Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Camping à la ferme


France / 2005

29.06.05
 



Terreur dans le terroir





Personnellement, chuis pour la musique classique parce que dans classique y a classe, alors que dans rap, y a rap

. D’un côté, six racailles à la tête dure, enfermées dans leur monde et dans leurs codes, en route pour la campagne parce que c’est ça ou la zonzon. De l’autre, des agriculteurs bourrus, un peu limités, un peu xénophobes. Le ring : un petit village de la France profonde, où vont s’affronter ces Français d’en bas. Les vannes et les coups tordus font office de gants de boxe. Ca pourrait tourner au vinaigre, grave tu vois, mais que dalle. Au lieu de tomber dans les clichés les plus éculés et d’en rester là, Jean-Pierre Sinapi les utilise de façon ultra-caricaturale pour nous en éloigner après nous avoir bien fait marrer.

Il nous rappelle que pris un à un, ces petits mecs de cité – pardon, de tess, ont un cœur gros comme ça, que ce sont des ados comme les autres, qui se cherchent, se cachent derrière une insolence pare-balle et une tchatche à toute épreuve. Loin de son environnement naturel, le jeune de banlieue met un peu de temps à s’acclimater à la verdure et à l’oxygène (quand il y en a trop, il tombe dans les pommes, ranimé par les exhalaisons d’un bon vieux pot d’échappement) mais il finit par y arriver. Quand on l’observe comme ça, en plein air et non dans une cage d’escaliers ou un hall d’immeuble, il devient même attachant. Le premier ne peut résister à une léchouille de son pit chéri, le second est hyper sensible à son allure (costard de businessman avec portable autour du cou), le troisième craque sur la petite fermière du coin, le quatrième refuse de toucher une seule pierre de l’Eglise, parce que c’est « haram » et finit pas faire le muezzin depuis le clocher… Tous sont à la fois énervants, drôles et touchants. Évidemment, on est loin de grands rôles de composition, les six petites frappes ayant été recrutées en banlieue, mais on peut déjà les féliciter d’être sortis de leur rôle de durs à cuire pour jouer le ridicule, la sensibilité, l’émotion. On imagine que les impros n’ont pas été de tout repos pour les scènes de ce type. Mais on se rassure en se disant que ça a dû fuser pour les dialogues à base de grosses vannes bien crues ( « Vous êtes rentrés comment sur le territoire ? Par la chatte à ma mère »…).

À l’inverse, les gens de la campagne ne sont pas filmés comme un groupe dont les individualités se distinguent petit à petit. Caractères peu évolutifs, ils sont principalement là pour refléter une réalité sociale qu’on évoque finalement assez peu, en dehors des téléfilms et des séries « de proximité » de France 3 (la chaîne est d’ailleurs co-productrice du film). Il y a là le petit méchant (impayable Dominique Pinon), xénophobe par ignorance et donc par préjugés, et la mairesse dont les dents rayent le parquet, prête à tout pour s’élever sur l’échelle de la reconnaissance républicaine et de la notabilité départementale. Il y a aussi le paysan nonagénaire qui chaque année laboure son champ sans rien y semer, pour continuer à cacher dans ses bas de laine ses subventions européennes, la femme du boucher qui s’ennuie à mourir dans ce bled paumé et saute sur le premier venu…

Le couple Amar / Anaïs fait le lien entre ces deux mondes. Roshdy Zem nous sert une prestation binaire (il est énervé / il ne l’est plus et il drague), tandis que Julie Delarme joue plutôt bien la petite fermière à la fois douce et volontaire, franche et mystérieuse. Bref, elle est fraîche. Enfin, elle est bonne quoi… Les deux personnages qu’ils interprètent apparaissent comme le modèle d’humanité de Jean-Pierre Sinapi. Des êtres tolérants, sans préjugés, ni réacs ni laxistes, patients malgré tout, généreux avant tout. Une comédie sociale, donc, pour ce troisième film sans grande prétention, mais qui réussit à faire dans la légèreté sans être vide de sens. À quand une redif sur France 3 à la place de Louis la Brocante ?
 
asha

 
 
 
 

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