Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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La princesse et la grenouille (The Princess and the Frog)


USA / 2009

27.01.2010
 



JUSQU’AU BOUT DE MES REVES





« Je vais rester une vieille fille. Mon prince ne viendra pas. Les vœux ne se réalisent jamais.  »

À l’heure où Avatar et sa 3D battent tous les records, ou presque, Disney revient à la 2D et au dessin à la main. L’idée est plutôt séduisante sur le papier et le graphisme charmant. On a cette sensation nostalgique plaisante et étrange à la fois de retomber dans les Disney de notre enfance comme on retournerait sur les traces d’un lieu où l’on a grandi. Mais le côté plaisant se transforme rapidement en agacement tant on a le sentiment que sous le nom de nouveauté on nous ressert le même menu qu’il y a vingt ans. Le premier conte de fée (avec une princesse) signé Disney depuis Mulan avec John Lasseter (Monsieur Pixar) en superviseur devient un film convenu, où aucune des marques de fabriques des récents Disney ne semblent intégrées. Un retour à la tradition trop académique et trop respectueux qui ne convainc pas. Manquant de féérie, la magie n’opère jamais, malgré cette jolie princesse des Bayous.

Les réalisateurs de la Princesse et la Grenouille ne sont autres que Ron Clements et John Musker qui ont donné naissance à Hercule, Aladdin, la Petite Sirène mais aussi Basil ou encore Taram et son chaudron magique.

On prend les mêmes et on recommence

Côté personnages et scénario, on dirait un peu du recyclé. Car La Princesse ta Grenouille puise dans le patrimpine Disney. Le croco est un croisement entre celui de Bernard et Bianca et celui de Peter Pan, avec des airs de Baloo. Le jazz ne vaut pas celui des Aristochats. Le rêve de restaurant a déjà été exploité dans Ratatouille. Et les langues qui se mélangent rappellent le problème de spaghetti de La belle et le clochard. Le serpent est un mix de celui de Robin des bois et du Livre de la jungle. Et notre Tania est une cousine de Mulan et Pocahontas. Certaines scènes rappellent les danses endiablées du Génie d’Aladdin. Le méchant (car il y a toujours un méchant cherchant à gâcher le conte de fée) Docteur Facilier ressemble étrangement au Grand Vizir Jafar. Le collier maléfique de ce dernier nous évoque celui utilisé par Ursula pour enfermer la voix de la jolie Ariel dans la Petite Sirène. Bref, tout ça sent un peu le réchauffé.

Et plus on avance dans le récit, plus les clichés s’accumulent. La jeune écervelée rêve de son prince charmant, l’argent ne fait pas le bonheur (mais il y contribue tout de même semble-t-il), il faut travailler dur si l’on veut voir ses rêves se réaliser etc.

Le début de l’histoire laissait cependant présager quelques pas dans le monde d’aujourd’hui. En effet, Tania, élevée dans un quartier plutôt pauvre de la Nouvelle-Orléans, est une femme indépendante dont le rêve est d’ouvrir son propre restaurant et pour le réaliser, elle cumule deux emplois. Une Cendrillon des temps modernes en somme… Mais le ton se révèle principalement bien mièvre et on retombe très vite dans le schéma de la princesse et de son prince charmant qui se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
Il y a un manque d’inspiration dans la mise en scène, dévalorisant des scènes entières, dans le scénario, trop prévisible, et dans la direction artistique. On s’attendait à davantage de délire, de folie, d’extravagance. On est loin des œuvres dont le film tire ses références.

Personnages secondaires et atmosphère

Pourtant avec le prologue, on y a cru au grand détournement du conte de fée. Lorsque la mère de Tania raconte une histoire de princesse devant embrasser une grenouille pour trouver son prince charmant, on se retrouve face à la jeune sceptique très rationnelle (notre héroïne, qui évidemment fera amende honorable à la fin, pour cette trahison à l’égard de toute l’œuvre de Disney) et une blonde de peste, qui elle y croit jusqu’au bout, et serait prête à rouler un patin à un crapaud. Ce personnage secondaire, la meilleure amie de Tania, est sans doute le plus intéressant, le plus singulier, nous prenant souvent à revers. A contrario, le sorcier vaudou est terriblement banal malgré ses oripeaux psychédéliques. Ou encore la luciole, aux airs pas tout à fait finis, malgré cette belle idée qu'il tombe amoureux d'une étoile. Ou évidemment ce prince terriblement fade physiquement. Tania ne suffit pas à nous séduire. Heureusement, il y a ce fameux croco qui ne rêve que d’une chose, jouer de la trompette dans un groupe de jazz. Ce n’est certainement pas pour rien qu’il s’appelle Louis.

De plus, le film se déroulant à la Nouvelle-Orléans, l’équipe du film ne pouvait passer à côté de la musique jazz. La bande originale, à l’exception des chansons qu’entonnent les personnages, est swingante et entraînante. Mais les séquences musicales ne sont pas mémorables. On s’attendait à davantage de délire, de folie, d’extravagance. On passe en revue tous les styles du folklore rythmique local mais rien ne nous enchante vraiment.

Le scénario, sans relief, est plus dramatique que drôlatique. On a même le droit à la pluie lorsque la séquence est triste. Redondances. Une romance où l’action fonctionne mal, trop hachées. Le film ne parvient jamais à valoriser l’émotion ou le suspens, déséquilibrant même l’ensemble avec quelques langueurs au détriment des scènes rythmées où tout devrait s’emballer.
Maintenant, on s’attachera aux grenouilles, adorables, à cette jolie histoire un peu désuette, à ce sentimentalisme sincère et sans prétention. Une simple revisitation de la bibliothèque de Walt Disney.
Peut-être que les créateurs (mauvais réalisateurs, bons producteurs) se sont trop identifiés à tania et ne croient plus assez aux contes de fée. Il fallait là encore s’emparer de la folie névrotique de son amie, qui elle, a la foi dans ces histoires abracadabrantesques auxquelles on aime tant adhérer.

Aurait-on perdu notre âme d’enfant  ou bien est-ce la magie Disney qui aujourd’hui ne fait plus effet ?
 
Morgane (& Vincy), la princesse et la grenouille

 
 
 
 

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