Et puis nous danserons était l'un de coups de cœur cannois. Enivrant, exaltant, brillant! La répression des homosexuels et l'élan romantique qui prend tous les risques, la danse comme lien sensuel et la musique euphorisante. A voir! A découvrir!



Brooklyn Affairs
Ceux qui nous restent
Ils aimaient la vie (Kanal)
It must be heaven
Jumanji: Next level
La Famille Addams
Le meilleur reste à venir
Le Voyage du Prince
Les reines de la nuit
Ode Bertrand
Premiers pas dans la forêt
Seules les bêtes
Souviens-toi de ton futur
The Irishman
Un été à Changsha



Joker
Shaun le mouton le film : la ferme contre-attaque
La cordillère des songes
Et puis nous danserons
J'ai perdu mon corps
La belle époque
Le monde animé de Grimault
J'accuse
L'incinérateur de cadavres
Les enfants d'Isadora
Les misérables
The Irishman
À couteaux tirés



La fameuse invasion des ours en Sicile
Maléfique 2: le pouvoir du mal
Martin Eden
Matthias & Maxime
Queens
Abominable
5 est le numéro parfait
Hors normes
Au bout du monde
Sorry We Missed You
Le Traître
Retour à Zombieland
Mon chien stupide
The Laundromat
Un monde plus grand
Une Colonie
Adults in the Room
Le Mans 66
Little Joe
La reine des neiges 2
Le Roi
Gloria Mundi
Chanson douce
L'orphelinat
Last Christmas
Proxima






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 13

 
Winter's Bone


USA / 2010

02.03.2011
 



AU FOND DES BOIS





«- Un joint pour la route ?»

Ce film glacial et morbide de Debra Granik a une force sous-jacente. Drame social aux allures de thriller, il s’enfonce au fil des scènes dans un genre qui flirte avec le film d’horreur. Il en a tous les codes, mais n’utilise jamais l’aspect gore qui l’aurait fait dévier de sa trajectoire cauchemardesque.
Rien de plus glauque sur le papier : un père disparu, une mère en dehors des réalités, une adolescente qui prend en charge ses deux petits cadets, une précarité financière qui les installe dans la survie, un environnement de forêts, de neige, de rivières froide, et une ville presque consanguine où l’hostilité des uns se confrontent à l’ultra-conservatisme des autres, pour ne pas dire une forme de xénophobie.
Dans cette Amérique profonde, on apprend à tenir un bébé et un fusil. Univers rétrograde, isolé, misérable, où l’une des rares issues de secours est l’armée, où l’une des façons de supporter son quotidien est la drogue.
L’héroïne, Ree (incarnée par une révélation très talentueuse, Jennifer Lawrence, qui a des airs de Renee Zellweger), est trop jeune pour affronter ce monde violent et bestial, mais ne manque pas de courage : à défaut de pouvoir rêver, elle croit aux solutions de problèmes insolubles. Un père introuvable, une expropriation causée par une hypothèque lourde, un gros manque d’argent, une mère démissionnaire, aucun avenir prometteur…

Tout est brutal. Sauf elle. Plus elle prend des coups, plus son personnage devient un ange miséricordieux mais pas candide, capable d’aller chercher son père en enfer pour sauver sa famille. Elle ne réplique pas, tend même l’autre joue quand on la frappe, ne se drogue pas, rejette les règles de ces hommes et femmes rétrogrades, se complaisant dans leur propre justice, effrayante et inhumaine. «- Qu’est-ce qu’on va faire de toi, Babygirl ? – Me tuer. – On y a déjà pensé, d’autres idées ? –M’aider.»
Mauvais sang ne saurait mentir. Car, tous reliés par des pactes ancestraux ou par des gènes défectueux, ils composent une galerie de portraits peu avenants. Tous ont le cran de se croire au-dessus des lois terrestres. C’est sans doute à cause d’eux que le film peut paraître répulsif. En rien, il n’est séduisant. S’il marque, ce n’est pas par envie de le revoir avec plaisir, mais par le mal être qu’il distille efficacement. Ree est finalement le seul rayon de lumière, celui par lequel on souffre, mais qui nous permet de ne pas repousser émotionnellement ce calvaire perpétuel et sans fin.

L’image accentue le malaise : terne, grise, marronatre, triste. Les personnages tribaux sont lâches, menteurs, paumés, tarés, durs, cruels, rustres. Le scénario est un jeu de piste où ils se succèdent tous, et s’avèrent de plus en plus antipathiques, refermant ainsi, avec sobriété, le piège fatal sur cette innocente battante. Le spectateur souhaitant qu’elle sen sorte absolument, est prêt à endurer toutes les horreurs qu’elle va subir. La caméra n’est jamais obscène, mais n’est pas plus hypocrite. L’atmosphère en devient de plus en plus angoissante, l’expérience de plus en plus éprouvante.
Debra Granik préfère le suggestif à l’explicite. C’est ce qui fait de Winter’s Bone une œuvre subtile et intéressante. Chacun de ses monstres dégénérés va devoir se remettre en cause face à l’obstination de cette « pure et dure » qui trouve trois alliés dans sa quête, et notamment le recruteur de l’armée, qui sera le seul à vraiment l’écouter.
Ce tableau d’une Amérique rurale, médiévale même, au fond du gouffre, laisse un goût pâteux qui ne s’évacue pas rapidement. La cinéaste aurait pu en faire un polar classique. Son style le singularise et dresse une photographie d’une civilisation en voie de décomposition.
 
vincy

 
 
 
 

haut