Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Layla (Layla Fourie)


Allemagne / 2013

26.03.2014
 



LA COULEUR DU MENSONGE





Le film Layla porte le prénom de son héroïne, une mère célibataire de 27 ans qui élève seule son fils Kane et se fait embaucher dans un casino. Son travail est en rapport avec la sécurité et l'usage du détecteur de mensonge en cas d'incident. A peine recrutée, elle renverse par accident un homme sur le bord de la route. Comme seul son fils est témoin, elle dissimule le corps. Mais il s'agit d'un homme blanc, elle est une femme noire, et cela se passe en Afrique du Sud...

En arrivant au pouvoir, Nelson Mandela a essayé de faire cohabiter Blancs et Noirs de manière pacifiée (Invictus réalisé par Clint Eastwood) après bien des années d' apartheid (le biopic Mandela : Un long chemin vers la liberté réalisé par Justin Chadwick) alors qu'aujourd'hui les cicatrices sont toujours vives (Zulu de Jérôme Salle) et que de graves conflits sociaux pourraient resurgir (District 9 de Neill Blomkamp)... Depuis quelques années l'Afrique du Sud est donc un pays que l'on voit comme un décor de cinéma pour des histoires où un groupe voudrait en dominer un autre. Cependant ces fictions sont peut-être en décalage avec la réalité d'une Afrique du Sud qui s'efforce plutôt de se rapprocher tant bien que mal de l'idéal du 'vivre ensemble'.

C'est précisément ce visage actuel du pays que la réalisatrice germanique Pia Marais (qui y a des racines) a essayé de dépeindre. Elle y a vu un mode de fonctionnement où chacun doute des intentions de l'autre, où la mixité se développe avec la peur des autres. Ce manque de confiance n'est pas un sentiment diffus mais au contraire une inquiétude reconnue. Dans plusieurs circonstances, comme un entretien d'embauche pour un travail où même pour le serment d'un mariage, les gens ont recours à une machine : le détecteur de mensonge. La crainte d'être en position d'insécurité est telle que les gens ont besoin comme d'une assurance matérielle, surtout si l'autre est d'une autre couleur de peau qui ravive ce passé d'apartheid. C'est de cette observation que Pia Marais a développé une intrigue à suspens qui révèle ce climat de suspicion perpétuelle.

Layla dissimule l'accident qu'elle a causé surtout pour ne pas être séparée de son fils, car si elle était accusée celui-ci se retrouverait seul... Dans le film aucune coïncidence ne lui sera épargnée : l'homme mort est quelqu'un de riche dont la disparition déclenche beaucoup de recherches à commencer par le lieu où il avait ses habitudes, justement le casino où Layla travaille. Elle va rencontrer un jeune homme attachant qui est justement le fils de sa victime, et elle devra même faire face à la douleur de la femme de sa victime... Si le canevas est un peu trop gros pour être crédible, il a l'avantage de toujours tisser un faisceau d'indices qui cible Layla. Elle, dont le nouveau travail est de détecter les mensonges chez les autres, se retrouve dans la situation où elle doit protéger son mensonge qui ne doit pas être détecté.
Si le film délivre un suspens assez artificiel, l'intrigue est telle que chaque nouvel élément improbable est une nouvelle menace qui se rapproche de Layla comme autant de cercles concentriques qui l'entourent. Un homme accusé à sa place ou le téléphone portable de la victime conservé par son fils seront autant de lourdes complications qui pèseront sur sa culpabilité. On se demande jusqu'où elle pourra dissimuler son secret, qu'elle sera d'ailleurs tentée d'avouer plusieurs fois. Mais se retrouver dans la situation où une femme noire et pauvre serait accusée du meurtre d'un homme blanc et riche dans une ville comme Johannesburg est l’assurance de ne plus revoir son fils avant longtemps et que celui-ci se retrouve pour ainsi dire à la rue.

Pia Marais raconte par petites touches ce qu'est devenue l'Afrique du Sud post-apartheid : il y est moins question de racisme en fonction de la couleur de la peau que d'insécurité entre les pauvres et les riches. On découvrira ainsi une luxueuse villa qui est équipée de protections faites de grilles en barreaux métalliques pour éviter toute intrusion : à l'intérieur on craint d'être attaqué par ceux qui n'ont pas grand-chose pour vivre. D'autres lieux visités dans le film montreront en parallèle comment se débrouillent ceux ont un niveau de vie différents. Cependant, la réalisatrice évite de se retrouver trop observatrice d'un contexte auquel elle veut nous intéresser, son scénario tourne comme sa caméra autour de son actrice principale. Cette femme montre le plus souvent un visage lisse et fermé pour trahir le moins possible ses émotions, mais son regard exprime autant la peur que l'espoir qui se combattent en son for-intérieur et l'obligent à mentir pour protéger son fils, autant qu'il sera possible... Au fond, derrière le didactisme de l'intrigue et les maladresses du scénario se dissimule un joli portrait de femme, qui concentre en elle toutes les contradictions de son pays.
 
Kristofy

 
 
 
 

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