Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 65

 
Le stratège (Moneyball)


USA / 2011

16.11.2011
 



PARTIES ASSISTÉES PAR ORDINATEURS





«- Je regarde pas les matchs.»

On étudiera longtemps les deux scénarios de Aaron Sorkin : The Social Network et Le Stratège. Même si, ici, il y a aussi la patte de Steve Zaillian, on ne peut s’empêcher de voir les similitudes entre les deux films : un même esprit scientifique à transformer un phénomène de masse commun en thriller mathématique et psychologique. A cela s’ajoute la mise en scène, élégante et fluide, presque classique, de Bennett Miller qui, comme dans Truman Capote exerce un regard clinique sur les tourments les plus intimes.

Le stratège a beau se dérouler dans le milieu du baseball, il ne souffre pas des défauts des films « sportifs » habituels. Pas de happy end, pas de miracle, pas de success story. Ou pas vraiment. La réussite, comme dans The Social network a un goût amer car elle n’est pas tout à fait aboutie. La réussite humaine prime sur celle qui est attendue par les médias, les fans, les financiers.

Histoire vraie portée avec talent par un Brad Pitt tour à tour sobre, sarcastique, impulsif et plus redfordien que jamais, Le stratège est le portrait d’une société à deux vitesses : les perdants et les gagnants, les petites équipes et les gros budgets. Le baseball a peu d’importance en tant que sport. Le film aurait pu avoir pour cadre le football, le handball, le basketball … Si ce n’est que le baseball n’est pas un sport comme les autres. Lorsque vous êtes dans un stade, regardant un match, une grande partie des spectateurs comptent les points, font des ratios, deviennent experts en statistiques. Et c’est d’ailleurs les statistiques, et une combine maligne, déroutante, risquée, avec laquelle les losers peuvent devenir winners qui sert de fondement au scénario.

Derrière cette expertise romanesque, Miller et ses auteurs critiquent violemment le sport-spectacle où la tronche d’un joueur compte autant que son jeu : attirer les foules, signer des marques de publicité, … Un sport où le fric est roi, où les riches se servent chez les pauvres (les joueurs sont comme des organes), où tout se négocie comme des matières premières en bourse. Le réalisateur y ajoute une vision peu glamour. Les stades sont des lieux déshumanisés, souvent vides, bétonnés. Les faubourgs ne sont jamais loin. Les bureaux paraissent impersonnels.
Le scénario rythme tout ça avec des flash backs nostalgiques, des révélations parcimonieuses qui aident à comprendre le cheminement casse-cou du personnage de Pitt. Pudique face à sa fille, il est plus franc dans son métier. Un métier où l’humanisme existe par éclairs seulement. Le joueur n’est qu’une marchandise cotée, échangée, valorisée, vendu, jeté. Bizarrement, c’est le génie des statistiques, celui qui chiffre chaque coup de batte en lui donnant une valeur financière qui apporte cette touche de naïveté, de bonhommie, de véritable esprit fanatique de ce sport. Jonah Hill, parfait opposé physique et intellectuel du personnage de Pitt, donne l’occasion à la star de former un duo parfois comique, tout en contraste, doté d’un humour est décalé. En filmant peu le sport, le film se transforme en comédie à suspens. Dommage qu’il se perde un peu dans la vie sentimentale du manager, ralentissant parfois la course vers la victoire, éventuelle. Car, une fois lancé, après une formidable série d’échecs et de doutes, la série « positive » nous emmène vers un paradoxe : la crainte d’avoir déjà vu ce genre de films, David gagne contre Goliath, et l’envie que David gagne.

Mais le sport n’est qu’un décor. Nulle science n’est parfaite. La chance est parfois supérieure au miracle. Et Le stratège deviendra un peu plus grand que prévu car nous n’aurons pas été inondés de séquences sportives (qui passent toujours mieux en direct à la télévision) mais que nous suivrons les ultimes choix d’un homme qui assumera jusqu’au bout son statut de « moyen » parmi les géants. On l’aura bien compris, le film ne retrace qu'un épisode de la vie d’un champion, dont les matchs importent peu. Mais ce qui est essentiel, c’est la force de son intuition, la fin d’une thérapie, le passage d’une jeunesse manquée vers un âge adulte assumé. C’est la stratégie qui transforme tous les échecs en un équilibre. Ce n’est pas étonnant si après le grand huit du scénario, des abysses au paradis, le film se finit en ligne droite, le regard fixant l’avenir.
 
vincy

 
 
 
 

haut