymchuk, Shonagh Marie,
Harris Dickinson...
