Diane a les épaules est l'une des premières comédies intelligentes sur l’éclatement du modèle familial traditionnel. C'est aussi une jolie réflexion sur la maternité et la parentalité, dans laquelle le corps féminin est sans aucun doute l'inspiration première.



Bangkok Nites
Chavela Vargas
Diane a les épaules
Faire la parole
Good vibrations
Happy Birthdead
Justice League
Khibula
L'école de la vie
L'étoile de Noël
L'ombre de Vénus
Le musée des merveilles
Le semeur
M
Maryline
Par Instinct
Paradis
Simon et Théodore



120 battements par minute
Petit paysan
Le Sens de la fête
Quel cirque !
Le vent dans les roseaux
Carré 35
Ex Libris: The New York Public Library
A Beautiful Day (You were never really here)
La Montagne entre nous
Wallace & Gromit: Cœurs à modeler



Faute d'amour
Kingsman: Le cercle d'or
Un beau soleil intérieur
Blade runner 2049
Confident royal
Happy End
Téhéran tabou
Detroit
Kingsman: Le cercle d'or
L'atelier
L'école buissonnière
La passion Van Gogh
Numéro Une
L'assemblée
Laissez bronzer les cadavres
The Meyerowitz Stories
Zombillénium
The Square
Au revoir là-haut
Logan Lucky
Pour le réconfort
Sans adieu
Thor: Ragnarok
D'après une histoire vraie
Jeune femme
Le Fidèle
Les conquérantes
Mise à mort du cerf sacré
Borg McEnroe
En attendant les hirondelles
Jalouse
Tout nous sépare
Borg McEnroe
En attendant les hirondelles
Tout nous sépare






 (c) Ecran Noir 96 - 17


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 162

 
Eastern Boys


France / 2013

02.04.2014
 



LA DOMINATION





« - Touches, c’est gratuit. Tu bandes ? »

Tout commence Gare du Nord. Une rencontre qui n’aurait pas du exister. Un cadre supérieur parisien et un immigré clandestin venu de l’Est. De là Robin Campillo déroule son histoire. Un récit épuré, divisé en chapitres. Comme un feuilleton où chaque épisode constitue un film en soi. La faune de la rue, la fête cauchemardesque, la routine d’un couple improbable, et un final tout en action. Eastern Boys est un film invertébré, planant, captivant, et bien sûr inégal.

Mais ce que l’on retient avant tout c’est sa capacité à nous happer dans des sensations. Avec un découpage multipliant les angles de vue, le film nous immerge dans une succession d’impressions. Il nous intrigue, nous met mal à l’aise, nous séduit, nous met sous tension. Il y a une forme d’impuissance qui nous paralyse, comme le personnage principal, Daniel, incapable de réagir alors qu’on lui dévalise son appartement, et qui nous projette dans l’espoir d’un happy end. Campillo nous torture jusqu’au bout et il est impossible d’anticiper l’épilogue. Il se laisse du temps pour explorer chaque épisode. Le comportement des uns, les actes des autres sont minutieusement observés, rendant le profil psychologique et les rapports sociologiques précis et justes. Aucun ennui : le son et l’image, tout comme l’interprétation, enrichissent un scénario ténu.

Evidemment, le comparse de Laurent Cantet n’oublie pas l’angle sociologique pour donner du relief à ces quatre « courts métrages » juxtaposés : immigration, prostitution, asile politique, délinquance… les sujets, hors champs mais bien présents, peuplent cette histoire simple d’un homme résidant Porte de Montreuil qui tombe amoureux d’un jeune ukrainien sans papiers. Dans ce monde urbain, froid, de bitume, de béton et de verre, l’individu est livré à sa solitude. Celle d’un homo quadra ou celle d’un rescapé de la guerre en Tchétchénie.

Mais l’essentiel est ailleurs. Le fil conducteur, qui donne toute sa fluidité au film, n’est pas dramatique ou romanesque, même si le film ne manque ni de l’un ni de l’autre. Eastern Boys est un film sur la domination. Les flics qui font peur à la racaille slave, le gang de l’Est qui terrorise le bobo, le cadre qui paye et prend la pute, … Il y a d’autres formes de domination : les exclus soumis à leur désir d’une vie meilleure, au fric, et donc à tout acte même illégal, leur permettant d’y parvenir ; le privilégié soumis à sa pulsion sexuelle, quitte à se salir, à détruire son confort, à vivre sous la menace.

Le film est froid, dépourvu de sensualité. Il aime le mystère, et rejette toute explication trop encombrante (et inutile). Seul les gestes, les actes, et quelques mots comptent pour construire cette histoire, sublimée par la photo de Jeanne Lapoirie et la musique d’Arnaud Rebotini (discrète ou envahissante, à chaque fois au bon moment). Le film peut en devenir étouffant, les deux tiers se déroulent dans un appartement et un bon quart dans un hôtel de périphérie. Un faux huis-clos. D’autant que le mouvement est permanent, jusqu’à devenir agité et trépident lors du final chevaleresque et aventureux.

Il est presque regrettable qu’à force de poncer les défauts de son bois, à force de se faire lui même dominer par l’atmosphère plutôt que l’explication, à force de se soumettre à la justesse des acteurs, Robin Campillo oublie de nous montrer le déclic qui fait basculer les personnages d’une vie à l’autre. Cette prise de décision, qui conduira à toute la dernière partie, manque et, du coup, frustre.

Heureusement, Eastern Boys n’omet pas les règles élémentaires du Western : le bon et la brute s’affronteront. Un ego trip pour s’élever ou se venger. Tout cela à cause d’un jeune mec, finalement traité comme une propriété. Le tout est de savoir à qui il appartiendra. Celui qui le trouve beau (magnifique séquence d’extase) et l’achète ou celui qui l’exploite ? C’est sans doute là que le happy end n’est pas vraiment possible. L’innocent est toujours enchaîné d’une manière ou d’une autre. Cette aliénation (à la société, à ses sentiments, à ses propres règles) n’a pas de résolution.
 
vincy

 
 
 
 

haut