Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Big Fish


USA / 2003

03.03.04
 



SWEET HOME ALABAMA





"- J'évite les discussions sur l'amour avec une femme française..."

L'adage populaire dit que le poisson est bon pour nos neurones. De fait, ce poisson d'une drôle d'espèce (le Burtonnus Americanicus) est à manger, et pas seulement le vendredi. Il stimule le cortex avec son imagerie merveilleuse. C'est d'ailleurs le seul véritable reproche de ce plat de résistance (contre l'imbécilité hollywoodienne) : pour qui connaît le pêcheur (et pas seulement de chauve souris et de singes), rien n'étonnera le spectateur. Typiquement "burtonnien", Big Fish se distingue de la production américaine par l'imaginaire de l'auteur; mais le film ne se singularise pas au sein de l'oeuvre du cinéaste d'Edward Scissorhands (autrement plus magique). Comme son personnage le dit si bien : "On était des étrangers qui se connaissaient si bien". Tel est notre sentiment par rapport à cette fiction ambitieuse mais inégale, qui révèle toute son essence dans le dernier quart d'heure.
Ne boudons pas notre plaisir. Même avec des arêtes, cela ne manque pas de saveur et se laisse déguster jusqu'au bout. Ici un autre Edward (à la parole d'or) raconte sa vie, entre mythomanie et souvenirs réels, métamorphosant chaque acte de sa vie en conte de fée. Ces épisodes feuilletonesques et rocambolesques (portés par Ewan McGregor, conquistador remarquable) pourraient n'être que prétexte à une jolie fable pour enfant - à l'instar du générique. Certes, Burton cherche à nous faire retrouver cette part d'enfance et cette capacité à voir la vie autrement. Ici, à travers ses yeux. Mais la fable est un film, autrement plus profond. Plus triste aussi. Car Edward, si insaisissable, glissant comme un poisson, est un homme qui va mourir. Et voilà Burton, revenu de La Planète des Singes (les macaques étant sans doute les nababs hollywoodiens), s'en allant dans le Sud poétique et nostalgique - avec un détour par Paris pour la touche romantique - afin de nous raconter des peurs plus primaires : la mort, par exemple. Car pour le reste, Edward est doté de tous les courages. Et Burton se moque allègrement de ces autochtones reclus sur eux-mêmes ou effrayés par le moindre étranger. Mais face à la mort, le cinéaste prend ses précautions. Comme il tisse un lien entre les générations d'acteur (le grand Albert Finney et la belle Jessica Lange pour les vétérans), il tente une liaison dangereuse entre un père et son fils (thématique récurrente ces derniers mois dans le cinéma mondial). Car si le film ne badine avec l'image (et une opulence visuelle), il est avant tout un film sur l'écoute. Le poids des mots pèse davantage que le chic de la photo. Apprendre à écouter mais aussi apprendre à parler, à raconter plus précisément. Rendre la vie plus belle. On est alors dans le cousinage de Benigni. Transformer la réalité pour la rendre plus acceptable. C'est un peu le métier de cinéaste, finalement, dont on nous parle. Au delà ce ce message, Burton nous en livre d'autres : affronter la vie, ses angoisses...
Nous voici donc transportés dans un conte où les sorcières mangent les enfants pas sages, les géants sont boulimiques et les chanteuses chinoises sont soeurs siamoises. A moins que ce ne soit la vie d'une femme abandonnée, d'un homme cherchant sa place ou encore de jumelles immigrées. Allez savoir. L'excentricité le dispute à l'extravagance. Intuitions, superstitions, mythes, secrets et anticipations feront mauvais ménage avec le pragmatisme. Et l'on se pose la question, entre chacun de ces allers et retours entre le passé réinventé et le présent imposé : de quoi veut nous parler Tim Burton? Il faudra attendre la fin du film pour comprendre le voyage de ce gros poisson, qui s'achève dans un baptême ultime et sublime. Le final offre la vision de son auteur, mais surtout la fusion entre les deux histoires qui n'arrêtaient pas de se croiser - au point, parfois d'agacer, ne nous laissant plus le temps de respirer. Noyés sous ce fatras de petites histoires, le spectateur restera sceptique. Pourtant, ce sont les larmes qui nous inonderont. Et nous réconcilieront avec cette oeuvre, périlleuse, mais maîtrisée. Bien plus que Forrest Gump aux similitudes narratives. Nous sommes plus proches du registre du Magicien d'Oz. Toutes ces digressions et ces personnages fantasques (il faut voir De Vito se grattant l'oreille avec son pied droit) existent pour nous amener à la fin d'une épopée, à la transmission d'un savoir, au passage du relais nécessaire pour que le monde tourne. Qui a cru que l'Odyssée s'était déroulée telle que nous le rapportait Homère?
Ces histoires à dormir debout (certaines séduiront plus que d'autres) nous tiennent bien éveillés. Car dans le film, comme dans notre perception, le temps ne compte pas, et pourtant il n'y a que lui qui compte, qui s'arrête, qui passe. Mais l'imposture n'est pas celle que l'on croit. Peu importe l'illusion, le rêve, le mythe dont Burton se nourrit pour parler de la seule peur impossible à raconter, à transformer, à embellir. La mort, donc. Renoncer à la réalité quand celle-ci est plus forte que vous, voilà un sacré défi. Il n'est plus question d'innocence, mais de conscience. Celle que la vie a une fin. Comme tout film, même féérique. Big Fish, première oeuvre de la maturité pour Tim Burton?
 
vincy

 
 
 
 

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