Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Parle avec elle (Hable con ella)


Espagne / 2002

10.04.2002
 



LES MOTS DES MAUX





"- Je viens de couler un bronze monumental."

Chaque Almodovar est un équilibre entre une narration innovante, des expérimentations hasardeuses et un amour infini pour ses personnages, fragiles, névrosés, seuls, cherchant à se parler. Même les moins harmonieux dégagent un charme cinématographique indéniable. Il était évidemment très dur pour le plus célèbre des cinéastes espagnols contemporains de rebondir après le triomphe mondial et mérité de Tout sur ma mère. Il y a d'ailleurs eu de nombreux projets avortés. Finalement, Parle avec elle s'avère un très bon film, riche et passionnant, sans être fascinant (hélas). On constate surtout une maturité d'écriture dramatique, même si le réalisateur n'évite pas quelques tics de mise en scène ou de choix artistiques moins inspirés qu'auparavant. Ses auto-références sont autant de clins d'oeil à un style unique. Cela se traduit par un plan dans un rétroviseur illustrant un dernier regard sur le passé ou encore les caméos de Marisa Paradès et Cecilia Roth.
Mais Parle avec elle est bien plus que tout cela. C'est un film sur l'amour, la solitude, le dialogue, l'écoute, l'absurde de la vie, l'émotion autour de la beauté, le dialogue avec la mort... Un film sur deux hommes bavards, deux femmes silencieuses, des accidents tragiques, et l'art magnifique.
Ici encore, il plante sa caméra dans le milieu médical. L'Hôpital devient un confessionnal mystique avec des belles au bois dormant. Les femmes y sont désespérées, tragiques. Face à elles, deux hommes, piégés entre leur attirance pour elles et l'incompréhension, entre l'amour impossible et la foi dans le miracle. Le film est étrangement mélancolique, destructuré, sensible et relativement peu excessif. Le lien entre les personnages est faits de paroles et de silences. C'est la principale réussite du film : montrer ces dialogues de sourds et de muets, dévoiler les sentiments entre ces "presque" morts et ces (sur)vivants. Communication étrange, qui atteint son summum lorsque l'infirmier caresse sa patiente, fusionne la chair et la parole. L'importance du verbe est une donnée récurrente du cinéma almodovarien. Mais là personne ne s'entend. Ici les mots prennent tout leur sens pour combler l'ennui de leurs quotidiens et ôter le poids opressant de leur solitude. ce sont des monologues qui aboutissent dans des impasses, et parfois se font écho.
Nous assistons à des voyages immobiles. Les personnages sont statufiés dans leurs décors, prisonniers de leur environnement (prison, hôpital, appartement), même lorsqu'il sont censés partir. Cette immobilité est rare chez Almodovar, et par conséquent marquante. Il a préféré l'observation, le discours, les pauses. Il y a peu d'énergie, peu de frénésie. Ces voyages sont ponctués par trois évasions lyriques : deux chorégraphies de Pina Bausch et le "cucurrucucu" de Caetano Veloso. Trois moments de grâce, qui ponctuent le film, mais qui ne transporte qu'intellectuellement le spectateur passif. En filmant Pina Bausch, il dessine des parralèles avec son film. La symétrie est d'ailleurs parfaite entre ces deux somnanbules en chemise de nuit qui se fracassent contre un mur et ces deux femmes dans le coma en tenue d'hôpital. Le ballet ne s'arrête pas là. Les corridas ajoutent une touche de sang et apportent la mort. Et puis il y a ce "court métrage muet" dans le film, métaphore de ce que nous apprendrons plus tard, "L'amant qui rétrécit". Petit bijou délirant, ce court en noir et blanc, très bien "introduit" se conclut par un fantasme : un homme miniature se baladant sur le corps d'une femme, de ses seins qui pointent à son pubis accueillant.
C'est là tout le génie du réalisateur : nous divertir (dans les deux sens du terme) pour nous raconter une même histoire. La danse, le spectacle, la musique et même un film muet, ont toujours fait partie intégrante de ses films, sans jamais faire preuve de maniérisme. Le film, malgré sa nature dépressive, n'oublie pas l'humour. Par exemple, la concierge qui se plaint des mass médias du pays qui ne viennent pas l'interviewer... Ou encore cette entrevue vérité et impudique avec la torréador qui rappelle les révélations cathodiques de Victoria Abril dans Talons Aiguilles.
Durant toute la première partie du film, on se demande quelle drame va survenir, qu'est ce que le cinéaste va nous raconter. L'histoire ne prendra sa cohérence que lors du final. Là, une danseuse se laisse porter, s'envole, souffle dans le micro l'espoir de sa vie qui renaît dans ce nouvel éden. Et les deux seuls vivants restant ne sont séparés que par un siège, vide et lourd de symbole.
Un peu comme dans La Fleur de mon secret, le film s'achève sur une lueur optimiste qui nous fait croire que les malheurs sont désormais passés. Le labyrinthe des passions prend fin pour atteindre une sorte de sérennité bienveillante. Alors, on aime.
 
vincy

 
 
 
 

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