Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


Fox  

Production : Gordon Carroll, David Giler et Walter Hill, 20th Century Fox
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Dan O'Bannon, Ronald Shusett
Montage : Terry Rawlings
Photo : Derek Vanlint
Décors : Michael Seymour
Musique : Jerry Goldsmith
Effets spéciaux : H.R. Giger, Carlo Rombaldi, Moebius, Chris Foss
Durée : 119 mn
 

Tom Skerritt : Dallas
Sigourney Weaver : Ripley
Véronica Cartwright : Lambert
Harry Dean Stanton : Brett
John Hurt : Kane
Ian Holm : Ash
Yaphet Kotto : Parker
Alien : le huitième passager
 

 
 
Alien (director's cut)


USA / 1976

12.11.03
 

La genèse d’Alien aurait pu rester à son état de sympathique blague de potache. De celle qui avait en prime abord germé dans l’esprit gaillard de Dan O’Bannon et de son pote John Carpenter pour leur délirant film de fin d’études, une comédie S.F intitulée Dark Star, tournée avec trois bouts de ficelle et qui finalement n’avait fait rire personne… Si Dan O Bannon, relativisant cet échec, n’en n’avait conclu que chacun possédait un humour différent, là où la peur, au-delà des phobies, est la résultante d’une source généralement commune : celle du noir, de l’inconnu, du croquemitaine dans le placard. Et de décider qu’à partir d’une trame identique à celle de Dark Star, il fallait en prendre le contre-pied et remplacer le ballon de baudruche extra-terrestre qui pourchassait leurs hippies de l’espace par une créature combien plus sournoise et explicitement dangereuse. Fort de cette idée, Dan O’Bannon se met à l’écriture et, coincé au premier tiers, appelle à la rescousse son ami et scénariste Ron Shusset qui sue alors sang et eau à Paris sur une adaptation de Total Recall. Je t’aide sur Total Recall et tu m’aides sur Alien, propose O’Bannon. Occasion surtout pour lui de trouver un endroit où dormir puisque, ruiné par l’aventure Dark Star et démis de ses fonctions de conseiller en effets visuels sur l’adaptation avortée de Dune par Alejandro Jodorowski (dont Salvadore Dali était le concepteur artistique), tous ses biens sont dans un garde-meubles à Hollywood. Il rejoint donc Shusset dans notre belle capitale, s’installe sur le sofa, et dort une semaine sans interruption pour riposter à sa dépression latente. Au réveil, il fait un bref aller-retour à L.A pour récupérer sa machine à écrire et se met, avec Shusset, à la conclusion de ce qui allait devenir la version actuelle d’Alien. « Une fois l’idée de l’éventration de Kane par le germe de la créature, la suite allait de soit », avouera Shusset quelques années plus tard. Ce dernier range donc pour l’heure Total Recall dans un tiroir et s’attache d’arrache pied au huitième passager.





Fort du récent succès et de l’aura financier de La guerre des étoiles, la Fox signe le script pour 4,2 millions de dollars. Ridley Scott, jeune réalisateur couronné de Lauriers pour son récent Les duellistes et en quête de projet, tombe à la renverse en lisant le scénario : « Je veux le faire ! ». Reste à concrétiser à l’image les rêves et cauchemars audacieux de ses scénaristes. Pour O’Bannon, la mésaventure de Dune se révèle finalement inspiratrice. Lors de la préparation, Jodorowski s’était rendu à une exposition parisienne du suisse Hans Rudi Giger et en avait ramené un livre dont les dessins émurent, impressionnèrent et perturbèrent O’Bannon au point de penser à lui pour la conception du monstre. Fallait-il oser ? Ils osèrent, et c’est ainsi qu’O’Bannon et Suchett se retrouvèrent dans un bistrot de Zurich à écouter les poèmes de la muse du peintre, ce dernier au piano, soutenant que les os de squelette sur les murs appartenaient à sa défunte épouse. OK pour l’ambiance! Deux planches de Giger, plus particulièrement, retiennent l’intention des scénaristes qui s’empressent de les montrer à Scott: elles appartiennent à une série intitulée « Les nécro-gnomes » et décrivent des extra-terrestres bio-mécaniques ; le n°4 n’a pas d’yeux, le N°5 possède des tuyaux et des tubes à l’arrière. «Je n’ai jamais été autant convaincu d’une chose de toute ma vie », se plait encore à jurer aujourd’hui Ridley Scott. «C’était notre Alien et rien d’autre». Le studio partage son engouement au point de doubler le budget à la seule vue des esquisses ! A la recherche d’un look japonisant à la samouraï, pour les casques et les costumes, la production engage le français Jean « Moebius » Giraud (« L’Incal », « Blueberry »).

Les décors sont construits et gardés au grand secret dans les studios de Shepperton. Un cimetière d’avions fournit les pièces détachées de ce qui constituera l’intérieur et les multiples couloirs du vaisseau que Ridley Scott fait repeindre à plusieurs reprises au grand dam de la Fox. Il en fait aussi rabaisser les plafonds, insistant sur l’aspect claustrophobique qu’il veut rendre à l’image, ne laissant à la très grande Sigourney Weaver qu’une marge de deux centimètres avant qu’elle ne se cogne. Pour la séquence des oeufs, un chargé aux abattoirs ramène chaque jour intestins, cœurs et fois de veaux pour les remplir. Pervers, Scott tient à garder non seulement le secret sur sa créature définitive aux autres comédiens, mais de ce qu’il advient réellement de John Hurt et de ce qui va en sortir lors de la séquence de l’éventration. Au « moteur », tout le monde tremble : les techniciens par crainte que l’effet ne fonctionne pas, les acteurs de ce qu’on leur a concocté. Le second essai est une réussite. La peur et le dégout qui se lisent sur les visages à l’écran ne sont pas les seules résultantes d’un jeu de scène… Aux rushes, on projette 40 mn sous multi-angles de la séquence. Le chef-opérateur, qui a pourtant tout filmé, sort pour vomir. Ron Cobb, le concepteur artistique, se trompe de voiture, et se met au volant d’une rouge alors qu’il en possède une grise. Il se peut bien qu’on tient là quelque chose… Craignant de faire un film avec un simple acteur revêtu d’un costume de monstre en caoutchouc, Scott engage Carlo Rombaldi (plus tard papa de E.T.) pour la conception mécanique de la tête de l’Alien et de sa machoire rétractile avec des morceaux de capote en latex pour les lèvres. On repère dans un bar du village avoisinant un type de 2, 20m de hauteur, Bolaji Badejo, vêtu d’un tweed et d’une cravate. Il est masaï et possède un corps longitudinal et fort mince. « Tu veux faire du cinéma ? ». Ravi de montrer son minois, le pauvre gars se retrouve à devoir supporter plusieurs kilos sur les épaules et un costume multi-pièces sans aération sous une chaleur étouffante. Sa prestation lui vaudra plus tard le rôle de Prédator. Pour la Une des magazines, c’est râpé (il est depuis décédé). Scott annonce désormais l’heure pour ses comédiens de découvrir leur bourreau, dissimulé derrière une porte. On leur sert un cognac avant la rencontre. Sigourney Weaver refuse, entre, ressort, et en réclame un qu’elle boit cul sec…

Reste à savoir si l’effet sera identique sur les spectateurs. Assistant à une projection, Scott aperçoit quelques gaillards se glisser entre les fauteuils pour fuir la salle. On se bouche les oreilles, les yeux, maudissant le fait que l’on n’ait que deux mains, on hurle, on crie « non ! » et « attention ! ». Avec plus de 100 millions de dollars au box-office international, la Fox tient là une nouvelle franchise. Elle la décline en s’adressant chaque fois à un cinéaste à l’imaginaire visuel marqué : James Cameron en 1986 pour Aliens, David Fincher en 1992 pour Alien 3 et Jean-Pierre Jeunet en 1997 pour Alien Résurrection, alors que se tourne actuellement au Luxembourg un Alien contre Prédator réalisé par Paul Anderson. Il y a deux ans, la Fox et Ridley Scott décident en commun de ressortir le film avec un nouveau négatif, un mixage son original sur 6 pistes, et un montage incluant plusieurs plans et une séquence entière non incluse dans l’original. Question peut-être, d’enfin nous entendre crier dans l’espace…
 
arnaud
 
 
 
 

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