Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Philomena


Royaume Uni / 2013

08.01.2014
 



LA VIEILLE ET L’AMER





«- J’essaie d’écrire un livre.
- Sur quoi ?
- L’histoire russe.
- Essaie le jogging.
»

Ça pourrait paraître convenu, un brin classique. Ça aurait pu être larmoyant à l’excès, un peu manipulateur. Philomena échappe à chaque fois aux poncifs que l’on applique généralement à ce genre de comédies (très britannique celle-ci), maniant habilement le sentimental et l’humour, la tragédie personnelle et une sorte de happy-end, traditionnel.

Le scénario de Steve Coogan n’est sans doute pas audacieux. On aurait pu imaginer un tout autre film une fois que l’on connaît l’histoire. Il a opté pour un chemin moins risqué, plus burlesque, incisif comme il faut, "smart" comme ils disent. Et Stephen Frears, usant d’un montage alerte, qui n’a jamais été aussi efficace depuis The Queen, s’amuse comme un petit diable qui regarde son histoire se construire habilement, avec deux personnages antagonistes et attachants.

Philomena n’est pas The Magdalene Sisters (et c'est d'ailleurs affirmé : « Les sœurs ont changé depuis Magdalene Sisters »). C’est un « feel good movie » qui réchauffe, porté par un duo comique malgré lui. Un homme athée tente de survivre à un déshonneur professionnel : déprimé, hypocondriaque, intello, cynique, érudit, au chômage. L’élite anglaise et sa condescendance. Une vieille dame très croyante tente de réparer un passé dévasté par un catholicisme extrême : simple, franche, adorant les romans à l’eau de rose, dénuée de second degré. La femme du peuple et son bon sens.
Doit-on signaler que Judy Dench démontre tout son savoir faire pour construire humblement un tempérament aussi singulier ? Ni adorable (mais aimable), ni revêche (mais dure quand il le faut), elle s’impose, avec constance et cohérence.

Avec quelques flash-backs, la première partie du film nous dévoile le péché originel, celui qui est comme une tache ineffaçable. De cette honte d’avoir été fille mère dans une Irlande où l’on considère qu’une douleur est une pénitence, il en résulte la souffrance d’avoir « perdu » son enfant, adopté par de riches américains. De ce scandale bien réel, Coogan et Frears tracent deux destins qui se croisent : une aventure humaine, et humaniste. Rien n’est facile : la confrontation entre les deux « caractères » - deux âmes blessées, l’un dans son orgueil, l’autre dans sa chair – provoque quelques étincelles spirituelles mais aussi beaucoup de malentendus et d’antinomie.

Dans sa seconde partie, Philomena prend une autre tournure : et il nous est impossible de vous révéler l’élément narratif qui va conduire l’histoire vers une fin certes heureuse mais pas joyeuse. En empruntant un chemin moins habituel, le film reste fidèle à ses personnages et à un certain réalisme. Point de vengeance, de crime, de réconciliation nationale. Juste de l’empathie, un peu de pardon, et une petite dose de mesquinerie bienvenue. L’épreuve de vérité tant attendue est davantage une preuve de sagesse. Mais le scénariste et le réalisateur règlent quand même leur compte aux diaboliques nonnes, à cette église monstrueuse.

Car, contrairement aux romans de gare qu’affectionne Philomena, la vie n’est pas une romance. Et les bonnes soeurs ont aussi le droit au jugement dernier. Il faut juste savoir profiter d’un buffet à volonté, s’enthousiasmer de pouvoir marcher (grâce à une prothèse), et accepter les gens comme ils sont. Ou apprécier les films populaires, au sens noble du terme, quand ils sont bons.
 
vincy

 
 
 
 

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