Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Pain noir (Pa negre)


Espagne / 2010

24.08.2011
 



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Silver Shell de la meilleure actrice pour Nora Navas (San Sebastian 2010), Goya (césar espagnol) du meilleur réalisateur et du meilleur film en 2011... Pain noir est précédé d'une jolie réputation. Et encore, ce ne sont là que trois exemples des maintes décorations qu’a reçu ce film catalan (9 Goyas, 13 Gaudi, prix Jules Verne...), tiré du roman éponyme d’Emili Teixidor. Agusti Villaronga, réalisateur du film (et également de Tras el Cristal, El Mar, et El niño de la Luna), est unique en son genre. Avec Pa Negre, un film qui sort de tous sentiers battus, il surprend, au bon sens du terme. C’est le cas dès la première scène, absolument sublime, un sublime empli de noirceur mais aussi de mystère, voire même de magie, qui nous transporte, dès les premières secondes, dans l’univers du film et de son jeune protagoniste.

Andreu est un jeune garçon, vivant dans une Espagne d’après guerre civile (dont les ravages moraux pèsent lourdement sur une population violemment divisée entre "vainqueurs" et "vaincus"), curieux de la vie, curieux de la vérité, curieux de tout. C’est son portrait qui est dressé tout au long de l’histoire. Portrait d’un enfant qui grandit, qui découvre le monde adulte et toute la perversité qui va avec, portrait d’un fils dont le père veut caresser des idéaux sans s’éloigner d’en bas, portrait d’un tueur d’oiseaux.

Les oiseaux, très présents tout au long du film, ont une importance particulière. Symboles des idéaux qu’a le père, et porteurs d’espoir pour le fils, ils feront l’objet d’un affreux massacre. Tandis que le fils, quand il découvrira la vérité du monde adulte, décidera de voler de ses propres ailes.

L’intrigue est donc faite de plusieurs noeuds, complexes, qui tromperont le spectateur en brouillant la frontière entre "bien" et "mal", "bons" et "méchants", "justice" et "légalité". Une fois encore, le traumatisme (toujours bien vivant) de la guerre civile fait ressortir toutes les nuances de la nature humaine, faite autant de grands idéaux que de pragmatisme, de quête de l'absolu que de contingence. A cela s'ajoutent de nombreux autres thèmes comme la sexualité, l'homosexualité, la torture, la pédophilie, l'adoption, qui, loin d'être moralisateurs, guident le jeune héros (et le spectateur) à travers sa quête de vérité.

Le réalisateur nous mène ainsi pas à pas vers la perte d’innocence d’Andreu, et ses illusions qui s’effondrent peu à peu, laissant apparaître les vices et les mensonges dans lesquels il vit depuis des années. Le regard d’abord naïf, pur, de l’enfant, évolue au fil de l’histoire, puis se brouille, s’altère, se corrompt jusqu'au dénouement final. Il perd à la fois son innocence et son enfance en découvrant une vérité qui blesse, et qui détruit d’un coup ses rêves d’enfant, notamment la vision héroïque qu'il a de son père.
Entrée initiatique et brutale dans l'âge adulte.

Bien que le film se déroule à la fin des années 30, ce qu’il raconte, et les sujet qui y sont abordés, restent en phase avec le monde actuel en questionnant les notions de loyauté, d'engagement et de division. De quoi nous faire réfléchir sur l’évolution de la société, des moeurs, et de l'impact du passé sur le présent.

Pa Negre est un film dur mais réaliste, servi par une mise en scène ultra virtuose et une recherche esthétique qui ajoute encore à sa noirceur. Malgré le sujet extrêmement éculé, il se distingue des films sur cette période parce qu'il n’a pas peur de nous montrer tout ce qu’il a nous montrer et à nous dire, quitte à balayer certaines idées reçues, ou à aller à contre-courant du politiquement correct. Il refuse toute hypocrisie, abordant la réalité historique avec franchise et sans manichéisme, et c’est ce qui en fait toute la force.
 
antoine

 
 
 
 

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