Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Frozen River (Frozen River)


USA / 2008

07.01.2009
 



FARDEAUx





«- Et s’ils fouillent la voiture ? Tais toi et n’oublies pas que tu es blanche».

A la suite du court-métrage Frozen River (déjà avec Melissa Léo et Misty Upham), présenté au New York Film Festival de 2004, la réalisatrice Courtney Hunt, consciente de détenir un sujet cinématographique assez fort, décide d’approfondir l’histoire et ses enjeux pour en faire le long-métrage éponyme récent Grand Prix au dernier festival de Sundance. L’homogénéité de l’œuvre est telle qu’il nous est impossible de déceler une quelconque greffe, fut-elle programmée de longue date. Il semble que le passage par le court vient plus d’un manque de moyens, que d’idées. En effet, Frozen River ne possède aucun acte gratuit légitimant cette rallonge, dont l’application, aussi bien narrative que thématique, nous saisit comme le froid glacé d’un hiver canadien.

Si Frozen River ne révolutionne pas un genre maintenant bien établi, il en assume la parenté, y apporte sa pierre et participe à la renommée justifiée du cinéma indépendant américain. Code, traitement, mise en scène, interprétation… tout renvoi à ce cinéma fictionnel proche des corps dont l’ancrage « réaliste social » se construit sans fioritures, ni complexe – les premières images de Ray fumant une clope, visage perdu, yeux boursouflés mais prête à se battre pour s’en sortir est, de ce point de vue, symptomatique.
Cette Amérique de la démerde et des laissés pour compte n’est pas un prétexte facile aux « larmoyances » d’une scénarisation qui surferait plus ou moins habilement sur la misère du pays le plus puissant du monde. Au contraire, il s’agit d’un constat poignant incarné par une femme et ses enfants à qui la vie ne fait pas de cadeau. L’ambiance au ton sec et abrupte ne se prête donc à aucun misérabilisme, ne se persuade pas non plus de suivre le chemin de l’apitoiement ou du mélange des genres. La rencontre entre deux identités (femme blanche / femme d’origine Mohawk), deux réalités (légaux / illégaux) et deux conditions (précarité / extrême pauvreté) se déroule dans le quotidien d’évènements perturbateurs, d’obligations en tout genre et d’opportunités hasardeuses. Ce côté implacable est distillé dans un climat au jour le jour parfaitement retranscris et ne cédant jamais aux rebondissements à l’emporte pièce – la peur d’un twist final bancal a été, fort heureusement, évacué au profit d’une conclusion somme toute assez logique – ou aux effets narratifs à même de troubler ce choc des a priori d’une misère utilisant une autre misère pour s’en sortir.

Une exploitation humaine sournoise
Le paradoxe d’une société à plusieurs vitesses et différents statuts ne dupe personne. Car en filmant ce décor blanc d’un coin paumé des Etats-Unis proche de la frontière canadienne pour ce qu’il est, la cinéaste écarte le pathos résiduel d’une historie tendue de bout en bout. L’indifférence réciproque de départ, la solidarité de façade, les intérêts particuliers et les silences troubles ne parviennent pas à étouffer complètement la part d’humanité des deux femmes plongées dans un même combat (celui de la survie). La rencontre entre Lila (Misty Upham) et Ray (Melissa Leo) ne s’inscrit pas dans un basculement scénaristique impromptu mais, au contraire, se présente comme une suite logique de ce qui doit arriver. C’est cette inéluctabilité qui forge la puissance visuelle du film ; sa pertinence et son intégrité également. La narration, servie par un duo d’actrices brillantes (Melissa Leo toujours aussi poignante depuis 21 grammes et Trois enterrements), n’aura de cesse de stigmatiser cette exploitation de la misère si sournoise, violente, injuste…

Si le fil conducteur du film s’appuie essentiellement sur le combat d’une mère bouffée par les emmerdes (éducation de ses deux enfants, dettes, départ du mari…), Courtney Hunt n’oublie pas de traiter les questions relatives aux indiens d’Amérique (racisme, droit, questions concernant les réserves) et à l’immigration clandestine. Frozen River n’est pas un vrai polar au sens classique du terme, mais certaines séquences (traversée du fleuve gelé, rixe avec un passeur, première rencontre entre les deux femmes, scène du bébé…) en font un film trépidant même si un peu convenu dans son dénouement. En tout état de cause c’est une belle surprise pour ce début d’année 2009.
 
geoffroy

 
 
 
 

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