Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Ill Manors


Royaume Uni / Israël / 2012

03.04.2013
 



MEAN STREETS

Le livre Bye Bye Bahia



« Plaignez le désespoir des jeunes.»

Ben Drew, alias Plan B, a de l’ambition. Premier long métrage du rappeur, Ill Manors est à la fois un film chorale où les destins s’entremêlent, et un film conceptuel, où la bande originale du film accompagne une tournée musicale. C’est d’ailleurs son sens précis du rythme, cette omniprésence de la trame sonore, qui créé une atmosphère non pas singulière (Danny Boyle a déjà bien exploité ce filon avec Trainspotting) mais très personnelle. Même le langage semble « slammé ». Ici les chansons n'illustrent pas des séquences, elles sont les séquences. Avec le texte, et le rythme emballant, elles racontent la vie des personnages en deux trois minutes, façon flash back accéléré. C'est une des astuces de la narration, inspirée et créative, du film.

Ainsi neuf histoires individuelles se croisent dans un quartier malfamé de Londres, à l'écart de la flamboyante ville olympique et de la City financière. La merde nocturne c’est la dope, les putes, la quête de fric, les flics aux basques… On est immergé au cœur d’un film noir où la délinquance n’est jamais héroïsée. La mise en scène est saccadée et nous entraîne, trépidante, dans une spirale infernale, où la défonce totale conduira quasiment tous les protagonistes dans l’impasse.

Tissée par de petites histoires, la narration ne se complaît jamais dans un fatalisme assumé ; au contraire chacun, avec sa part de déterminisme, fait ses (mauvais) choix avec de mauvaises fréquentations. Aucun jugement social. Mais cela n’empêche pas Ill Manors d’être humain, et de faire en sorte que l’on s’attache aux personnages. Entre les rites, les règles, les erreurs, il y a matière à rendre vivants ces cloaques glauques qui servent de décors à ces gangs en toc. On peut être révolté de l’influence faussement fraternelle des protecteurs, des codes barbares où l’honneur a plus de valeur qu’une vie, de l’amoralité de certaines situations, notamment quand une femme se prostitue à la chaîne pour rembourser une dette mineure… Ici on tue par orgueil, fierté, sans aucune raison fondamentale ; on balance ses potes et il n’y a pas d’âge légal pour tomber dans le banditisme.

Mais le cinéaste rend tout cela fascinant, malgré le pessimisme ambiant. Parce que tout est défragmenté, parce qu’il intègre au fil du récit des éléments qui confrontent ces petits cons et gros salopards à des dilemmes, l’empathie commence à gagner le spectateur. Manipulation habile qui amène doucement un peu de lumière, bienvenue, et quelques bifurcations vers un avenir meilleur. La perversion et la haine vont trouver leur paroxysme au deux tiers du film, quand tout basculera. Ben Drew sait alors être poignant dans la cruauté. Rien n’est tendre, le sordide est toujours au coin de la rue, mais les destins vont alors s’orienter dans une direction différente. Le feuilleton fait place à un peu de dignité et d’honnêteté.

Cette deuxième partie est plus confuse, moins captivante, avant que le final tragique ne reprenne le dessus. Certaines séquences, bien inspirées, coupent le souffle. Et la lueur fut. Le cinéaste sauve ceux qui méritent d’être sauvés. Ben Drew a fait fort dès son premier passage au cinéma, au point qu'on est légitimement en droit de se demander s'il n'a pas tout balancé pour cet essai brillant et de s'inquiéter pour le suivant. Mais assurément Ill Manors est un coup d’essai formel passionnant et un drame contemporain saisissant. Peut-être, sans doute, trop marqué par son époque : il restera un portrait romanesque d’une catégorie d’oubliés, les Misérables d’aujourd’hui, dans une civilisation toute aussi paumée que les personnages du film.
 
vincy

 
 
 
 

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