Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Cheval de guerre (War Horse)


USA / 2011

22.02.2012
 



BOUCHERIE CHEVALINE





«- Ce ne sont pas des licornes»

Cheval de guerre a peut-être les allures d’un film « classique », au sens hollywoodien du terme, mais ce serait méprisé tant la forme que le fond de s’arrêter aux apparences. Steven Spielberg a prouvé depuis longtemps sa maîtrise dans l’art d’équilibrer les références de ces Maîtres et une narration moderne. Cheval de guerre nous fait surtout renouer avec un grand spectacle, sentimental et dramatique.

Dans cette manière Fordienne de filmer les paysages – on revoit L’homme tranquille -, ce style Kubrickien de faire revivre les labyrinthes des Tranchées, le cinéaste invoque les grands noms pour dérouler son voyage à travers la première guerre mondiale. Evidemment, si l’on devait rattacher Cheval de guerre à une œuvre extérieure, ce serait celles de David Lean (Emily Watson semble être une descendante de La fille de Ryan). Tout y ramène, autant dans la foison de rebondissements que dans ces petites histoires mêlées à la grande Histoire.

Mais Cheval de guerre, s’il peut être considéré comme un prolongement des films de guerre de la filmographie du réalisateur (1941, L’Empire du Soleil, Il faut sauver le Soldat Ryan), est avant tout l’extension d’une tendance qui dure depuis dix ans : une forme de déshumanisation du cinéma spielbergien. Depuis A.I. Intelligence artificielle, le réalisateur est frappé de « pixarisation » : la machine, les animaux ou l’irréel fantasmé prennent le pouvoir sur l’image. Cheval de guerre n’en est pas loin avec un équidé en héros.

Mais comme les œuvres de Pixar, l’humain est profondément ancré dans ce conte cruel, noyé dans de somptueux paysages européens. L’empathie avec chacun des personnages et immédiate. Cela tient au jeu des comédiens comme à l’efficacité du scénario. Chacun des chapitres est porté par des acteurs exceptionnels, insufflant ce qu’il faut de colère ou de sensibilité, de drame ou de désespoir. Cette galerie d’orgueilleux (qui hélas parlent tous anglais même quand ils sont français ou allemands) à fort caractère, qui parfois se croisent au gré du destin, démontre comment les miracles et les catastrophes, les aléas qu’on ne maîtrisent pas, influent sur nos misérables vies.

le courage a plusieurs visages

Le cheval ne sert que de « transport » entre les territoires en guerre et à identifier les bons (ceux qui l’aiment) et les méchants (ceux qui l’exploitent). Un MacGuffin (qui flirte avec un étalon noir tout de même) commode a priori. Mais le film nous transporte dans un terrain plus familier : le pacifisme, l’inutilité de la guerre, les innocents sacrifiés sur l’autel des querelles politiques… Il loue aussi le courage des hommes, qui peut prendre plusieurs formes, de la désertion au sacrifice.

Par ailleurs, Spielberg connaît sa grammaire cinématographique. Il préfère multiplier les angles plutôt que d’agiter sa caméra pour donner une impression de rythme et de mouvement. Aucune volonté de nous épater. Tout en s’offrant quelques belles images comme ce reflet dans l’œil du cheval… Il installe un suspens et hausse le drame à chaque fois d’un cran. La musique de John Williams, omniprésente, se déploie sur toute la longueur du film avec des variations adaptées aux situations.

Cheval de guerre, film atemporel, marquera surtout nos mémoires de cinéphiles pour une séquence qui transforme le canasson en élu. Un miraculé tout autant qu’un héros de guerre. L’animal est piégé dans des fils barbelés dans un No Man’s Land entre les camps anglais et allemands. Sa fuite auparavant, virtuose, sonne comme une échappée sauvage sans issue. Cela conduit un soldat britannique et un autre germanique à vouloir le libérer, ensemble. Tout est dit. Avec sobriété.
Dès lors, le film déversera toute son émotion, réunissant le jeune homme qui l’a élevé et le cheval qui lui a été retiré. Réconciliations et fraternité. Croire à ce point en l’homme, comme en l’animal, traité avec égalité, pourrait être naïf. Mais Spielberg a mûri, évacué beaucoup de ses défauts de montage pour se concentrer sur le scénario et l’image. Son cinéma s’est peut-être déshumanisé, par amertume sans doute, mais il a gagné en idéalisme … Voulant quand même espérer un monde meilleur.
 
vincy

 
 
 
 

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