La passion Van Gogh est une époustouflante réussite esthétique, qui donne littéralement vie à la peinture de l'artiste. Tant pis pour le scénario plutôt raté et le récit lourdingue, il ne faut pas passer à côté de cette féerie.



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Monsieur Lazhar


/ 2011

05.09.2012
 



LA CLASSE





Il est rare d’avoir un coup de cœur qui atteigne aussi bien notre partie émotive que notre côté cérébral. C’est là toute la réussite du film de Philippe Falardeau, entre tension dramatique intérieure et allure légère assumée.

Les histoires d’école sont un genre en soi. Le cinéma américain a une préférence pour transformer l’enseignant en héros qui sauve les brebis égarées, que ce soit des poètes en devenir ou des racailles désespérantes. Côté français, le traitement est souvent plus réaliste (hormis quelques comédies ou films nostalgiques), avec un contexte social très fort et un professeur souvent au bord de la crise de nerfs (ou de la démission).

Monsieur Lazhar est entre ses deux extrêmes. A la fois messie inattendu et individu proche de la grande dépression, Bachir Lazhar est aussi magnétique que chaleureux, traumatisé que généreux. Qu’on y voit un ange ou un Mary Poppins des temps modernes, son irréalité, renforcée par le jeu subtil et maîtrisé de Fellag, magnifique et habité, accentue l’idée d’un conte pour enfants, avec sa dose de morbidité, de menaces et de mensonges.

Pourtant, et c’est là toute la beauté de cette œuvre sincère, drôle et intense : le réalisateur préserve l’authentique relation entre des enfants bouleversés mais pas déstabilisés et leur nouvel enseignant, honnête, digne, et si différent. Il apprend leur farce, ils comprennent son autorité. Surtout, ils acceptent d’exprimer leurs sentiments, chacun à leur manière, allant jusqu’à transgresser le tabou de l’affection. La dramaturgie se construit ailleurs : un suicide, un mensonge, et finalement une bureaucratie. Cette dernière, qu’elle concerne le milieu scolaire ou l’immigration, obstrue le fabuleux destin de Bachir Lazhar. De manière perverse, l’ordre établit entre l’enseignant et ses élèves est détruit par les règles des adultes. L’ordre est ainsi désordonné.

Mais Lazhar aura eu le temps d’accomplir sa mission d’accompagnement. On s’aperçoit alors que les adultes sont bien plus traumatisés, par projection, fantasme ou peur, face au suicide d’une professeure, que les enfants, ou même qu’un Monsieur Lazhar qui, pourtant, a tout perdu dans son ancien pays.

Falardeau réalise sans scènes inutiles et avec une véritable fluidité ce récit entre allégorie et réalité. Il a dégraissé son film de tout le pathos habituel. En laissant entrer la lumière dans cette histoire sombre, il s’est autorisé à jouer les équilibristes entre la comédie sociale et le drame psychologique. Avec brio. Monsieur Lazhar est un bijou, qui évoque tous ses thèmes sans être didactique, laisse place à l’imaginaire sans jamais perdre le fil et dessine toutes les névroses de notre société (et de ceux qui la composent) sans avoir à les souligner. Cette habileté procure un plaisir rare, celui de voir un film simple en apparence et complexe en profondeur, gracieux comme son acteur, malicieux comme ses enfants et, surtout, universel et contemporain. L’appréhension de la mort peut ainsi donner lieu à un grand film d’amour, un peu amer..
 
vincy

 
 
 
 

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